AU FIL DES HOMELIES

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DANS LE JARDIN DE L'ÉGLISE

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1993)
Jeudi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans l'attitude de vainqueur qui écrase du pied l'échine d'un animal fabuleux, la vierge Ma­rie, même dans cette église, est représentée écrasant de son talon le serpent. Sainte Catherine de Sienne n'est jamais représentée écrasant un animal car ce n'est pas ainsi qu'elle a vaincu le mal. C'est par une autre arme non moins redoutable, par la parole et spé­cialement par la parole italienne, par le verbe toscan qui est peut-être plus effilé et plus efficace que toutes les armes et tous les talons des femmes.

L'arme de Catherine c'est la parole. Ce n'est pas sa parole mais la parole du feu guérie par le Sei­gneur qui lui permettra de s'adresser aussi bien aux pauvres qu'au pape lui-même qu'elle secoue assez violemment car celui-ci veut rester en Avignon et ne pas retourner dans sa capitale, à Rome. Les longues lettres que Catherine écrit à ce "doux Christ de la terre", comme elle l'appelle, sont très fraternelles et finalement très peu solennelles. Au-delà même de cette parole vigoureuse Catherine prend sur elle le péché de ce monde, de ce monde du quatorzième siè­cle. Elle ne devait pas regarder ce monde avec beau­coup de charité immédiate puisqu'elle appelle certains mauvais prélats et mauvais prêtres "plantes visqueu­ses et vénéneuses". Et elle mesure que coule habi­tuellement la violence, l'usure, l'avarice et la luxure. Elle voit que, dans "le jardin de l'Église" dont elle est gourmande, friande, où sont plantés "les arbres de vie dont les fruits guérissent ceux qui reconnaissent le Christ", sont aussi plantés les arbres de la mort. Et un peu plus loin un océan qui rejoint ce jardin de vie, déjà mélangé d'ivraie et de bon grain, porte les grands bateaux des ordres religieux. Je pense qu'elle devait mettre en premier la nef de saint Dominique dont elle est l'héritière, dont elle est le héraut. Sur terre et sur mer sont présents le diable et ses conséquences, la croix du Christ, ce sang qui coule du côté, qui n'arrête pas de guérir, de sauver inlassablement un monde qui ne reconnaît pas le sang salvateur. Un bruit dans cet univers imaginaire, la monde du diable et des diables­ses et des fausses dévotes, des intrigues de cour, de cour romaine et pontificale. Et au milieu même de ces rondes de diables et de diablesses, des lis et des roses dans les ronces.

Elle vivait au premier degré ce visage de l'Église. Elle le vivait comme si elle était elle-même l'Église. Ce que l'Église vivait mal, elle le recevait comme une blessure au cœur même de son être, comme le Christ qui saigne de son côté. Comme elle le dira à Raymond de Capoue son confesseur "elle hurle à la mort" et elle demande au Père de punir sur elle les fautes de l'humanité. Raymond de Capoue lui demandait comment, sous le regard de la vérité, elle pouvait s'estimer et se dire "la cause de tous les maux du monde". Catherine répondit : "Est-ce que si j'étais tout embrasée du feu de l'amour divin je ne prierais pas mon créateur avec un cœur de flamme ? Lui qui est souverainement miséricordieux, ne ferait-il pas alors miséricorde à tous mes frères, en leur accordant d'être embrasés du feu qui serait en moi ? Quel est l'obstacle à un si grand bien ? C'est le péché assuré­ment car nulle imperfection ne peut venir du Créateur qui ne peut rien avoir en Lui d'imparfait. Il faut donc que ce mal vienne de moi et par moi."

Cette identification radicale, viscérale, entre le corps de Catherine et le corps de l'Église, le corps du Christ, nous aide à pénétrer un des mystères pro­fonds de cette mystique docteur de l'Église que nous pourrions résumer ainsi, qu'elle résume d'ailleurs ainsi dans une lettre : "La créature devient ce qu'elle aime". Nous devenons ce que nous aimons, ce qui veut dire que nous ne sommes rien d'autre que ce que nous aimons et que notre corps, notre corps réel, pas notre corps physique mais notre personne humaine prend la forme, prend l'allure, prend la couleur, prend l'odeur de ce que nous aimons, de ce que nous adorons. Sainte Catherine est devenue le Christ, elle adorait le Christ, elle s'est identifiée à Lui, elle a souffert avec Lui sa passion. Morte à trente-trois ans, symbolique de la mort du Christ, elle va jusqu'au bout de ce qu'elle a aimé, en devenant totalement ce qu'elle a cherché.

Réfléchissons pour savoir ce que nous ai­mons, ce que nous cherchons, ce que nous désirons. Si c'est nous-même, nous tournons en rond, un néant qui cherche un néant ne trouve rien. Si c'est Dieu, alors nous deviendrons comme Lui, remplis de son amour comme d'un feu qui embrasera le monde entier qui depuis longtemps l'attend.

 

 

AMEN

 

 
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