AU FIL DES HOMELIES

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CONNAÎTRE DIEU : SAINT ANSELME

Col 2, 1-4 + 6-9 ; Jn 8, 28-32
St Anselme - (21 avril 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


N

ous célébrons aujourd'hui la mémoire de Saint Anselme qui fut un chercheur infatigable du visage de Dieu et de la vérité de la foi, de l'intelligence de la foi. Cette vérité dont Jésus Lui-même vient de nous dire dans l'évangile qu'elle nous rend libres. Mais je voudrais m'arrêter quelques instants avec vous sur le texte de l'épître aux Colossiens en première lecture, qui s'applique si parfaitement à la recherche de ce grand docteur de l'Église et à ce que doit être notre vie chrétienne.

       Saint Paul nous dit qu'il faut que nos cœurs soient stimulés pour que nous soyons étroitement rapprochés dans l'amour, afin de parvenir au plein épanouissement de l'intelligence. Oui, la vie chrétienne n'est pas seulement affaire de manière de se comporter, affaire de morale. Ce n'est même pas seulement affaire d'amour bien que l'amour en soit la source, comme nous venons de l'entendre. C'est aussi une affaire d'intelligence. Etre chrétien, c'est rechercher à connaître, à connaître le visage de Dieu. Et, à partir de ce visage de Dieu à connaître tout le secret profond de l'univers de notre vie, de notre être, et de la nature profonde de tout ce qui nous entoure. Car si nous aimons Dieu, si nous aimons nos frères, nous ne pouvons pas nous contenter d'avoir de Dieu et de nos frères une appréhension vague, une sorte de flou, mais nous devons et c'est un mouvement naturel, spontané du cœur, chercher avec passion, à scruter ce visage de Dieu, à scruter cet être de ceux qui nous entourent pour mieux les connaître, pour mieux pénétrer profondément le mystère de chacun.

       Oui, parvenir au plein épanouissement de l'intelligence qui nous fera pénétrer le mystère de Dieu, car Dieu vient à nous comme un mystère. C'est-à-dire non pas comme quelque chose d'obscur, de définitivement inabordable, mais comme une profondeur où l'on peut s'enfouir indéfiniment, sans cesser jamais d'en découvrir une plus grande intensité, une plus grande densité. Le mystère c'est un peu comme une forêt dans laquelle on s'avance, non pas pour s'y perdre, mais pour, peu à peu, en découvrir toute la beauté, toute la grandeur, tout le mystère, précisément. Oui, pénétrer le mystère de Dieu dans lequel nous dit saint Paul, se trouvent cachés "tous les trésors de la sagesse et de la connaissance." Pénétrer ce mystère de Dieu, c'est découvrir tout, tout, tout ce qui peut être connu. Toute sagesse, c'est-à-dire toute plénitude de l'intelligence, toute plénitude de connaissance, toute plénitude de vie. Car c'est encore une autre erreur de s'imaginer qu'entre la vie et la connaissance, entre l'intelligence et l'action, il y a une sorte de divorce, d'opposition.

       Non, naturellement, si nous connaissons, c'est pour agir en fonction de ce que nous avons connu. Et quand nous voulons agir, quand nous voulons aimer, quand nous voulons nous épauler les uns les autres, nous avons besoin de nous connaître, nous avons besoin de percer le secret du cœur, le secret des êtres pour mieux les aimer et pour mieux vivre avec eux et collaborer avec eux. Donc cette intelligence à laquelle saint Anselme a consacré tant d'heures de sa vie, et pratiquement tous les instants qui lui étaient donnés par Dieu, cette connaissance nous devons nous aussi y donner du temps. Car il est important de pénétrer le secret de Dieu. En Lui "se trouvent cachés tous les trésors de la Sagesse et de la connaissance " du monde et de toutes choses.

       Encore faut-il s'approcher de ce mystère, encore faut-il s'efforcer d'en pénétrer la connaissance d'une manière qui soit conforme à ce mystère. Car on peut très bien, et cela est une autre tentation, essayer de ramener le mystère aux petites limites de notre intelligence humaine, essayer de faire entrer dans nos catégories rationnelles le mystère de Dieu, le mystère du monde et des êtres, et ne vouloir admettre que ce qui est conforme à nos préjuges, à nos présupposés et à l'étroitesse de nos petites idées. C'est pourquoi saint Paul dit : "Que nul ne vous abuse par des discours spécieux. Prenez garde qu'on vous réduise en esclavage par le vain leurre d'une prétendue philosophie,"  selon une tradition qui serait seulement humaine, à partir des éléments mondains et non pas selon le Christ. Connaître le monde, la réalité des êtres et des choses, c'est les éclairer au plus profond, là où seule la lumière du Christ peut véritablement apporter la vérité. Car si nous voulons rabaisser le mystère de Dieu à nos propres catégories non seulement nous ne connaîtrons jamais la profondeur de Dieu, mais nous ne connaîtrons rien de ce monde, car ce monde est infini lui aussi, parce qu'il est sorti des mains de Dieu, parce qu'il est tout rempli de cet amour, de cette gloire de Dieu.

       Dans le moindre brin d'herbe, dans la moindre réalité de notre monde tout le mystère de Dieu est, en quelque sorte, enfoui. et présent. Et si nous connaissons les choses à notre petit degré, à notre petit niveau, finalement nous ne connaîtrons rien, nous passerons à côté; non seulement du mystère de Dieu, mais aussi du mystère des choses et des êtres.

       Alors, en cette fête de saint Anselme qui a consacré tous ses efforts à scruter jusqu'en leur ultime profondeur toutes ces réalités, et d'abord le visage de Dieu, demandons-lui de nous aider, par sa prière et son intercession, à réaliser cette quête profonde, qui n'est pas simplement à notre mesure mais qui dépasse notre mesure.

       Je voudrais, en terminant, vous lire quelques phrases d'une prière de saint Anselme : ''Mon intelligence demeure impuissante devant ta Lumière, elle est trop éclatante. L'œil de mon âme est incapable de la recevoir. Il ne supporte même pas de rester longtemps : fixé sur elle. O Lumière souveraine et inaccessible, Vérité totale et bienheu­reuse, que Tu es donc loin de moi. Et pourtant je suis si près de Toi. Tu échappes entièrement à ma vue, tandis que je suis, moi, tout entier sous ton regard. En tout lieu rayonne la plénitude de Ta présence, et pourtant je ne Te vois pas. C'est en Toi que j'agis, en Toi que j'ai l'existence et pourtant je ne puis atteindre jusqu'à Toi. Tu es en moi, Tu es tout alentour de moi, et je ne puis Te percevoir. Je t'en prie, mon Dieu, fais que je Te connaisse, fais que je T'aime pour que ma joie soit parfaite. Que, désormais, ce soit là la méditation de mon esprit, la parole de mes lèvres, que ce soit l'amour de mon cœur, le discours de ma bouche, que ce soit la faim de mon âme, la soif de ma chair, le désir de tout mon être jusqu'à ce que j'entre dans la joie du Seigneur, ô Toi, Dieu unique en trois personnes, béni pour les siècles."

       AMEN

 
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