AU FIL DES HOMELIES

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PRÉSENTE DANS LA CITÉ

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1991)
Lundi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

l est assez difficile de parler de sainte Catherine de Sienne car le visage qu'elle a laissé à la posté­rité, le visage spirituel, j'entends, est très para­doxal. A la fois une femme que je dirais terriblement excitée, étant toujours au four et au moulin, d'une vigueur invraisemblable dans sa correspondance, des expressions souvent exagérées frisant un peu l'hysté­rie et en même temps cette espèce de sagesse et de paix, celle qui recommande à chacun de vivre dans la cellule intérieure. On l'appelait "la Madre" parce que tous les hommes qui se trouvaient autour d'elle ne touchaient pas terre et qu'elle les menait tambour battant, à commencer par le dominicain Raymond de Capoue qui entreprendra une réforme de l'ordre qui se soldera par un demi-échec. Donc une meneuse d'hommes et en même temps, extrêmement discrète, presque timide à certains moments, osant à peine donner un conseil quand on le lui demande. En même temps, une très grande paix intérieure et pourtant, à tout moment, bouleversée par la vie d'une Église qui, véritablement, était assez bouleversante à l'époque puisqu'il y avait un pape en Avignon et plus tard même deux papes à l'époque du grand schisme.

Il me semble que le paradoxe du visage spi­rituel de Catherine de Sienne peut-être expliqué ou du moins abordé par un aspect de la vie sociale du Moyen-Age. Quand on est à Sienne, on ne peut pas ne pas être frappé par cette magnifique place au cœur de la ville, la Piazza del Campo, une magnifique place qui ressemble à une coquille saint Jacques. Ce n'est pas une place comme on les faisait auparavant sur l'urbanisme grec ou le forum romain. Elle est dominée par le beffroi de l'hôtel de ville et plus loin, à sept ou huit cents mètres, il y a la cathédrale absolument mo­numentale, inachevée. Dans cette géographie de Sienne, avec la place publique d'un côté et de l'autre l'évêque qui est un peu sur la touche, sur une petite colline, commence à s'inscrire ce qui va être le drame de l'Occident. Petit à petit, l'Église ne sera plus au cœur de la vie publique, au cœur même de la vie de la cité.

Précisément ce qui est très beau dans le per­sonnage de Catherine de Sienne, c'est que tout en étant profondément de l'Église, elle a compris que l'Église ne pouvait exister qu'au cœur de la cité et que, d'une certaine manière, elle était terriblement mêlée même aux petites bagarres politiques. Catherine a elle-même accompagné un condamné à mort une jeune tête brûlée, Nicolo Tuldo, qui avait participé à je ne sais quelle sédition ou aventure. Avec beaucoup de courage Catherine l'a converti dans sa prison et suivi jusqu'à la décapitation. Elle était là pour recueil­lir sa tête et elle a eu alors une vision magnifique. A travers le sang qui coulait du corps de Tuldo, elle a compris que c'était le sang du Christ.

Cela dit tout du personnage de Catherine de Sienne. Elle a compris que le mystère de Dieu était présent au cœur de la Cité, au cœur de la ville. Et il me semble que si Catherine de Sienne a tellement voulu que le Pape retourne à Rome, pour les Siennois, Rome n'était pas un point d'appui politique important, le Pape qu'elle appelait le "doux vicaire du Christ sur la terre", c'était pour rappeler au Pontife le sens même de la papauté qui n'est pas d'être partout et n'importe où. Ce n'est pas une sorte de valeur spiri­tuelle qui planerait par-ci par-là ou le pape se déplace. Mais instinctivement, dans sa foi, Catherine de Sienne avait compris que le Pape devait être à Rome parce que c'est à Rome que Pierre et Paul avaient témoigné dans le sang de leur fidélité au Christ et par conséquent, le Pape ne peut pas être pape n'importe où. Ce n'est pas un titre, une sorte de valeur en soi qui peut se balader dans l'univers Mais que c'est précisé­ment, en présidant à la communion de la charité à Rome, que le Pape est vraiment le Pape.

Autrement dit, chez Catherine de Sienne, c'est ce sens d'une vie ecclésiale très incarnée, très terrestre, très enracinée, soit dans sa ville de Sienne, soit pour le Pape comme évêque de Rome, c'est à travers cet enracinement de l'Église dans le monde qu'elle comprenait la présence du Christ, la présence de Dieu au milieu même de ce monde. C'est pourquoi nous essaierons dans notre prière et notre eucharistie de demander au Seigneur que, par son intercession, nous retrouvions, nous aussi, que l'Église, aujourd'hui, a des racines. L'Église n'est pas une sorte d'entité spi­rituelle un peu floue qui flotte dans la conscience des gens ou dans l'air du temps. L'Église c'est l'Église ici et maintenant. C'est ici et maintenant que nous som­mes la présence du Christ à travers cette assemblée eucharistique, c'et ici que nous sommes chargés de témoigner, d'annoncer la présence du Christ pour cette ville d'Aix. Ce que nous pouvons retenir de plus précieux de Catherine de Sienne c'est cet enracine­ment, cette présence de l'évangile, cette proximité de Dieu là où le monde le cherche et ne le connaît pas encore.

 

 

AMEN

 

 
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