AU FIL DES HOMELIES

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UNE SAINTETÉ RAYONNANTE

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17
St Pie X - (21 août 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

 

C

ette page d'évangile est une de celles que nous lisons le plus souvent pour la fête des souverains Pontifes. Il n'est pas mauvais pour nous de méditer quelques instants sur la signification d'une telle lecture en une telle fête. Tout d'abord, lire, pour la fête d'un pape, ces paroles du Christ à Pierre, c'est affirmer clairement que le ministère du pape est la continuation du ministère de Pierre. De même que Pierre a reçu de Jésus la charge du troupeau, de paître les brebis du Christ, ainsi chacun des papes, tout à tour, a repris cette charge, la charge même de Pierre.

       Je ferai remarquer cependant que la lecture de l'épître nous montre saint Paul, transmettant en des termes très proches, cette charge, ce ministère de pastorat aux épiscopes d'Éphèse, au moment de les quitter pour la dernière fois avant sa captivité, sa mort et son martyre. Par conséquent, d'une certaine manière, le pape est non seulement l'héritier du ministère pastoral de Pierre, mais aussi du ministère pastoral de Paul. D'autre part, ce ministère pastoral, transmis à Pierre par Jésus, transmis par Paul aux épiscopes d'Éphèse, n'est donc pas strictement le ministère pontifical, mais c'est le ministère du Pape en lien avec tous les évêques, tous les épiscopes du monde.

       Il faudrait faire une remarque plus profonde encore, c'est que cette charge d'être le pasteur du troupeau et le pasteur des brebis, que Jésus transmet à Pierre, dont Paul s'est senti investi lui-même et qu'il a transmis aux évêques ses successeurs, comme Pierre l'a transmise aux évêques de Rome. Cette charge du pastorat, la charge pastorale du troupeau, c'est d'abord et d'une certaine manière exclusivement la charge de Jésus-Christ Lui-même. C'est Jésus qui a dit : "Je suis le Bon Pasteur, le pasteur qui connaît ses brebis, par leur nom et dont les brebis connaissent la voix. Je suis le pasteur qui donne sa vie pour ses brebis."

       Quand Pierre donc, reçoit des mains de Jésus cette charge, quand Paul se sent investi d'une charge semblable, quand Pierre et Paul transmettent cette charge à leurs successeurs, c'est donc la mission même du Pasteur qu'ils reçoivent et qu'ils donnent. Et nous ne devons jamais oublier cela. Il n'y a qu'un seul pasteur de l'Église, il n'y a qu'un seul chef du troupeau, il n'y a qu'un seul homme au monde qui puisse connaître chacune des brebis par son nom et dont les brebis puissent connaître la voix, c'est Jésus le Christ. Et c'est dans la mesure où Jésus-Christ remplit en quelque sorte de sa fonction, de son ministère, de sa présence agissante, Pierre, Paul, les apôtres, les évêques, les papes, que ceux-ci peuvent, chacun pour leur part, à leur tour, et chacun à leur place, être véritablement les pasteurs du troupeau. C'est uniquement dans leur lien avec le Christ qu'ils peuvent être ainsi, pasteurs du troupeau.

       Ce lien c'est d'abord un lien gratuit, c'est un don de Jésus-Christ. Ce n'est pas en fonction de leur mérite que Pierre et Paul ont reçu cette charge. Pierre la reçoit alors qu'il vient de renier son Seigneur, et c'est dans le même mouvement que Jésus lui pardonne, fait renaître en son cœur l'amour et lui donne cette mission, pour que Pierre sache bien qu'elle ne vient pas de lui, qu'il n'y a aucun droit, aucun mérite, qu'il n'en a pas la capacité, qu'elle lui est donnée gratuitement. Ce n'est donc pas en fonction de leur sainteté que les papes, les évêques, Pierre ou Paul sont investis de cette charge, mais en fonction d'un don gratuit du Christ. Mais il reste que ce don gratuit du Christ, normalement, doit d'abord rayonner dans celui qui le porte avant ou en même temps qu'il rayonne sur ceux à qui il est destiné, en même temps que les évêques ou le pape sont porteurs de la sainteté pour le troupeau qui leur est confié, cette sainteté doit normalement investir leur propre cœur.

       Nous savons, hélas, que ce n'a pas toujours été le cas, qu'il y a eu des papes, des évêques qui n'ont pas été des saints, loin de là. Et cependant, ils étaient chargés du troupeau, ils étaient chargés de sanctifier le troupeau par la mission que le Christ leur confiait gratuitement. Cependant le véritable désir du Christ, le vrai plan du Christ sur son Église, c'est que cette sainteté remplisse d'abord de sa lumière et de sa gloire celui qui en est le ministre avant de parvenir à ceux à qui elle est destinée. C'est pourquoi c'est avec une joie plus grande que nous célébrons les papes, les évêques qui ont su être remplis et transparents de cette sainteté afin de la transmettre infiniment plus pure, plus vaste à ceux qui leur étaient confiés. Remercions le Seigneur pour tant de saints évêques, tant de saints papes qui nous ont ainsi donné, non pas leur sainteté personnelle, mais la sainteté de Jésus qui avait pris leur corps et leur cœur tout entier avant de prendre notre propre cœur.

       AMEN

 

 

 
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