AU FIL DES HOMELIES

Photos

UN ORFÈVRE ÉCONOME

Is 2, 1-5 ; Mc 1, 1-8

St Eloi - (1er décembre 2003)

Lundi de la première semaine de l'Avent

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

S

aint Jean-Baptiste le patron de notre paroisse, me pardonnera je l'espère, de ne pas commen­cer cet Avent 2003 avec sa personnalité, sa figure, mais par un autre saint que nous fêtons aujour­d'hui, même s'il n'est pas très connu, il sera cité au canon de la messe, c'est saint Eloi. Ce pauvre saint Eloi, généralement, n'est connu que pour cette fa­meuse chanson dans laquelle il est lié au roi Dagobert qui a mis sa culotte à l'envers. Mais je crois que la figure de saint Eloi pourrait peut-être nous aider à commencer notre grande retraite de l'Avent pour lais­ser venir le Seigneur dans notre cœur.

Saint Eloi est né dans les années 588 dans le Limousin, dans la France d'en bas, comme certains le diraient, et il a été tout de suite passionné par l'orfè­vrerie. Il est devenu sculpteur, il a su trouver le goût du travail su métal. Très rapidement, il est monté dans la région parisienne, et à l'époque, le roi Clotaire II demandait à ce qu'on lui fasse un trône, parce qu'il était roi. Il va se tourner vers Eloi qui va lui sculpter un trône, magnifique, avec des pierres précieuses, de l'or, et cela va beaucoup plaire à Clotaire II.

Mais ce qui va encore lui plaire davantage, c'est que Eloi avec toutes les pierres précieuses qu'on lui a donné, avec tout l'or qu'on lui avait donné a réussi à sculpter deux trônes. Il faut croire qu'à l'épo­que, les orfèvres avaient déjà l'habitude de récupérer pour leur poche, une partie des matériaux qu'on leur donnait pour la construction des objets liturgiques. Cela a beaucoup ému le roi qui a décidé de prendre Eloi à son service, pour qu'il commence à gérer son royaume.

A cette époque-là, c'est vrai que les grands personnages étaient facilement nommés évêques, et saint Eloi est devenu évêque. A retenir de sa vie, il y a deux choses. La première, c'est qu'il a introduit dans la France de l'époque le monachisme de saint Colom­ban que nous fêtions, il y a tout juste une semaine, et la deuxième qui est encore plus importante, et qui va nous faire réfléchir pour ce temps de l'Avent, il va lutter contre les amulettes, il va lutter sur la manière dont les chrétiens à l'époque avaient l'habitude aussi d'avoir leurs propres petits dieux. Ce n'est pas sans intérêt de découvrir comment un homme qui était de son métier orfèvre, un homme qui avait eu l'habitude de sculpter, un homme qui aurait pu très facilement être du côté des dieux, des divinités, de passer du côté du paganisme, cet homme va réussir à faire fonction­ner à la fois le fait de sculpter, et d'être sculpté. Très souvent dans notre société, on pense que le paganisme est quelque chose qui ne nous touche pas, que le pa­ganisme est quelque chose qui a à voir avec certaines tribus, certaines civilisations, et que nous, nous som­mes purs de ce péché. Mais il n'en est rien. L'amu­lette, le paganisme, c'est la manière dont nous pen­sons que nous pouvons nous approprier la divinité. C'est la manière dont nous pensons que parce que nous avons un fétiche, un bijou, une amulette autour du cou, nous pourrons être sauvés de cette manière par le Dieu que nous adorons. saint Eloi, qui comme dans toute la tradition biblique, tous ces textes dont il est question chez les prophètes, saint Eloi aurait pu lui aussi se laisser fasciner : comment ai-je moi aussi un travail de créateur, car moi aussi je suis créateur, moi aussi je suis comme Dieu, je suis capable de créer des choses merveilleuses, des choses qui scintillent. Comme notre société actuelle qui a une sorte d'auto fascination sur elle-même en découvrant qu'elle est capable de créer dans beaucoup de domaines, dans la biologie, dans les sciences, les techniques. Ainsi, no­tre société actuelle elle aussi risque de se créer ses propres amulettes, la science, la médecine, que sais-je encore, elle risque de regarder les chrétiens de cette manière : ils sont d'un autre âge !

Frères et sœurs, je crois que lorsqu'on se pré­pare à la venue de Dieu comme petit enfant, quand nous entrons dans l'Avent, quand nous attendons jus­tement ce Dieu qui nous recrée, je crois que nous avons à apprendre à gérer ce souffle, c'est-à-dire à la fois de savoir sculpter ce monde que Dieu nous a donné et qui n'est pas mauvais, de savoir le faire tra­vailler, mais à l'image de saint Eloi, dans l'honnêteté, dans l'humilité, en sachant qu'en sculptant ce monde, nous avons à nous laisser sculpter par son créateur.

Frères et sœurs, tournons-nous vers le Sei­gneur, celui qui nous a créé, qui nous recrée, celui qui nous sculpte, et dans ce temps de l'Avent, laissons-nous habiter le cœur, à l'image de saint Eloi, à la fois cherchant dans ce monde l'or et les perles que Dieu y a mis, pour pouvoir les lui rendre, sculptées à notre image, à son image.

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public