AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST EST PAROLE DE VIE

Col 1, 24-29 ; Mt 22, 34-40
St Anselme - (21 avril 1994)
Jeudi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

U

n moine, comme saint Anselme de Cantor­béry, est un homme qui, à un moment de sa vie, a goûté "la saveur ineffable de Dieu". Et cette expérience du goût et du goût spirituel fonde si profondément sa personne qu'il peut décider de passer sa vie ensuite à retrouver ce goût dans sa vie quoti­dienne. Et non seulement retrouver ce goût mais en comprendre la profondeur, la hauteur, la largeur. Et non seulement la comprendre mais en épouser l'amour.

Saint Anselme né dans la vallée d'Aoste en Italie, devint ensuite moine puis évêque de Cantor­béry. Il a poussé au maximum cette envie de goûter l'ineffable. Le moine, celui qui est l'homme seul (se­lon l'étymologie) est celui qui découvre, en fait, qu'il ne peut pas se construire sans quelqu'un d'autre qui approche de lui en termes de vérité, de liberté et d'amour. L'homme découvre qu'au fond de cette soli­tude qu'il offre et qui reste une solitude, il est Quel­qu'un qui est là et qui est avec lui, presqu'à son insu, la vérité gît en chacun de nous et peut être découverte suffisamment pour qu'à l'intérieur de nous-mêmes, nous nous mettions en route vers cette vérité sans pourtant jamais pouvoir l'étreindre.

La vie monastique est une vie "apaisée" par la présence du Bien-Aimé, et "tendue" en raison de son absence, C'est d'ailleurs en cela qu'elle n'est pas pro­pre au moine mais à tout chrétien qui vit déjà sur "les prés d'herbe fraîche" annoncés par le psaume. C'est déjà la danse nuptiale bien qu'ils marchent encore sur un désert d'attente où l'on n'entend rien, on ne voit encore rien mais pourtant où l'on sait que le Bien-Aimé viendra.

Il est plus facile d'obéir à nos lois intérieures, finalement à notre conscience, que d'accepter d'obéir à Celui qui n'est pas encore là et qui pourtant est déjà en nous. Les hommes et les femmes préfèrent tou­jours se référer à ce qu'on appelle une espèce de cons­cience naturelle qui malheureusement d'ailleurs peut être "parasitée", et acceptent plus difficilement de se référer à celui qui viendrait de l'extérieur. Car com­ment pourrait-il me comprendre celui que je ne vois pas, celui que je ne connais pas, celui que je n'étreins pas ? Comment peut-il me comprendre suffisamment pour que je m'abandonne à Lui et que j'attende de Lui une parole qui me donne la vie ? Et pourtant le chré­tien est celui qui, au fond de lui-même, a accepté de se remettre à Celui qu'Il n'a pas encore découvert et qui est au-delà de lui-même et qui n'est pas forcément la voix de sa conscience mais la voix multi-séculaire de Celui qui ayant pris une fois chair en cette terre a donné à tous la Parole qui tire tout homme vers sa perfection.

En cette fête, de saint Anselme, demandons que-notre goût s'affine suffisamment pour que nous ne confondions pas les choses de ce monde, dites divines ou para-divines, et la véritable personne de Dieu qui ne se confond avec rien, qui ne se fond avec rien d'autre, car Il est inaccessible. Si en chaque sa­crement Dieu se donne, c'est pour dire à la fois sa proximité en chacun de nos cœurs et l'inaccessibilité totale en cette terre de sa personne en chacun de nous. Et c'est pourquoi Il est vraiment la Parole de la Vie, la parole de référence qui permet à tout homme de se retrouver et de se mettre en route vers Celui qui a dit : "Je suis la vérité, le chemin et la Vie".

 

 

AMEN

 

 
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