AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DU SANG : SAINTE CATHERINE DE SIENNE

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Rome : Gisant de Sainte Catherine de Sienne 

L

es textes de ce jour sont centrés sur le mystère du sang du Christ, le sang qui jaillit du côté du Christ, le sang qui, uni à l'eau et à l'Esprit, témoigne du salut apporté par le Christ. En effet, sainte Catherine de Sienne a eu une dévotion toute particulière pour le sang du Christ, c'est-à-dire pour le sacrifice que le Christ a offert pour nous, le sacrifice de son amour dont le cœur transpercé du Christ et le sang qui en jaillit sont le signe. Le sang qui se répand, le sang que nous allons recevoir tout à l'heure dans la communion eucharistique, le sang du Christ qui nous remplit de sa présence vivifiante et en même temps enivrante, c'est le signe, c'est plus que le signe, c'est le vecteur, le porteur de cet amour infini de Dieu, en tant qu'il se répand en nous. C'est l'amour de Dieu répandu dans notre cœur, devenant notre amour. Et ce mystère de l'amour répandu, communiqué, de l'amour qui envahit notre propre être comme il a rempli l'être même du Christ, cet amour qui est comme l'expression du cœur de Dieu se communiquant à notre propre cœur, c'est pour sainte Catherine de Sienne, le centre gratuit de la vie. Cet amour de Dieu, c'est la gratuité de Dieu qui nous est donné pour que nous-mêmes, nous vivions dans cette gratuité, pour que nous apprenions à l'école du Christ ce don qui n'est pas pour ceci ou pour cela mais qui est le don parfaitement gratuit que nous faisons à notre tour, comme le Christ l'a fait d'abord pour nous.

       Apprendre à l'école du sang du Christ, la gratuité du don de Dieu. Nous sommes spontanément intéressés. Probablement parce que nous manquons de beaucoup de choses, nous sommes conscients de notre pauvreté et de tout ce qui nous manque, alors nous avons besoin de recevoir, nous voudrions être sans cesse remplis de bienfaits nouveaux. Et ceci pas seulement au plan matériel mais aussi au plan spirituel. Nous quémandons sans cesse des grâces nouvelles de la part de Dieu. Il faut que nous apprenions, à l'école du Christ, à l'école des grands saints et particulièrement de sainte Catherine de Sienne, cette gratuité. "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement". Apprendre à ne pas mesurer notre relation avec Dieu aux bénéfices mêmes les plus profonds et les plus spirituels que nous pourrions en retirer.

       Pour sainte Catherine de Sienne, cette gratuité de l'amour de Dieu, cette gratuité de l'amour vécu dans notre propre cœur s'exprime par une recherche du donateur plutôt que du don. Plutôt que d'être attentifs aux dons que Dieu nous fait, même les plus élevés, même les plus hauts, même les dons de la grâce, tous doivent disparaître devant le donateur. Lui seul compte. Seul le Christ est le centre de notre vie, de notre désir, de notre perspective. L'élan de tout notre être va vers la personne du Christ. Non pas que nous méprisions les dons que le Christ nous fait, mais ils sont comme un tremplin qui nous fait rebondir vers Lui. Au lieu de nous attacher aux joies, aux grâces, aux bienfaits que nous recevons, allons toujours plus loin, comme savait le faire sainte Catherine de Sienne pour rechercher le visage seul du Christ. Car en définitive, cela seul importe à condition que nous ayons appris à aimer et que nous ne soyons pas seulement inquiets de notre salut, que nous ne soyons pas seulement préoccupés, que nous ne soyons pas seulement centrés sur nos besoins même les plus légitimes, mais que véritablement, à l'école du Christ, l'amour petit à petit envahisse, pénètre, remplisse notre cœur.

       C'est ce que tous les chrétiens sont appelés à connaître et plus particulièrement ceux qui souffrent pour le Christ. Ceux qui ont souffert à travers l'histoire de l'Église ceux qui souffrent aujourd'hui encore pour le Christ savent que rien n'a de prix et de valeur auprès du visage du Seigneur Jésus. Comme saint Paul, ils acceptent de considérer tout comme des balayures, comme des objets de rebut, pour la force vivifiante de la Résurrection du Christ. Par les événements, ils sont conduits à se détacher de tout, même de ce qui nous semble le plus indispensable, le plus nécessaire non seulement à la vie du corps mais à la vie du cœur. Tout leur est enlevé, il ne leur reste que le visage du Christ au fond de leur cœur.

       C'est une leçon que nos frères nous donnent ainsi que sainte Catherine de Sienne et que nous devrions écouter. Nous qui avons le loisir de jouir de tant de bienfaits et entre autres de la possibilité de nommer le Christ et de chanter sa louange, nous devrions réveiller en notre cœur ce désir du donateur, ce désir de l'amour seul du Christ qui surpasse tout ce que nous pouvons vouloir sur terre et qui nous donne la force de traverser tous les événements de la vie. Concentrons notre prière sur ce don que le Christ nous fait de son sang. Nous allons être remplis de ce breuvage de vie, de cette ivresse de l'amour de Dieu. Que nous sentions à quel point toute notre vie est accrochée à son Cœur et que rien ne compte devant sa présence, son amour et la tendresse qu'Il veut mettre dans nos cœurs.

       AMEN

 

 
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