AU FIL DES HOMELIES

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BENOÎT LABRE

Ac 4, 23-31
St Benoît-Joseph Labre - (16 avril 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT


F

rères et sœurs, c'est comme si chacune des épreuves de notre temps était traversée par des saints offerts par la Providence, des saints bien de leur époque. Dans le livre des Actes ainsi que dans la finale de Marc, on voit comment le Seigneur a suscité les saints Apôtres. Ils ne font pas nombre avec les autres saints de l'Église, mais ils sont particulièrement bien adaptés à leur époque. Les saints apôtres fondateurs sont doués d'assurance, de pouvoirs pour guérir les maladies, prendre des serpents dans leurs mains ou boire du poison, bref, ils sont façonnés par l'Esprit Saint pour être vraiment de leur époque et pour pouvoir planter en celle-ci l'Église du Ressuscité, l'Église qui commence. Plus tard, se sont levés des saints théologiens, des saints bâtisseurs, des saints fondateurs. A une époque qui était au développement de la bourgeoisie et de la ville, s'est aussi levé le fils d'un bourgeois d'Assise : il a tout lâché pour suivre le Christ et l'annoncer comme un petit pauvre. On a vu se lever saint Vincent de Paul et tous ces saints du dix-septième siècle passionnés par la charité. Dans une époque plus récente, se sont levés des saints répondant aux besoins urgents en matière d'éducation et de santé.

       Aujourd'hui l'Église fête un saint très paradoxal. Elle fête saint Benoît-Joseph Labre. Il a vécu dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. Il est né en 1748 et mort en 1783 à trente-cinq ans. C'est un saint qui ne colle pas avec son époque, époque qui exalte la raison, la science, les encyclopédies. Époque qui exalte toutes ces dimensions de recherche intellectuelle, de raison raisonnante, de raison pure. Voici donc que se lève un petit saint, dans une ville du nord de la France. Les hagiographes nous disent, et je crois que pour saint Benoît-Joseph Labre c'est particulièrement vrai, que même dans son enfance il a vécu dans la solitude, préférant la compagnie des oiseaux et celle de l'évangile à la fréquentation de ses petits camarades. Ce saint a été beaucoup travaillé par des lectures marquées de jansénisme (encore un saint de son époque), mais il faut voir comment il s'en est détaché.

       Saint Benoît-Joseph Labre a commencé par frapper à la porte de la Trappe et à la Chartreuse. Il a même pris l'habit, mais il tombait malade chaque fois et on lui disait chaque fois que sa vocation était ailleurs. Ce petit saint va alors parcourir l'Europe pendant dix ans, la sillonner dans tous les sens, allant de sanctuaire en sanctuaire avec simplement l'Imitation de Jésus-Christ et, je crois, son bréviaire. Quand il passait à Aix, il venait dans notre église et logeait dans le clocher. La seule statue qui reste dans notre église, c'est d'ailleurs la sienne. Car il aimait cette ville d'Aix. Il a donc parcouru l'Europe, demeurant sans feu ni lieu et préférant loger avec les plus pauvres, rester en compagnie des gens de l'Hospice. Très étrange ! Un jour, il alla se confesser car il était très pieux. Le confesseur lui demanda : "Mais que savez-vous de la Trinité ?" Et Benoît Labre lui répondit : "La Trinité, je ne sais pas. C'est grand, très grand ..." Voilà comment il parlait du mystère des Trois personnes. Mais il le fit sans doute de telle manière que le confesseur, qui était un grand théologien, s'en est trouvé tout renversé.

       A une époque qui exalte la raison, voilà un ignorant qui veut garder pour lui les poux dont il s'est fait un cilice vivant et qui aime la compagnie des chauve-souris du Colisée qu'il fréquente beaucoup de nuit avec les plus pauvres. On lui prête beaucoup de miracles et même le don de bilocation puisque nombreux sont ceux qui ont cru le reconnaître en divers points d'Europe. Pourquoi pas ?

       Saint Benoît-Joseph Labre est mort à Rome où il est enterré. Ce sont les enfants qui l'ont canonisé. A sa mort, ils ont couru dans les rues en criant : "Il est mort, le saint. Il est mort, le saint."C'est le pape Léon XIII qui le canonise officiellement, il a eu une grande influence au dix-neuvième siècle.

      Puisque cet exemple nous est donné aujourd'hui, nous pouvons penser plus particulièrement à tous nos frères qui sont dans la rue, à cette femme qui est venue frapper à la porte du presbytère hier soir et qui était seule dans la rue. On les voit tous les jours. Nous pouvons les confier à la tendresse toute particulière d'un saint qui a exactement connu leur vie. Nous pouvons demander au Seigneur qu'il fasse se lever pour notre siècle et pour le millénaire nouveau une race de saints de leur époque, des saints qui auraient un charisme particulier pour ce qu'il y a de faible en ce monde. Que se lèvent pour les plus faibles, les plus pauvres, je pense par exemple aux enfants des Parons qu'on voit avec la paroisse, aux enfants handicapés mentaux, des personnes proches, témoins de l'enfance de Dieu, de la faiblesse et de la douceur de Dieu.

       AMEN

 

 
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