AU FIL DES HOMELIES

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L'INFINI DE DIEU

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1989)
Samedi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

'est notre regard de foi qui nous permet de reconnaître, dans le pain et le vin, la présence du corps et du sang du Christ. Mais nous ca­tholiques, nous savons aussi que ce n'est pas ce regard de foi qui fait que le Christ est présent. Ce n'est pas notre propre acte de foi qui crée la présence. Mais cette présence est plus forte et plus grande que celle que nous reconnaissons nous-mêmes. Ce n'est pas l'acte que nous posons au cours de l'eucharistie qui permet au Christ de se rendre présent, mais Il est bien présent, même si nous ne voulions pas le reconnaître à travers ce pain et ce vin qui disent réellement le corps et le sang du Christ. C'est ainsi que nous définissons ensemble la présence réelle.

C'est ainsi que nous pouvons, avec sainte Catherine, aller un peu plus loin en définissant la den­sité même de l'être de Dieu qui se rend présent de façon plus large, plus profonde que ce que nous pou­vons en percevoir. Il n'y a pas proportion entre la per­ception que nous avons de l'être de Dieu et l'être réel qui s'impose à nous. En allant même un peu plus loin nous pourrions même dire, comme saint Jean, que l'Etre de Dieu nous précède toujours et que notre pro­pre être est toujours un peu comme en retard à recon­naître qu'Il était là, qu'Il est là, ou qu'Il est passé.

Nous rejoignons là un des sommets de la dé­couverte de sainte Catherine par rapport à cette eu­charistie dans laquelle elle était si profondément sai­sie et qu'elle résume par cette phrase que Dieu lui dit au creux de son âme : "Je suis Celui qui est et tu es celle qui n'est pas !" Je suis l'Infini et tu n'es que fini. Ton être ne tient pas devant le mien. Et dans l'eucha­ristie, nous avons à faire une démarche personnelle pour essayer de comprendre ce que souvent nous voulons intellectualiser, reconnaître par une démarche abstraite. Oui Jésus est présent, mais Il est bien plus densément présent que ce que notre intelligence ou notre cœur nous permettent de le reconnaître.

Il y a là comme un chemin inverse à procéder en nous-mêmes. Ce n'est pas nous qui le reconnais­sons. Vous avez en tête les récits de la Résurrection. Quand ils marchent avec Jésus qui est à côté d'eux et leur explique les Écritures, les disciples d'Emmaüs ont d'abord le cœur brûlant et ensuite, seulement, pro­noncent la phrase qui leur permet de le reconnaître comme "le Seigneur". Souvent, dans notre vie spiri­tuelle, nous avons constaté, après coup, qu'Il était passé. L'analyse intellectuelle, personnelle ou psy­chologique de la présence de Dieu ne se fait en géné­ral qu'après coup. Nous sommes déjà saisis, envelop­pés par cet être et c'est ensuite que nous pouvons nous dire, à nous-même : "Dieu était là et je ne le savais pas !" comme le dit Jacob.

Sainte Catherine, invitant les êtres humains à se poser en face de Dieu, les invitant à prendre cons­cience de leur précarité, de leur fragilité ou même de leur inconsistance, les amène à communier réellement avec le seul qui peut être et qui est Dieu et qui nous donne cet être. Elle a été si proche de l'eucharistie, spécialement dans le sang, qu'elle découvre par ce sang le fleuve de grâce, le fleuve de salut de l'Église et nous ouvre le chemin de notre propre démarche de pèlerin dans l'eucharistie. Ce n'est pas nous qui ve­nons. Nous sommes enveloppés, englobés par cette présence, beaucoup plus large que nous. Et nous ne pouvons pas réduire la perception que nous avons à l'idée que nous nous en faisons. Ce n'est pas une question abstraite, mais c'est une question d'être vrai­ment saisi de l'intérieur comme sainte Catherine l'a été elle-même dans son cœur, par cette présence qui force nos remparts, nos hésitations, nos doutes, afin de prendre racine, "de planter sa tente" au cœur de notre vie.

Dans toutes les correspondances que Cathe­rine a pu entretenir avec les grands personnages de son monde contemporain, elle invitait chacun à être vraiment ce qu'il devait être. Que ce soit au saint Père, aux différents papes puisqu'il y en avait plusieurs à l'époque, aux cardinaux, elle n'était qu'une invitation : "Soyez ce que vous êtes. Si vous étiez vraiment ce que vous êtes, vous seriez comme du feu qui brûlerait toute l'Italie" disait-elle au pape.

Car c'est l'être de Dieu envahissant le cœur de l'homme qui peut vraiment permettre à l'homme d'être ce qu'il est et retrouver ainsi le chemin qu'il a perdu. Sainte Catherine met en évidence que nous avons perdu nous-mêmes le chemin de notre être, que nous ne savons pas très bien par nous-mêmes ce que nous sommes et qu'il nous faut passer par Dieu pour dé­couvrir qui nous sommes réellement. La véritable réalité de ce que nous sommes, ne se voit que dans la lumière de la présence de Dieu qui nous permet de nous voir en Lui, de nous découvrir comme fils de Dieu. C'est là le secret même du chrétien qui, cloi­sonné en lui-même, ne peut découvrir ni, décidant par lui-même, aller vers Dieu.

C'est la rencontre première, essentielle avec Dieu qu'il découvre qui il est et qu'il est saisi et em­mené, qu'il est rejoint par Celui qui nous a précédés sur le chemin car "Dieu nous a choisis et aimés le Premier". Essayons de reprendre ce chemin où nous pouvons nous laisser saisir par Celui qui donne tout, même l'être.

 

AMEN

 

 

 

 
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