AU FIL DES HOMELIES

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UNE SAINTETÉ CONTRASTÉE

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 2004)
Jeudi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous célébrons donc aujourd'hui la mémoire de sainte Catherine de Sienne, la petite der­nière de vingt-quatre enfants. Elle a com­mencé par vivre chez elle dans sa famille, poussée et appelée par Dieu à suivre le Seigneur dans l'orbite dominicaine, elle prend l'habit des tertiaires tout en continuant à vivre chez elle, dans la maison familiale. Elle va rester enfermée trois années dans sa chambre, mangeant un cuiller d'herbes par jour, dormant une ou deux heures. En sortant de cette chambre au bout de trois ans, elle reprend la vie familiale dans une sorte de grande tribu, puisque vingt-quatre enfants, cela fait sans doute du monde, et elle attire à elle un certain nombre de jeunes et de moins jeunes qui vont se re­grouper, on va les appeler les "En-Catharine", ceux qui suivent Catherine, que l'on considère peut-être comme quelqu'un d'assez original. Ils vont former aussi un groupe avec un autre nom qui est plus beau, celui des "bella brigata", et ces "brigata" vont com­mencer à courir l'Italie, puis, sur un ordre du Sei­gneur, ils vont aller jusqu'à Avignon pour chercher le pape. Le pape va revenir à Rome et y mourir, Cathe­rine revient elle aussi à Rome. C'est le moment du grand schisme, le moment où il y a plusieurs papes. C'est aussi un moment de guerre, les villes d'Italie se déchirent.

Dans cette vie, comme derrière la vie de beaucoup de saints, une sorte de Docteur Jekyll et Misters Hyde, les saints ont toujours deux facettes. Ils ont toujours ce goût de la prière poussée à l'extrême, de l'absolu de Dieu qui est comme une sorte de face de ténèbres : plongée ainsi dans la prière, rester en­fermée pendant trois ans, ne chercher que la solitude avec Dieu, se trouver face à des gens qui ne compren­nent pas grand-chose, parce que son accompagnateur spirituel était un brave prêtre qui ne comprenait pas grand-chose à la profondeur de la sainteté de cette jeune fille. Ce goût des ténèbres, contempler les ténè­bres de Dieu, Dieu est lumière bien sûr, mais Il est aussi ce mystère absolument incompréhensible. Et en même temps, ce goût des grands espaces, ce besoin de témoigner, ces fameuses "bella brigata" qui étaient comme des petites brigades missionnaires qui allaient évangéliser un peu partout, et qui sont allées jusqu'à Avignon pour ramener le pape. Il y a cette face de lumière et cette face de prière, mais on pourrait dire que la face prière c'est une face de lumière et que la face missionnaire est la face de ténèbres parce qu'on se heurte à des personnes qui ne saisissent pas du tout la profondeur, la largeur et la hauteur du mystère de Dieu. Donc on se heurte là aussi à des ténèbres.

Mais ces saints ont toujours réussi à concilier les deux faces, ils ont toujours réussi à faire une sorte de synthèse, entre la contemplation et l'action, pour résumer. Ils ont toujours réussi à faire en eux, cette synthèse des deux faces qui ne s'opposent pas, qui ne devraient jamais s'opposer dans une vie de baptisé, quelle que soit notre vie. Dans toute vie, il y a ces deux aspects. Sainte Catherine de Sienne, docteur de l'Église, a fait cette synthèse grâce à la figure du cœur ouvert et du sang répandu. C'est pour cette raison que les textes sont choisis dans la première épître de saint Jean, et dans l'évangile, le passage du cœur ouvert par la lance. Le cœur ouvert, c'est tout ce qui est à l'inté­rieur et qui est comme projeté à l'extérieur. Tout ce qui fait la profondeur de l'union à Dieu ne peut être contenu dans un cœur humain, et jaillit comme un fleuve, comme un courant à l'extérieur. C'est l'image du sang aussi, cette image de la vie qui et donnée et tournée vers Dieu mais d'une manière radicale. Le sang, pour un juif, c'est le lieu de l'âme, de ce dyna­misme vital qui saisit toute notre existence. Ce sang est livré et donné à l'extérieur, il ne peut être contenu, il bouillonne de cette union à Dieu et il ne peut être retenu par aucune digue, comme aucune digue n'a pu contenir le flot du sang qui est sorti du côté ouvert de Jésus, aucune digue ne peut contenir le sang de celui qui s'est radicalement tourné vers Dieu.

Sainte Catherine de Sienne, à travers cette fi­gure du cœur ouvert a pu opérer cette synthèse entre la prière, l'union à Dieu et la mission, l'évangélisation, le service de l'Église. Nous aussi, nous avons à faire cette synthèse. Nous ne serons pas tous appelés à aller chercher le pape réfugié en Avignon, nous ne serons pas tous appelés à avoir la mission extraordinaire de sainte Catherine de Sienne en faveur de l'Église, mais nous avons tous à témoigner de notre foi, nous avons tous à concilier des réalités qui normalement s'oppo­sent, nous avons à concilier cela parce qu'il en va de notre vocation baptismale.

 

 

AMEN

 

 
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