AU FIL DES HOMELIES

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UN ORFÈVRE PARTICULIER

Is 2, 1-5 ; Mc 1, 1-8

St Eloi - (1er décembre 1992)

Mardi de la première semaine d'Avent

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

   

Cernay l'église : Saint Éloi 

V

ous savez, mes frères, qu'un jour, le roi Dagobert mit sa culotte à l'envers et vous n'avez de saint Eloi qu'une seule image, celle d'un rhabilleur de roi. Aujourd'hui c'est la fête de saint Eloi et je voudrais vous suggérer deux ou trois éléments de sa vie et de son message. Mais auparavant il faut retracer son visage.

Saint Eloi a vécu au septième siècle, la France venait de juste de naître, elle avait à peine 150 ans. C'était un chrétien d'origine limousine, un homme très doué dans le travail de ses doigts et qui avait un sens extrêmement fort de la beauté, spécialement de l'orfèvrerie puisqu'il travailla, à Limoges, chez un trésorier royal chargé de dessiner les effigies des médailles, des sceaux et des monnaies. Ses talents d'orfèvrerie l'ont fait remarquer et il fut appelé à la cour de Clotaire II pour ciseler et fabriquer le trône du roi. Il en fit deux alors qu'un seul lui avait été commandé car dit-il : "On m'avait trop donné, alors j'ai fait deux trônes." A la mort de Clotaire II, il devient trésorier général de ce fameux Dagobert qui, heureusement, avait choisi un chancelier moins distrait que lui. En plus de ce travail d'orfèvrerie, de trésorerie, de finances, Dagobert lui demanda de circuler dans le royaume pour surveiller les comptes et de mettre un peu d'ordre dans les papiers, dans les impôts et toutes ces choses qui, déjà à cette époque causaient beaucoup de désagrément C'est d'ailleurs pour cela qu'il a voyagé dans la vallée du Rhône et chez les peuples d'Armorique qui, paraît-il, pour ces raisons-là, étaient souvent insoumis à l'administration mérovingienne. C'est saint Eloi qui a été appelé à ciseler le sarcophage de saint Denis, la châsse de saint Martin, de sainte Geneviève ou autres.

Et tout d'un coup cet homme eut le désir de devenir moine. Tout y mène à cette vie. Et c'est pour cela qu'il a demandé une terre en Limousin où il s'est retiré avec cent cinquante de ses amis. De fait, on le sait, les finances multiplient les relations amicales. C'est à partir de cette abbaye de Solignac que son rayonnement, sa sainteté s'est répandue dans tout le royaume, tant et si bien qu'il fut choisi comme évêque pour le siège de Noyons à l'époque où ce diocèse couvrait le nord de la France et les Flandres belges. C'est là qu'il mourut aux environs de soixante-dix ans et c'est là qu'il est enterré. Voilà très rapidement le visage, la carrière si je peux m'exprimer ainsi de saint Eloi. 

Le point particulier que je voudrais souligner et qui est en lien avec cette démarche de l'Avent c'est que cet homme a d'abord beaucoup aimé son temps, a beaucoup aimé les hommes de son temps, tout en vivant dans ce temps aussi pervers que le nôtre en homme humble sobre, silencieux, en ami de Dieu. Car s'il avait le don humain et artistique de l'orfèvrerie, depuis toujours il cachait un autre trésor. Il avait été illuminé et il le dit lui-même c'est la seule fois où il a été illuminé par une pierre précieuse, celle de l'Incarnation du Christ dans la chair humaine. Et toute la vie de saint Eloi au-delà de la légende et des chansonnettes, c'est celle d'un homme qui a vécu discrètement, humblement quoique dans des tâches importantes et publiques, dans le rayonnement du Verbe fait chair. Il dit d'ailleurs à un endroit : "Admire les étoiles, elles sont très belles, regarde la mer, elle est immense, mais tout cela n'est rien. Il y a un autre joyau, c'est la présence de Celui qui l'a fait dans l'humanité que tu es."

Je vous propose de demander à saint Éloi de pouvoir vivre ce temps de l'Avent à la recherche de cette pierre précieuse et de son rayonnement, cette pierre précieuse qui est l'Incarnation du Christ, pas uniquement dans sa chair humaine et historique d'il y a deux mille ans, mais dans la chair humaine et historique d'aujourd'hui, dans celle de son humanité dans notre humanité, dans celle de sa divinité dans notre humanité ecclésiale. C'est vrai, comme le proposait Isaïe, que nous connaîtrons un temps de paix, que les armes deviendront des socs pour cultiver la terre, encore faut-il cultiver la terre. Par l'évangéliste nous savons que celui qui cultive la terre peut trouver un trésor dans son champ, et tout vendre pour l'acquérir. C'est vrai également, comme le dit Jean-Baptiste qui était sans doute vêtu plus simplement que saint Eloi, mais peu importe, on ne nous demande pas de manger de la confiture de sauterelles, comme le dit saint Jean-Baptiste.

Nous sommes sûrement appelés à retrouver au fond de notre cœur ce trésor de notre baptême, celui pour lequel le Christ est mort et ressuscité, c'est-à-dire celui pour lequel il a taillé dans sa chair humaine le joyau de notre propre chair en la purifiant de ses scories, de ses malformations, de ses trahisons, et en la revêtant de la brillance de l'Esprit Saint qui nous est donné comme un feu, comme une lumière. Oui que saint Éloi, mal connu mais peut-être très proche de nous comme tous les saints qui sont des saints parce qu'ils ont été d'abord profondément humains, que saint Éloi nous aide à découvrir la Parole de Dieu comme le vrai trésor de notre cœur. Mais qu'il nous aide à découvrir cela dans notre propre cœur où cette perle, où cette pierre a été déposée dans les profondeurs de notre humanité et où notre baptême, parce qu'il est purifiant, parce qu'il est illuminant, peut nous aider à la retrouver et à en vivre ensemble, pour que, comme saint Éloi, quelle que soit notre vie, quelles que soient nos fonctions, publiques, privées, connues ou inconnues, peu importe, nous puissions toujours nous réjouir et du ciel et de la terre, et des hommes et de leurs dons, en sachant toujours que Celui qui les a faits et qui nous les a donnés est le plus grand, et que c'est Lui notre véritable pierre précieuse.

 

AMEN

 

 

 

 
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