AU FIL DES HOMELIES

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L'AVENTURE MYSTIQUE

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 1996)
Lundi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

S

ainte Catherine naquit à Sienne dans une fa­mille comptant vingt-quatre frères et sœurs. Famille italienne, pauvre et humble. Le père était teinturier. La future sainte Catherine va très vite se sentir appelée à Dieu par la prière et la pénitence. Sa famille s'oppose à cet appel, mais malgré ces réti­cences et résistances, Catherine commence à vivre comme servante dans sa propre maison. Elle entre ensuite dans le Tiers-Ordre dominicain. Commence alors pour elle, jusqu'à trente-trois ans, une vie très active et très contemplative à la fois. En sainte Cathe­rine se rejoignent donc les deux données essentielles de la vie du chrétien : la contemplation et l'action. A une époque, Catherine se consacrera uniquement à la contemplation, elle sera recluse.

Sainte Catherine est celle qui a exploré l'im­mensité de l'abîme de Dieu, celle qui a osé s'aventurer farouchement dans cette immensité de l'amour de Dieu. Elle ne trouvait pas le monde vain, mais elle le trouvait trop petit pour son cœur et son désir. Elle a donc entrepris une sorte de voyage intérieur qui fut aussi un voyage extérieur grâce aux lettres qu'elle a écrites ou aux influences qu'elle a eues auprès des papes d'Avignon (cf. ses sermons, ses exhortations). Ce voyage intérieur n'effraiera jamais le cœur de sainte Catherine. Il y a en elle l'ambition non pas d'étreindre cet abîme de l'immensité de Dieu, mais de le fréquenter, de le parcourir en tout sens comme dans une sorte de géographie mystique dont elle ne se las­sera jamais de découvrir vallées, montagnes et colli­nes. Elle pressent que le petit paysage que nous pou­vons découvrir de Dieu en cache de plus grands et de plus infinis. S'il en est une parmi les saints de l'Église qui a fréquenté et décrit cette immensité de Dieu, c'est donc bien elle. Et elle s'est retrouvée dans cette im­mensité. Elle ne s'y est pas perdue. Elle a découvert que non pas sa propre humanité tissée de péché, mais ce qui, au fond de cette humanité, est fait pour cet infini de Dieu, est appelé à fréquenter les grandes steppes de la miséricorde divine. Ayant une haute idée de Dieu, elle nous donne une haute idée de l'homme. Dans le face-à-face et le dialogue incessant qui animaient son cœur, souvent avec douleur et souf­france, elle nous permet de voir ce que Dieu voit en l'homme : comment Dieu reconnaît en l'homme une capacité d'infini. Rien si ce n'est notre médiocrité et notre étroitesse ne devrait s'opposer à ce que le cœur de l'homme soit aussi grand que le cœur de Dieu.

Voilà ce que sainte Catherine, comme une folle de Dieu, écrit à Celui qu'elle appelle son "Fou d'amour" : "O Père Eternel, ô Feu et abîme de Cha­rité, ô éternelle Beauté, éternelle Sagesse, éternelle Bonté, éternelle Clémence, ô Espérance, ô Refuge des pécheurs, ô Largesse inestimable, ô Bien éternel et infini, ô Fou d'amour, as-Tu besoin de ta créature ? Oui, je le pense, car Tu te comportes comme si sans elle Tu ne pouvais vivre, étant donné que Tu es Vie et que toute chose a vie par Toi et sans Toi aucune chose ne vit. Et pour quoi donc es-Tu pris de folie ? Pourquoi t'es-Tu énamouré de ta créature, t'es-Tu plu et épris d'elle en Toi-même ? Et comme ivre de ton salut elle te fuit et Tu la cherches. Elle s'éloigne et Tu t'approches. Plus près Tu ne pouvais venir. Que dirai-je ? Je ferai comme le bègue et dirai ah ! ah !" parce que je ne sais rien dire d'autre car la langue finie ne peut exprimer le sentiment de l'âme qui infiniment te désire."

On raconte qu'un jour, un juif dans une syna­gogue, ne sachant plus que dire à Dieu, avait simple­ment décidé d'aller dans la forêt pour réciter l'alphabet disant à Dieu : "je ne connais point les mots qui te plaisent. A toi de les mettre dans l'ordre." Cette his­toire du juif éclaire timidement l'intensité du dialogue qui, par des mots très justes, décrit combien sainte Catherine est habitée et transformée. Nous pouvons, à la suite de sainte Catherine, non pas nous perdre comme le prétendent certains dans quelque relation avec la divinité, mais trouver une sorte de consistance à notre être, à notre chair humaine. Car se perdre en Dieu, c'est en quelque sorte se trouver.

Pour citer de nouveau sainte Catherine de Sienne : "Toi, Trinité éternelle, Tu es un Océan pro­fond. Plus j'y entre plus je trouve et plus je trouve plus je cherche."

Frères et sœurs, nous sommes perdus. Nous sommes perdus dans ce monde parce que nous ne savons pas nous trouver ni nous repérer. La vraie lu­mière, c'est Dieu. Il éclaire ce qu'Il est et ce que nous sommes. Demandons à sainte Catherine d'élargir la tente de notre cœur à la dimension de son amour, sans craindre, sans hésiter et avec la même ardeur qui ani­mait le cœur de Catherine.

 

 

AMEN

 

 
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