AU FIL DES HOMELIES

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L'AMOUR TOTAL

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 2005)
Vendredi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, le personnage de sainte Catherine de Sienne et assez paradoxal. En effet, elle est une mystique, contemplative et pourtant elle a joué un rôle important dans l'histoire de l'Église de son temps. Elle est toute pénétrée de la pensée et de la vie spirituelle de saint Dominique, sans pour autant faire à proprement parler partie de l'ordre dominicain, elle n'était pas moniale, une simple tertiaire de l'ordre dominicain. Elle a vécu cette vie contemplative non pas dans un monastère ou un cloître mais dans la maison de sa famille, dans une petite cabane au fond de son jardin. Elle été passionnée par l'unité de l'Église, vivant à une époque où cette unité était complètement écrasée par le schisme qui séparait en deux l'Église d'Occident, avec même deux papes. Elle est célèbre en particulier pour être allée trouver à Avignon, le pape Grégoire en lui demandant de revenir à Rome, ce qu'elle a obtenu mais ce qui n'a pas produit les fruits espérés puisqu'il y a eu ensuite, deux papes, un à Rome et un à Avignon. Bref, c'est une existence assez paradoxale. Ce qui est au centre de la vie de sainte Catherine, ce qu'elle n'a cessé de contempler, ce qu'elle n'a cessé de proclamer, dans ses lettres et ses écrits, c'est la toute puissance du sang du Christ. C'est pour cela qu'on a choisi pour sa fête les textes que nous venons d'entendre, d'une part, ce coup de lance qui vient percer le côté du Christ crucifié, d'où coulent du sang et de l'eau, et d'autre part ce texte de la première épître de saint Jean qui fait écho au précédent où il nous dit que le Christ est vainqueur du monde parce qu'il est venu avec l'eau et le sang, non seulement avec l'eau mais aussi avec le sang et l'Esprit rend témoignage avec cette eau et ce sang.

L'eau, dans le Nouveau Testament, et en particulier dans saint Jean, l'eau c'est le symbole de la vie, donc de l'Esprit, du souffle vital de Dieu. Jésus l'avait annoncé : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi, de mon sein couleront des fleuves d'eau vive". Et l'évangéliste précise : "ces fleuves d'eau vive, Jésus disait cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui, quand Il serait glorifié". Et quand Jésus meurt sur la croix, commence déjà à poindre sa gloire, effectivement de son sein transpercé coulent des fleuves d'eau vive. Mais ce don de l'Esprit n'est pas séparable du sacrifice pascal, du sacrifice du Christ sur la croix, c'est pour cela que c'est du côté du Christ crucifié que coule cette eau, et cette eau coule en même temps que le sang, qui est le sang du sacrifice. C'est le don sacrificiel que Jésus fait de sa vie pour le salut du monde. Sainte Catherine de Sienne a été éblouie par cette plaie du côté du Christ, transpercé, où elle voulait en quelque sorte habiter, au plus profond du cœur de Jésus, à l'endroit où Jésus nous a aimés jusqu'à la fin, jusqu'à l'extrême, jusqu'au don total de sa vie, ce que manifeste précisément ce sang qui coule, ce sang répandu, ce sang que nous allons recevoir à l'eucharistie dont il est dit : "Ceci est mon sang répandu pour vous et pour la multitude". Ce sang répandu, c'est l'amour infini du Christ, le don que le Christ fait de sa vie : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". Cet amour du Christ, qui comme le sang se répand, et que nous allons boire pour qu'il envahisse notre corps, pour que de proche en proche, il envahisse tout l'univers et qu'il soit le ferment de la vie à travers la mort, que ce don que le Christ nous a fait de son sang jusqu'à la dernière goutte soit principe de vie, pour chacun de nous, pour tous nos frères, pour l'univers tout entier.

Sainte Catherine de Sienne n'a cessé de prier pour l'Église et de prier aussi pour chacun des membres de l'Église, y compris les membres les plus abîmés, puisqu'elle intercédait inlassablement pour les pécheurs, puisqu'elle a tenu un condamné à mort entre ses bras, alors qu'il ne voulait pas s'incliner devant la miséricorde de Dieu, et qu'elle a dit au Seigneur : "je veux qu'il soit sauvé". Elle a obtenu in extremis que ce sang du Christ répandu jaillisse sur ce condamné à mort qui a fini par se rendre à la miséricorde de Dieu.

Sainte Catherine de Sienne a ainsi une vision très concrète de l'amour du Christ. C'est un amour qui envahit tout l'univers, mais qui touche personnellement chacun d'entre nous. C'est ce contact intime, profond avec le sang du Christ, ce sang répandu sur nous, ce sang répandu en nous, ce sang qui devient notre boisson d'éternité, ce sang qui est l'âme même du Christ venant vivifier notre propre âme, pour que nous soyons ainsi conduits à la vie par le don que le Christ nous fait de sa propre vie.

 

AMEN

 

 

 
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