AU FIL DES HOMELIES

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L'AMOUR DE L'ÉGLISE

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 2006)
Samedi de la deuxième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Yves HABERT

 

C

atherine de Sienne, 1347-1380, trente trois ans d’une vie extrêmement remplie, une vie pleine. Elle n’est pas dominicaine, elle appartient au tiers-ordre, elle appartient à la famille dominicaine, elle n’est pas religieuse dans un couvent, mais elle commence par vivre au sein de sa famille, une famille nombreuse, pour se passionner pour la croix, se passionner pour ce Dieu qui nous a aimés jusque-là. Mystique, elle a cette phrase étonnante : "Tu es celui qui est, je suis celle qui n’est pas". Elle a conscience de sa toute petitesse, elle a conscience de sa fragilité, de sa pauvreté, elle a conscience de son peu de force.

Pourtant, saisie par le mystère de la croix, saisie par la contemplation du Christ en croix, du Christ écartelé sur le bois, elle relie mystérieusement dans une vision comme mystique prophétique, elle relie le corps crucifié du Sauveur sur la croix, et le corps crucifié de l’Église. Les deux se correspondent dans sa vision. Et le sang fait le lien entre le corps crucifié du Sauveur qui a versé tout son sang pour l’Église et ce sang qui ne coule plus dans le corps Église.

Pourquoi ne coule-t-il plus ? Parce que l’Italie est à feu et à sang, les villes se déchirent, parce que le clergé est relâché, le sang bouillonnant de la sainteté ne circule plus. Mais aussi parce que l’Église est confrontée à un événement qu’on appelle le grand schisme d’Occident, c’est-à-dire que le pape a fui, il est à Avignon, un autre pape a été élu par les cardinaux, et puis un troisième. Et là, elle est comme écartelée à l’intérieur d’elle-même par ce corps écartelé de l’Église. Elle va prendre son bâton de pèlerin. Elle, la petite siennoise, elle va aller jusqu’à Avignon pour dire au pape que il convient de surveiller l’Église du haut des collines de Rome et pas du haut des collines d’Avignon, c’est l’Aventin et pas le Ventoux. Elle va le chercher parce qu’elle veut que le sang circule. Elle veut que la charité circule. Elle veut que le "doux Christ de la terre", c’est comme cela qu’elle appelle le pape soit au cœur du dispositif pour que cette charité circule.

D’elle, nous avons à recevoir un très grand amour de l’Église visible. C’est trop facile d’aimer l’Église invisible, trop facile d’aimer l’Église d’avant-hier, ou d’après-demain. Le Seigneur nous demande de la part de Catherine de Sienne d’aimer l’Église telle qu’elle est aujourd’hui, parce que c’est en aimant cette Église, la nôtre, avec ses richesses, avec ses pauvretés, que nous pourrons réellement y prendre notre place. En quelque sorte, le sang qui a coulé du côté ouvert de Jésus, qui coule dans nos veines depuis notre baptême, puisse continuer de couler, à irriguer jusqu’aux extrémités de l’Église. Nous sommes chacun comme l’ultime artériole. Il y a des grandes artères qui passent, comme ça, et puis, il y a les petites artérioles. Et tous les membres du corps du Christ doivent être saisis de l’intérieur par le sang. Et le sang dans la mentalité biblique c’est la vie, c’est l’âme, c’est ce qui donne vie profondément.

N’ayons pas de thrombose du fait de notre péché, du fait de nos refus d’aimer l’Église telle qu’elle est, mais soyons au contraire canaux, pour laisser passer ce sang qui a coulé sur le calvaire et qui ne cesse de couler encore.

 

AMEN

 

 

 

 
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