AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉGLISE ET LA CITÉ

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 2009)
Mercredi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


F

rères et sœurs, pour comprendre un peu l'attitude et la sainteté de Catherine de Sienne, il est nécessaire de revenir à cette Italie de la deuxième partie du Moyen-Age. C'est une Italie profondément bouleversée. Je voudrais l'évoquer à travers deux figures presque antithétiques, d'une part un poète, le poète florentin : Dante, et précisément un peu par contraste, Catherine de Sienne. 

Dante, comme Catherine de Sienne sont deux thomistes. Ils ont véritablement le sens de ce qu'est le pouvoir politique, de ce qu'est la cité. La cité a ses lois, on ne peut pas mélanger impunément les interdits, les punitions religieuses et les punitions politiques. Il y a deux ordres de choses, l'ordre de la cité et l'ordre de l'Église. De ce point de vue-là ils sont profondément d'accord, mais simplement, ils sont dans des situations complètement différentes. 

       Le premier, Dante qui vit à la fin du treizième et au début du quatorzième siècle connaît une Florence en plein épanouissement : le commerce, la banque, la construction, le Baptistère, le Campanile, la coupole qui commence à monter, etc … Il connaît aussi, parce que Florence est très divisée par les partisans du pape et les partisans de l'empereur, il connaît aussi ce que l'on pourrait appeler un excès de pouvoir de la part de la papauté. Dante lui-même en fera les frais puisque, sous la pression de la papauté, il devra quitter sa ville de Florence et vivre en exil. C'est là qu'il écrira "La Divine comédie", ou la Comédie tout court ! Dante en a gros sur le cœur, vis-à-vis de la manière dont le pape a exercé son pouvoir spirituel pour conditionner la ville de Florence, pour influer sur les luttes partisanes à l'intérieur de la vie politique  de la cité. C'est pour cela qu'on sent chez Dante à la fois un profond équilibre théologique, mais en même temps, une sorte de petite rage mal contenue vis-à-vis du pouvoir pontifical qu'il dénonce d'ailleurs comme un abus par rapport à la cité qui est si chère à son cœur. 

       A peine soixante ans après, sainte Catherine de Sienne qui est dans une cité plutôt dans l'orbite de Florence, vit une tout autre situation. En fait, le jeu de la politique de puissance des papes à Rome a perdu. Pratiquement abandonnés par tous et ayant de graves difficultés intérieures et n'étant soutenus par personne, les papes doivent s'exiler à Avignon. C'est la fameuse période d'Avignon qui n'est pas encore celle du schisme. Le pape considère que la vie est impossible à Rome à cause des tensions qu'il y avait dans les autres cités qu'à Rome et qui étaient pires encore. Les papes sont obligés de vivre dans une situation extrêmement inconfortable, ils  ne sont pas vraiment chez eux. Etant tout près du royaume de France, les rois français en général ne se gênent pas  pour faire peser leurs intérêts politiques sur la papauté. La conséquence c'est que le pouvoir du pape n'étant plus exercé dans la partie italienne (c'est le principe, quand le chat n'est pas là, les souris dansent), et on peut dire que c'est vraiment une des époques également à l'intérieur des grandes cités d'Italie, une période de guerres civiles, de règlements de comptes, de meurtres. Notamment la pauvre Catherine de Sienne assistera à l'exécution d'un jeune condamné, un jeune séditieux de la ville de Sienne qui s'appelait Tuldo, et assistant à son exécution capitale, elle aura même le privilège mystique de recueillir sa tête au moment où elle est tranchée par la hache du bourreau. 

        Le contexte est presque inversé par rapport à ce qu'avait connu le poète Dante. Ici, c'est à la fois la faiblesse de la papauté, et en même temps la faiblesse des cités dont Sienne est sans doute un des prototypes car c'est là qu'il y a les plus grandes tensions et les plus grandes bagarres. Un des intuitions de Catherine de Sienne c'est de se dire qu'au milieu de cette violence, le rôle de la papauté serait de ramener un peu de paix en Italie. Très humblement mais audacieusement, elle part à Avignon, elle va demander au pape de revenir à Rome. Comme vous l'imaginez, je ne crois pas que le pape ait été convaincu du premier coup. Il semble qu'au début il n'a pas fait tellement attention à ce qu'elle disait, d'autre part c'est vrai que ce premier retour à Rome sous l'impulsion de Catherine de Sienne et de quelques autres conseillers du pape n'a pas été brillant. 

       Mais ce qui est resté comme signification spirituelle dans l'histoire de l'Église, c'est que la papauté après avoir échoué dans ce rôle d'hyper puissance qui avait été celle du treizième siècle surtout par rapport aux cités italiennes, ici, il fallait qu'elle retrouve un rôle plus humble, un rôle d'artisan de paix, un rôle de serviteur au cœur même de la vie des cités. 

       Il n'est pas sûr que lorsque la papauté est rentrée à Rome, elle ait compris ce que Catherine de Sienne avait essayé de faire passer comme message mais du point de vue de la spiritualité et de l'effort de Catherine, cela reste quelque chose de très grand. Cela rejoint un certain nombre d'intuitions que certains papes ont eu que d'être les défenseurs de la cité. C'était sa manière à elle, Catherine de Sienne, de penser que les papes, surtout dans cette Italie divisée et en proie aux rivalités et aux luttes internes, que l'Église et en premier lieu le pape, pouvaient être les témoins de cette paix, les messagers et les artisans de cette paix. 

       Je crois qu'on peut prier pour qu'aujourd'hui encore, à quelque niveau que ce soit, non seulement au niveau du pape mais au niveau des différentes conférences épiscopales, que l'Église retrouve cette idée de la mission d'être au service de la paix, et d'essayer de faire qu'à travers l'annonce de l'évangile ce soit un peu plus de la paix de Dieu qui rayonne dans le cœur de chaque homme. 

       AMEN 


 

 

 
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