AU FIL DES HOMELIES

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LA FORCE DE L'EUCHARISTIE

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17
St Pie X - (21 août 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

I

l arrive assez souvent dans certaines paroisses que les prêtres responsables retardent systémati­quement la communion des enfants jusque vers les années de CMI ou de CM2. Il arrive souvent aussi que des parents dans notre propre paroisse soient portés à retarder la première communion de leur en­fant sous prétexte qu'ils ont l'impression qu'il n'est pas mûr, qu'il n'a pas encore compris, qu'il ne s'intéresse pas, qu'il ne sait pas assez de choses, qu'il n'a pas passé assez longtemps au catéchisme. Le Pape saint Pie X a œuvré de toutes ses forces pour que la communion eucharistique soit largement ouverte à tous les fidèles et tout particulièrement aux enfants.

Depuis le haut Moyen-Age, l'Église souffrait d'une insuffisance dans la fréquentation de l'eucharis­tie. Ceci est lié aux difficulté qu'a connu le sacrement de pénitence à cause de la sévérité excessive avec laquelle ce sacrement était donné. La plupart des chrétiens ayant du mal à obtenir le pardon de leurs péchés se sentaient profondément indignes de com­munier et s'écartaient progressivement de l'eucharistie qu'ils ne recevaient que de façon exceptionnelle au point qu'il avait fallu que les conciles insistent pour que l'on communie au moins une fois par an. C'est l'origine de ce que l'on appelait la communion pas­cale.

Si vous êtes là aujourd'hui dans cette église pour communier quotidiennement, c'est en grande partie grâce à saint Pie X qui a voulu que ce trésor de la chair et du sang du Christ soit largement ouvert à tous les chrétiens. Il a voulu non pas que l'on communie sans avoir purifié son cœur mais qui a voulu redresser une mentalité séculairement déformée qui croyait qu'il fallait "être digne de Dieu" pour pou­voir s'approcher de Lui, comme si aucun homme, même de bonne volonté, même s'efforçant de ne pas commettre de péché, même essayant de vivre selon l'évangile, pouvait jamais être digne de s'approcher de Dieu. Il n'y a pas de commune mesure entre la sain­teté de Dieu et notre pauvreté. De toute façon nous ne pourrons jamais dire : maintenant je suis à la hauteur, maintenant je suis en règle, maintenant je peux venir vers le Seigneur.

C'est toujours comme des pauvres, c'est tou­jours comme des pécheurs, des pécheurs pardonnés mais des pécheurs tout de même, que nous devons nous approcher du Seigneur. Et c'est pourquoi, après avoir essayé de purifier notre cœur par le sacrement de pénitence nous pouvons venir vers l'eucharistie sans être saisis de cette crainte et de ce tremblement dont nos pères, dans les générations passées, étaient remplis. Le pape saint Pie X a insisté sur cette "table miséricordieusement ouverte, largement ouverte aux pécheurs que nous sommes" parce que l'eucharistie n'est pas une récompense pour ceux qui ont vécu vertueusement. L'eucharistie est une force, l'eucharis­tie est une présence vivifiante, l'eucharistie est ce qui nous permet de devenir meilleurs, d'être davantage conformes à l'amour et à la volonté de Dieu précisément parce que Dieu Lui-même vient, en personne, à l'intérieur de nous, au plus profond de nous, prendre en main notre existence et notre vie pour nous permettre de nous approcher tant soit peu de sa sainteté infinie qui d'ailleurs n'est pas une sain­teté écrasante mais la sainteté pleine de miséricorde de sa tendresse pour nous.

Voilà pourquoi nous devons nous approcher avec confiance, avec certitude, avec paix de l'eucha­ristie. Voilà pourquoi le pape saint Pie X a insisté beaucoup pour que les enfants, dès que leur cœur et leur esprit s'ouvre, dès qu'ils sont capables d'appré­hender cette présence de Jésus dans le pain et le vin, dés qu'ils sont capables de désirer dans leur cœur unir leur vie à la vie du Christ, se nourrir et être remplis de cette présence de Jésus, pour que les enfants, même tout-petits soient introduits avec nous à ce repas, ce repas de fête, ce repas de joie. Ce repas dont l'expé­rience répétée, dont l'expérience précoce est si im­portante pour que toute notre vie soit remplie de ce besoin de rencontrer Dieu, de ce besoin d'avoir le Seigneur en nous, de ce besoin, comme le dit Jésus Lui-même, qu'Il demeure en nous afin que nous de­meurions en Lui, pour que nous établissions notre demeure, notre maison, notre vie dans les bras du Seigneur Jésus et que Lui-même vienne avec joie, avec paix, avec plaisir, faire sa maison dans notre propre cœur, nous remplir de sa présence comme nous remplissons de notre présence les maisons que nous habitons. Chaque demeure est caractérisée par un certain nombre d'impondérables qui tiennent à ceux qui l'habitent et la marquent de leur personnalité et de leur présence. Il en va de même dans l'eucharis­tie. Notre cœur est marqué par la présence, par la per­sonnalité du Christ qui y habite de façon habituelle. Alors rendons grâces au Seigneur pour cette richesse qui nous est offerte depuis notre plus tendre enfance et aussi souvent que nous le désirons, cette richesse de la table du Seigneur, du repas du Seigneur, du pain qui est le corps du Seigneur, du vin qui est le sang du Seigneur et approchons-nous de ce sacrement avec confiance et fidélité.

 

 

AMEN

 

 
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