AU FIL DES HOMELIES

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UN PAPE TOUT SIMPLE : PIE X

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17
St Pie X - (21 août 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, il y a parfois des choses étranges et imprévisibles dans l'histoire de l'Église et surtout dans l'histoire de la papauté, par exemple le fait que Pie X soit devenu pape, c'est absolument incroyable, c'est un parcours imprévisible d'un jeune paysan qui s'appelait Del Sarto. Il vivait dans le nord de l'Italie, aimait beaucoup les mouvements de jeunesse, les patronages, c'est le premier pape alpiniste, cela le rend plutôt sympathique. Il avait fait ses études gentiment mais sans plus. Il faisait partie de ce clergé de l'époque qui pensait qu'avant tout ce qui comptait, c'était la piété. Il a été vicaire très longtemps dans une petite paroisse, où il excellait. Un jour, on l'a nommé supérieur de séminaire, et il a formé des prêtres un peu sur son modèle et apparemment, cela marchait bien. Nommé évêque, il est devenu aussitôt patriarche de Venise, un des principaux postes de l'Église d'Occident.

Là il a déjà commis quelques raideurs politiques. Il était assez farouchement libéral, et je crois qu'on peut dire sans déshonorer sa mémoire qu'il ne comprenait pas grand-chose au problème des événements politiques qui commençaient à se faire jour en Italie. Autant son prédécesseur, Léon XIII avait été intelligent, capable de modifier la politique de l'Église en fonction de l'unité italienne qui se faisait, car les italiens voulaient vivre comme italiens, autant Pie X le prenait un peu mal, car la politique en vérité ne l'intéressait pas du tout. Lui pensait que les catholiques n'avaient qu'à penser ce que disait la hiérarchie, c'était tout simple : il suffisait de dire en chaire votez pour Ségolène, et tout le monde votait pour Ségolène. C'était quand même un peu simplet comme manière de comprendre la catholicité, ils faisaient ce que disaient leur clergé.

Au conclave, après la mort de Léon XIII, c'est un peu la panique, parce que ce pape avait une telle aura, il avait quand même influencé toute l'histoire de l'Église pendant un quart de siècle, ce qui est considérable, et les hasards de l'histoire ont fait que l'Autriche avait le droit de donner son accord ou son veto sur l'élection du pape. Quand les cardinaux élisaient le pape, on consultait le représentant plénipotentiaire de l'empereur, qui disait oui ou non. On savait qui avait des chances dès le début, on avait déjà coché les noms préférentiels, et manque de chance, les cardinaux élisent un certain Rampolla qui était le poulain de Léon XIII. L'Autriche ne voulait pas de ce cardinal parce qu'elle trouvait que sur le plan politique, ce n'était pas dans leurs idées, leurs théories. Ils ont donc refusé. Il a fallu recommencer le conclave et cela n'a pas été facile, car les cardinaux n'avaient plus de candidat. C'est tombé sur ce brave Pie X qui vraiment n'en avait aucune envie. S'il y a un pape qui n'a pas eu envie d'être pape, c'est vraiment Pie X.

Il était très complexé car il n'avait jamais eu de carrière internationale, le mieux qu'il avait eu l'occasion de vivre c'était Venise, et Venise, c'est Aix sans l'internet ! C'était un trou perdu. Pie X se trouve à la tête des affaires de l'Église dans des circonstances politiques qui lui échappent. L'Italie s'est faite, le gouvernement est à Rome, les papes sont contre, toute la chrétienté occidentale bouge, du point de vue intellectuel, du point de vue social, et la pauvre Pie X, sachant qu'il n'est pas tout à fait à la hauteur pour gérer toutes ses affaires diplomatiques et internationales, choisit un secrétaire d'État qui est une véritable terreur, c'est un espagnol, c'est vraiment la main de fer dans un gant de velours, qui se lance sur tout ce qui bouge. C'est ce qui explique qu'on aura un christianisme sous Pie X à deux vitesses. Pie X fait ce qu'il croit être bon, il veut restaurer la liturgie, il veut améliorer la formation des prêtres, améliorer la condition des séminaires, il veut développer le chant grégorien, le catéchisme et la communion des enfants, tout ce qui est la pastorale de terrain, ce sur quoi il était particulièrement à l'aise.

Ce n'était pas l'ouverture flambante, mais les choses marchaient assez bien. Dès qu'il s'agissait des affaires politiques, il laissait agir son secrétaire d'État. C'est arrivé particulièrement pour la France, et c'est pour cela qu'on n'a pas un très bon souvenir de Pie X, c'était l'époque ou la France a décidé la séparation de l'Église et de l'État. Il y avait deux ans que Pie X était au pouvoir, et voilà que le gouvernement français résilie sans demander l'avis à Rome, le concordat de Napoléon. C'est vrai que le gouvernement français de ce point de vue-là n'était pas tout à fait clean. Il avait tort de ne pas essayer un contrat qui laissait les choses en l'état. Pie X l'a très mal pris, c'est devenu une crise importante, la séparation de l'Église et de l'État, qui au début était une décision la plus convenable possible, car l'État ne s'occupait plus du culte comme tel, donc c'était la liberté pour l'Église. Mais Pie X était tellement furieux qu'il a renvoyé plusieurs lettres au gouvernement français pour marquer son désaccord. Plus de négociations avec la France. C'est comme cela que l'État français s'est retrouvé avec toutes les églises sur le dos, l'État français voulait donner les églises à des associations cultuelles et Pie X a refusé craignait de donner le pouvoir aux laïcs. L'État s'est retrouvé avec tout le patrimoine des églises, des cathédrales à ne savoir qu'en faire, c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, que le maintien, l'entretien, la responsabilité en revient à l'État.

Le deuxième registre en politique encore, il y avait toute une effervescence intellectuelle avec un certain nombre de savants, c'est la découverte des grands textes du Proche-Orient, les tablettes cunéiformes, c'est le début de la redécouverte de la Bible, mais tous les grands savants étaient d'origine protestante ou presque. Là encore, Pie X n'a pas vu l'intérêt de la démarche d'une lecture scientifique de la Bible, il a dit que c'était un amalgame de croire que Dieu n'était pas transcendant mais que sa présence était diffuse dans le monde. Il a tranché, c'était à la limite de l'hérésie qu'on appelle le modernisme dans laquelle il a mis dans le même sac tous ceux qui étudiaient l'Écriture, tout le monde était suspect de modernisme. Cela a pesé pendant soixante ans sur de nombreux prêtres, sur l'histoire de l'Église. La plupart des catholiques étaient sinon terrorisés, du moins dans une extrême réserve, c'est ce qui a donné une littérature particulière entre 1910 et 1940.

C'est un peu cela le bilan de l'histoire de Pie X. Pourquoi a-t-il été canonisé ? Il y en a certains qui se le demandent, je cite souvent ce mot de Mauriac qui a dit simplement : ce saint-là n'est pas de ma paroisse. Je crois effectivement que ce n'était pas tout à fait le style, ce n'est pas un saint de l'intelligence, sans être méchant. Mais ce qui aura marqué, c'est que Pie X aura dit que dans un monde très perturbé et bouleversé, ce qui compte d'abord, c'est la foi des simples. C'est quand même une bonne chose que de l'avoir canonisé, précisément parce qu'il a voulu défendre les petits, les enfants, les simples, les gens qui n'ont pas toujours la facilité de croire. Même si parfois il avait un peu tendance de passer de la simplicité au simplisme, ce qu'il a fait pour défendre la foi des simples et des petits vaut la peine qu'aujourd'hui, on peut demander par son intercession que nous ayons nous aussi ce cœur d'homme simple pour accueillir la foi et en vivre.

 

 

AMEN

 

 

 
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