AU FIL DES HOMELIES

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SAINT JEAN DAMASCÈNE

Is 2, 1-5 ; Mt 3, 1-12
St Jean Damascène - (4 décembre 1984)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

S

 

aint Jean Damascène, appelé ainsi parce qu'il est né à Damas, a vécu au tournant du huitième et du neuvième siècles. Il a été d'abord fonctionnaire de l'Empire, puis, à cause de Jésus Christ, il a quitté le monde, est devenu moine dans le monastère de Saint Sabas, à côté de Jérusalem, dans le désert de Juda. Là il devint prêtre et surtout il se consacra à l'étude des lettres chrétiennes, c'est-à-dire de la Bible d'abord et aussi de ce que ses prédécesseurs, les Pères de l'Église d'Orient, avaient écrit sur le mystère du Christ et de la Trinité. C'est là son premier titre de gloire d'avoir rassemblé comme en un bouquet toute la doctrine des Pères de l'Église d'Orient qu'il a transmise aux générations à venir, et à l'Occident, en particulier à saint Thomas d'Aquin qui fera une grande synthèse de toute la doctrine de l'Église en s'inspirant, bien entendu, de saint Augustin et des Pères de l'Église occidentale, mais aussi à travers saint Jean Damascène en particulier, de toute la tradition de l'Orient.

Saint Jean Damascène est célébré aussi, et ceci lui appartient de façon plus particulière encore, parce qu'il s'est opposé à un mouvement, une révolte dans l'Église et tout en même temps une hérésie, celle des Iconoclastes, ceux qui allaient d'église en église détruisant les icônes, détruisant toute représentation du Christ et de Dieu, au nom de l'Ancien Testament dans lequel Dieu avait ordonné de ne pas faire d'images taillées de ne pas faire de représentations de Dieu. Les iconoclastes voulaient que ce commandement de Dieu soit respecté aujourd'hui encore. C'était donc une de ces formes multiples du judaïsme à l'intérieur de l'Église, il y a toujours eu un certain nombre de gens qui pensaient qu'il fallait judaïser pour devenir chrétien et que les préceptes de la Loi Nouvelle s'enracinaient dans la lettre de la loi ancienne.

La raison profonde pour laquelle saint Jean de Damas, et à sa suite l'Église d'abord au septième concile oecuménique de Nicée, a proclamé la validité, la légitimité du culte des images, la légitimité de la représentation du Christ et des saints, la raison fondamentale c'est que, depuis que Dieu, en Jésus-Christ, s'est fait homme, qu'Il est venu sur la terre, qu'Il a Lui-même pris une chair humaine et qu'Il a ainsi transfiguré par la lumière de sa divinité cette chair humaine, d'abord sur le Mont Thabor, puis de façon définitive par sa Résurrection, depuis que Dieu a pris une chair d'homme, le monde n'est plus inapte à représenter Dieu puisque Dieu Lui-même s'est servi de ce monde pour se manifester à nous. Si dans l'Ancien Testament il y avait cette interdiction de se fabriquer des images taillées ou peintes de la divinité, c'était pour éviter de tomber dans l'idolâtrie, pour empêcher le peuple juif d'imiter tous les peuples païens et de confondre Dieu avec le monde, de faire de Dieu seulement une sorte de profondeur plus grande de l'univers, une sorte de sommet de la création et d'oublier sa radicale transcendance qui fait que Dieu est sans commune mesure avec tout ce qui est créé, toutes les œuvres de ses mains. C'est la tentation permanente des hommes de mettre Dieu à leur portée, de le ramener dans les catégories qui leur sont familières et de pouvoir ainsi, en quelque sorte domestiquer Dieu, le mettre à notre service, pouvoir d'une manière plus ou moins superstitieuse, L'utiliser aux fins de nos désirs et de nos besoins. Dieu n'est pas entre nos mains Dieu est infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, concevoir ou désirer, et c'est cette transcendance de Dieu qu'affirme ce refus plusieurs fois renouvelé dans l'Ancien Testament de toute représentation de Dieu.

Mais voilà que Dieu Lui-même a pris cette initiative de se manifester à nous à travers une chair humaine. Ce n'est donc plus les hommes qui utilisent le monde pour domestiquer Dieu, c'est Dieu qui se fait proche de nous en utilisant, et Lui sait comment il faut l'utiliser, en utilisant ce monde pour manifester sa gloire : "Dieu, personne ne l'a jamais vu, mais le Fils qui est dans le sein du Père, Lui, nous l'a révélé" nous dit saint Jean. Il nous l'a fait voir, Il nous l'a fait connaître. Désormais, puisque le Christ a pris un visage d'homme, plus rien n'empêche que nous puissions peindre ce visage d'homme que nous puissions représenter ce visage du Christ, et par conséquent aussi, le visage de sa Mère et le visage de tous les saints. Et toute l'extraordinaire floraison d'icônes, de fresques, de peintures, de sculptures qui rempliront les églises du monde, vient de cette affirmation de notre foi de l'incarnation de Jésus-Christ, de l'incarnation de Dieu dans notre univers dans notre monde.

A ce moment-là, on peut même dire que l'interdiction de l'Ancien Testament de fabriquer des images de Dieu, prend comme un nouveau sens. Ce n'est pas seulement pour éviter l'idolâtrie, c'est parce que Dieu interdisait aux hommes de se faire une image de Dieu, parce qu'Il voulait, Lui, nous révéler la véritable Image de Dieu, l'unique et authentique image de Dieu qui est le visage même de Jésus-Christ. C'est Jésus qui est l'image parfaite du Père, l'image de la divinité, et c'est seulement à partir de cette image que Dieu Lui-même a façonnée de ses mains dans le sein de la vierge Marie, c'est uniquement à partir de cette image que nous pouvons regarder Dieu, nous le représenter et donc ensuite peindre ce visage, de façon plus ou moins approximative, mais toujours dans la lumière de cette incarnation.

Les peintres d'icônes savent bien que ce qu'ils font n'est pas seulement une oeuvre d'art humaine, mais vient de Dieu. Et c'est pourquoi ils peignent les icônes après avoir jeûné, après avoir prié, et un des éléments essentiels de la peinture des icônes c'est que la lumière qui se trouve représentée sur l'icône n'est pas comme dans un tableau ordinaire la lumière du jour qui, plus ou moins artificiellement captée, vient éclairer les visages et les personnages, mais cette lumière vient de l'intérieur du visage du Christ. C'est une lumière qui rayonne, à partir même du visage du Christ, sur ce qui l'entoure. Si vous regardez quelquefois des icônes, vous essaierez de voir comment, effectivement, cette lumière n'est pas la lumière du jour, mais est la lumière de Dieu qui nous est donnée, qui nous est communiquée. Il est remarquable que le peintre Finsonius, l'auteur du si beau tableau de la Résurrection (qui n'est pas un peintre d'icônes car à son époque on ne connaissait pas les icônes dans notre tradition occidentale) Finsonius a retrouvé cette même idée puisque c'est à partir du corps du Christ Ressuscité que la lumière rayonne sur tous ceux qui l'entourent, et en particulier se reflète sur les casques et les armures des soldats. C'est cette idée fondamentale qui est expressive de notre foi que saint Jean de Damas nous a transmise par son enseignement. Prions-le de nous permettre de découvrir la lumière de Dieu non seulement avec notre corps mais avec les yeux de notre cœur, pour que véritablement nous puissions nous approcher de ce mystère et être pris par ce mystère et en quelque sorte, engloutis dans cette lumière.

 

AMEN

 
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