AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE TÉMOIGNAGE DU SANG

1 Jn 5, 5-8 ; Jn 19, 31-35
Ste Catherine de Sienne - (29 avril 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le don du sang - Lavoûte-Chillac

F

rères et sœurs, vous avez sans doute remarqué que la liturgie pour la fête de sainte Catherine de Sienne a choisi deux textes, l'un dans la première épître de saint Jean, l'autre dans l'évangile de saint Jean, et le mot qui est commun à ces deux textes est "le sang". Dans le premier texte, saint Jean dans une perspective sacramentelle dit que le témoignage en faveur de Jésus-Christ, en faveur du salut, c'est l'eau l'Esprit et le sang. Il est absolument évident qu'à ce moment-là il fait allusion à la mort de Jésus, l'eau et le sang qui coulent de son côté et le fait que le Christ ait remis son Esprit. C'est donc déjà une trilogie concernant le sang puisqu'il est dans une place centrale, c'est le don de la vie qui va jusqu'au don du sang.

Le second texte c'est le même événement mais vu dans le récit de l'évangile de la Passion selon saint Jean. Il relate le fait que l'on veut que les crucifiés soient dépendus du gibet avant la fête de la Pâque, on leur brise les jambes pour les empêcher de prendre appui et respirer, prolongeant ainsi leur supplice. Voyant que Jésus est déjà mort, les soldats ne lui brisent pas les jambes mais percent son côté d'un coup de lance, pour vider le cœur du sang et ainsi s'assurent de sa mort. L'évangile précise : "Il en sortit du sang et de l'eau". C'est donc bien le même épisode qui est visé.

Pourquoi donc a-t-on choisi deux textes qui parlent du sang qui coule du corps du Christ pour la fête de sainte Catherine de Sienne ? C'est parce que chez elle, le sang est un lieu théologique très fréquent? A tel point qu'un certain nombre de lectures psychologiques ou psychanalytiques modernes on trouvé qu'elle avait une sorte d'obsession du sang qui coule, et que c'était une religion du sang, qui se complaît dans la mort, dans le morbide, l'exécution des gens, etc …

C'est plus compliqué que cela. Après son adolescence, elle s'est agrégée à la famille dominicaine qui, à cette époque-là, était extrêmement cadrée pour les femmes. Il y avait des vocations pour les couvents, et tout le reste était assez libre, cela s'appelait tiers ordre. Ce n'étaient pas exactement des congrégations religieuses, ce n'était pas aussi formalisé que nous l'imaginons à partir de l'expérience d'aujourd'hui. Sainte Catherine a eu très vite, à cause de son engagement dans la vie dominicaine, une emprise très forte sur la vie de la cité de Sienne. Cela mérite un certain intérêt. A cette époque toutes les petites villes vivaient dans un état de guerre permanente et de violence permanente, non seulement la guerre à l'extérieur qui devait certainement faire des victimes, mais aussi à l'intérieur des cités. Il y avait toujours des factions rivales qui n'hésitaient pas pour éliminer les adversaires à utiliser la manière forte.

Catherine a exercé son ministère dans cette atmosphère-là. Elle a assisté à plusieurs exécutions capitales de jeunes gens, dont un qu'elle avait accompagné en prison, Nicolo Tuldo, une tête brûlée que le parti adverse a réussi à faire exécuter publiquement. Catherine a gravi les marches de l'échafaud et a recueilli la tête du supplicié dans son tablier ! Elle avait eu tellement le souci de ce jeune homme pour qu'il meure dans des conditions un peu correctes, et elle a recueilli son sang.

Cela vous situe un peu le personnage. Une jeune femme qui n'avait pas froid aux yeux, qui avait un courage incroyable, et ne craignait pas de défier le pouvoir public. Il y avait aussi cette idée que même si ce condamné à mort était légalement exécuté, il n'empêche que c'était une assimilation au mystère du Christ. Ce qui fait le moteur profond de la vie de sainte Catherine, c'est le fait qu'elle ait assimilé le fait de la mort de quelqu'un qui a versé son sang, même pour des raisons critiquables et discutables, que cette mort avait rapport avec la mort du Christ qui donne sa vie pour le salut du monde. Cela l'a accompagné pendant toute sa vie et pour elle, sa vision réaliste de la mort du sacrifice du Christ, donner son sang jusque dans le sens le plus physiologique. Pour elle, la mort sacrificielle c'était la mort du Christ qui était capable en vertu de sa valeur universelle d'aller s'appliquer jusque dans la mort d'un condamné ou de tous ceux et celles qui mouraient dans ce contexte de violence extrême de la vie des cités italiennes dans lesquelles elle évoluait.

Je ne pense pas que l'exemple de Catherine de Sienne soit imitable de la façon la plus littérale possible, mais sa mission a été de dire que dans la mort de chacun d'entre nous, il y a le mystère même du Christ qui s'accomplit dans le côté le plus impitoyable dans ce face à face avec la mort. Elle y a vu et ce n'est pas uniquement pathologique comme certains écrivains essaient de le dire, elle y a vu le symbole même du salut. Au lieu de se complaire de façon morbide dans la mort des condamnés ou des soldats, elle y a vu le moment même où pouvait venir s'inscrire la mort du Christ pour les sauver et les arracher à leur mort de la terre pour entrer dans la vie éternelle.

C'est donc un très beau message de Catherine de Sienne dans sa mission, dans sa vie. C'est un message d'espérance, mais là où la désespérance peut être la plus forte, dans l'angoisse du condamné, c'est là qu'elle voulait faire resplendir la possibilité du salut du Christ. C'et encore un message qui est valable de nos jours.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public