AU FIL DES HOMELIES

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LES NOCES DE LA CROIX

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1986)
Mardi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

atherine de Sienne vécut à un moment qui fut sans doute l'un des plus sombres de l'histoire de l'Église. Le peuple chrétien en Occident est très profondément blessé par les restes encore vifs de l'hérésie cathare. Le peuple d'Occident est décimé par milliers à cause de la grande peste noire, spécia­lement en Italie où parfois des couvents entiers vont disparaître en l'espace de quelques semaines. Mais, pire encore peut-être, c'est l'époque du grand schisme d'Occident : le pape est en Avignon, il y en a un autre à Rome, et à un moment un troisième élu à Pise. C'est dans ce siècle-là que s'est levée une femme Catherine de Sienne.

Elle n'était pas religieuse au sens moderne du mot, elle n'appartenait pas à une congrégation reli­gieuse, elle était simplement très liée, au plan spirituel et aussi affectif, à l'ordre des prêcheurs, fondé par saint Dominique au début du siècle précédent. Sainte Catherine de Sienne a énormément écrit, et dans ses écrits je relève quelques éléments de sa sainteté.

Quelque temps avant sa mort survenue le 30 avril 1380, elle a écrit une lettre à un religieux, Sté­fano Macconni, qui allait d'ailleurs déposer son corps dans son cercueil, et elle lui disait simplement cette phrase : "Si vous étiez ce que vous êtes, vous mettriez le feu à toute l'Italie." Et c'est probablement une des caractéristiques de sainte Catherine de Sienne : être ce que l'on doit être. Et elle redira toujours à qui veut l'entendre, aux religieux, religieuses, au clergé mais plus encore au Pape :"soyez ce que vous devez être !"

Cette marque de sa sainteté n'était pas une sorte d'anticipation de la psychologie des profondeurs. Cette sainteté prenait racine dans un dialogue tout à fait originel, et en même temps original, que le Sei­gneur avait eu avec elle, le 2 mars 1367, où Il lui avait dit : "Je suis Celui qui suis, tu es celle qui n'est pas," manifestant ainsi d'abord sa seigneurie, sa divinité, sa toute-puissance, sa toute-bonté, son tout-amour, et en même temps révélant à Catherine de Sienne ce qu'elle était : rien. Rien parce que, à cause du péché, séparée de cette source d'amour, rien parce que enténébrée et obscurcie à toute lumière. Et dans sa correspondance sainte Catherine a développé souvent ce thème : "Je suis Celui qui suis et tu n'es rien."

Et c'est là qu'elle a compris, comme le dit l'Ecriture, que le Christ serait son Époux, Celui qui la construirait, Celui qui la bâtirait : "Ton architecte t'épousera." Et c'est dans les noces de la croix que le Christ est venu épouser l'humanité, et c'est dans les noces de la croix que Catherine de Sienne puisera toute son identité. C'est pour cela d'ailleurs, qu'au jour de sa fête, nous avons lu la mort du Christ et son côté ouvert laissant jaillir l'eau et le sang.

Cette perspective extrêmement profonde de l'identité chrétienne, à partir du sang de la croix du Christ, a illuminé toute sa vie. Et c'est en contemplant cette source qui ne tarit jamais qu'elle est devenue elle-même ce qu'elle avait à être : sainte Catherine de Sienne. Sainte, dans la totalité de son humanité, et sainte dans la totalité de la sainteté que Dieu lui avait transmise, lui avait révélée, par la mort rédemptrice du Fils. Dans une de ses lettres elle aura cette très belle expression : "La lumière du sang précipite les ténèbres." Le Christ est Celui qui est, et lorsqu'on accueille dans son cœur et dans sa vie son sang versé, les ténèbres sont chassées et l'être apparaît enfin pour ce qu'il est vraiment : épousé par le Christ.

"Si vous étiez ce que vous êtes, vous mettriez le feu à toute l'Italie." Cela est vrai aussi pour nous : laïcs, nous devons être laïcs, prêtres, nous devons être prêtres, religieux, religieuses, nous devons être reli­gieuses. Sainte Catherine n'aurait rien à ajouter. Sim­plement, elle exigerait de nous que nous le soyons totalement, à cause de l'évangile et du Christ. Mais cette sainteté n'est pas uniquement une tâche person­nelle. Le Christ est venu donner sa vie pour chacun, mais pas séparément. Il est venu construire une épouse qui est l'Église. Et c'est une des plus belles choses qu'il nous faudrait beaucoup méditer en ces temps, sainte Catherine de Sienne a aimé la sainteté de l'Église. Mais non pas uniquement la sainteté du Christ comme chef, comme tête. Elle a aimé passion­nément la sainteté des membres de l'Église, et pour­tant à une époque où cette sainteté était, humaine­ment, quelque peu suspectée, quelque peu entachée par le péché. Elle a aimé la sainteté de l'Église parce qu'elle a vécu cette prédication de l'apôtre Paul sur les charismes de chacun des membres de l'Église. Si cha­cun est vraiment ce qu'il est, alors l'Église, en chacun de ses membres, est sainte, et dans la différenciation de chacun, la totalité de la sainteté de Dieu est mani­festée.

C'est pour cela qu'elle appelait chacun à la sainteté personnelle, sachant très bien que cette sain­teté personnelle était une composante nécessaire à la sainteté de l'Église. Elle a vraiment aimé l'Église et c'est pour que l'Église manifeste sa sainteté qu'elle a travaillé, qu'elle a écrit, qu'elle a veillé, qu'elle a souf­fert et qu'elle a, en définitive, offert sa vie pour le Christ et son Épouse qui est l'Église. Elle savait très bien que, dans l'Église, tout péché ne s'efface pas à la force de notre vertu ou de nos mérites, mais que tout péché est lavé, là encore, par le sang du Christ. Et elle suppliait l'Église de son temps, c'est-à-dire chacun des membres de l'Église, de devenir "capacité" pour que l'Église fasse de l'Église un "torrent", un torrent de sa vie, un torrent où son sang viendrait vivifier et vien­drait manifester cette couleur flamboyante de son amour.

Pour Catherine l'Église c'était le buisson ar­dent que Dieu donnait, à son époque à l'humanité, et donc chacune des branches était représentée par cha­que chrétien qui devait être envahi de ce feu, venant du sang versé du Christ, pour que l'Église tout entière en soit purifiée, qu'elle puisse flamboyer et qu'elle puisse être rendue visible aux hommes de son temps. Et elle espérait qu'ainsi chacun pourrait, en se dé­chaussant, venir comme Moïse, s'approcher de l'Église, y reconnaître la sainteté de Dieu, écouter sa Parole et en vivre.

Nous allons recevoir le sang versé du Christ. C'est celui-là même qui a coulé sur la croix, c'est ce­lui-là même qui a sanctifié la vie de Catherine de Sienne, c'est le même sang qui vivifie l'Église de toujours et l'Église d'aujourd'hui. Si vous le voulez, unissons notre prière de façon plus urgente à celle de Catherine de Sienne, pour que, à son exemple et à sa suite, chacun devienne vraiment ce qu'il doit être. Alors l'Église sera ce qu'elle est déjà : l'Épouse sainte du Christ qui manifeste son amour et qui attire les hommes, non pas à elle, mais à Celui qui est son cœur et qui a donné sa vie pour eux, le Christ son Seigneur.

 

AMEN

 

 

 
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