AU FIL DES HOMELIES

Photos

UNE FEMME D'ACTION ET DE CONTEMPLATION

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

e quinzième siècle fut un siècle d'une effroyable dureté. La peste sévissait dans les campagnes et dans les villes avec son cortège de maux, de souffrances. La guerre de cent ans entre les Anglais et les Français entraînait aussi toute une suite de souffrances, de violences, de mort et de haine. Les villes italiennes étaient en querelle les unes contre les autres. La révolte grondait et régnait dans les états pontificaux pendant que le Pape Grégoire XI était exilé en Avignon.

C'est pourtant au cœur de cette époque extrêmement troublée que Dieu a fait jaillir au sein de son Église et au sein du monde celle que nous fêtons aujourd'hui, Catherine de Sienne. Elle est née dans la première partie de ce cinquième siècle, à Sienne. C'est là qu'elle a vécu essentiellement. Elle est restée laïque toute sa vie, elle n'était pas religieuse. Elle faisait partie d'un Tiers Ordre rattaché à l'ordre dominicain fondé au début du siècle précédent, ce Tiers Ordre s'appelait la communauté de la pénitence de saint Dominique et avait comme vocation particulière de visiter les pauvres, les malades, tous ceux qui étaient affligés par quelque souffrance que ce soit, et même d'assister les condamnés à mort, au moment de leur exécution comme cela arrivera une fois, au moins, à Sainte Catherine de Sienne. Au moment où un brigand nommé Talgo sera exécuté c'est elle-même qui placera sur le billot la tête du condamné, puis la recevra dans ses mains, faisant là l'expérience de la force insoutenable et bouleversante de la Rédemption.

Probablement que si sainte Catherine n'avait pas été donnée à l'Église et au monde à cette époque-là, le visage de l'Église et du monde en serait modifié, car son influence sur la vie de l'Église, sur la spiritualité de l'Église, et donc sur la vie du monde a été extrêmement importante, j'allais dire extrêmement grave dans la mesure où cela a eu un poids énorme pour les évènements qui ont suivi. Le grand évènement c'est qu'elle a réussi, en venant elle-même à Avignon, à convaincre le Pape Grégoire XI de revenir à Rome où il devait siéger comme primat de l'Église puisque c'est là que les apôtres avaient témoigné de leur foi en versant leur sang par le martyre. Mais plutôt que de nous attarder sur ces dimensions politiques et ecclésiales ou ecclésiastiques de Sainte Catherine de Sienne, j'aimerais avec vous méditer sur quelques-unes de ses phrases que j'ai extraites de ses écrits. Les trois grandes activités de sainte Catherine, c'est son action caritative, c'est sa correspondance, nous avons actuellement 330 lettres d'elle, écrites au Pape, aux cardinaux, aux évêques, aux pauvres, aux religieux, aux prêtres, aux responsables civils, et en même temps ce furent ses nombreux voyages. Elle a énormément voyagé en Italie centrale et jusqu'en France. Et tout cela soutenu par une vie spirituelle intense, une vie mystique extrêmement dense. Elle accomplissait ce que l'on disait de saint Dominique, ce mot qu'on lui prête : "Le jour pour les hommes et la nuit pour Dieu !". Voici donc quelques extraits de ses lettres qui peuvent nous permettre de saisir quel a été le point central, non seulement de son activité, mais surtout de son intimité avec Dieu, puisque c'est de cette intimité avec Dieu qu'elle tirait toute la force de son action, de sa parole.

A un religieux : "Si vous étiez ce que vous devez être, vous mettriez le feu à toute l'Italie." Il ne s'agit pas ici de rechercher son identité à travers quelques dédales des sciences humaines ou de la psychologie. "Si vous étiez ce que vous devez être " cela veut dire que, si nous nous l'attribuons aussi à nous, nous nous sommes séparés de ce que nous devons être. Or ce que nous devons être est contenu et ne même temps est caché dans la source, c'est-à-dire dans l'amour de Dieu qui a été manifesté de façon visible pour nous dans le buisson ardent. Et Catherine de Sienne dira que le buisson ardent qui ne cesse de brûler comme un feu, c'est le sang de l'Agneau. C'est pour cela que nous avons lu tout à l'heure c'est évangile de l'Agneau Immolé dont le cœur s'ouvre pour laisser se répandre son sang. Cette recherche de soi-même, cette recherche de ce que nous devons être a donc comme motif, comme appui, le sang du Christ. Et l'Agneau est probablement le point central de toute la démarche spirituelle de sainte Catherine de Sienne. Elle disait d'ailleurs que la lumière de ce sang de l'Agneau devait chasser toute ténèbre et c'est en chassant toute ténèbre que nous devenons ce que nous avons à être. Elle écrivait aussi une autre fois : "Il vous a créé pour sa gloire, pour que nous participions à son éternelle beauté. Qui nous prouve cela ? Le sang de l'Agneau. Où trouvons-nous le sang de l'Agneau ? Dans la connaissance de nous-mêmes."

Nous sommes là encore, invités à revenir au fond de ce que nous sommes, au fond de ce que nous devons être, pour connaître le mystère de Dieu qui nous fera connaître ce que nous sommes nous-mêmes. Et elle a une très belle image. Elle écrit : "Nous sommes là comme des coupes pour recevoir le sang qui s'écoulait de la croix. C'est nous qui sommes cette coupe qui reçoit le sang. Quand Jésus dit : Père, que cette coupe s'éloigne de moi, il ne faut pas comprendre que le Sauveur demande l'éloignement de sa Passion. Ce que Jésus demande, dans cette ultime tentation, c'est l'éloignement de cette coupe qu'est la liberté de l'homme qui peut en faire une coupe de colère et transformer le sang qui donne la Vie, en sang qui donne la mort. Cette tentation atteint son paroxysme à travers Judas, l'ami entre les amis, en qui Jésus voit ceux qui foulent aux pieds, dans leur cœur, le prix du sang."

Ainsi, cette connaissance de soi-même, ce n'est que la connaissance du mystère de Dieu dans notre propre cœur, au milieu de notre être, au milieu de ce qu'il y a de plus profond en nous, c'est-à-dire notre liberté. Et notre liberté, notre être, tout ce que nous sommes doit devenir une coupe pour être remplie du sang de l'Agneau. Et c'est à ce moment-là que nous serons vraiment ce que nous devons être. Et si nous sommes remplis du sang de l'Agneau, nous serons ce buisson ardent et alors nous mettrons le feu à l'Italie et au reste du monde.

Frères et sœurs, retenons de sainte Catherine de Sienne ces quelques phrases qui, vous le sentez, sont très profondes et d'autant plus profondes qu'elles doivent nous toucher parce que nous, chaque jour, nous recevons le sang de l'Agneau. Nous chaque jour, nous devons être ce que nous sommes, ces coupes que le désir de Dieu vient creuser en nous, que notre désir vient également creuser pour que nous puissions recevoir le sang de la Rédemption et que ce sang puisse faire en sorte que nous devenions incandescents de l'amour de Dieu. Que notre liberté, que notre amour, que notre chair prennent feu à cette lumière du sang versé pour que, petit à petit, et l'Église et le monde soient touchés par cette grâce de la Rédemption qu'Il ne cesse de nous donner. Que sainte Catherine de Sienne intercède auprès de Dieu qui lui a si souvent répondu de façon très visible, afin que nous puissions, à sa suite et à son exemple, dans cette force de l'Esprit, cette puissance du sang versé, être vraiment, pour l'Église et pour le monde d'aujourd'hui, les témoins de l'Agneau.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public