AU FIL DES HOMELIES

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LE CULTE DES ICÔNES

Is 8, 1-7 ; Mt 3, 1-12
St Jean Damascène - (4 décembre 1991)
Vendredi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


 

E

n célébrant saint Jean Damascène nous célé­brons un défenseur des saintes images ou des icônes. Aujourd'hui nous vivons dans une période culturelle dans laquelle le problème de la figuration a été éliminé. L'art est devenu "abstrait" ou non-figuratif. Autrement dit le problème de l'art d'aujourd'hui c'est peut-être celui du visage. Pourquoi le visage de l'homme ne peut-il plus être la source immédiate de l'inspiration de l'artiste ? Il n'en était pas ainsi autrefois. L'art était spontanément figuratif. Mais dans les questions théologiques, quand il s'agis­sait de représenter Dieu, dans l'antiquité, on était saisi d'une sorte de peur en se disant : vraiment, est-ce que Dieu peut être représenté ? Déjà dans le Décalogue, il est interdit de faire des images taillées, il est interdit de représenter Dieu sous quelque forme d'animal que ce soit ou sous quelque forme de visage humain que ce soit. Ce précepte n'a pas toujours été respecté au pied de la lettre car on a retrouvé de nombreux mo­numents de l'art juif qui étaient nettement figuratifs.

A l'époque où vivait saint Jean Damascène, c'est-à-dire en plein déferlement de la conquête mu­sulmane sur l'Orient méditerranéen, la querelle avait repris une certaine ampleur à l'intérieur même du monde chrétien. Vous connaissez tous la magnifique efflorescence d'art chrétien figuratif qui eut lieu à partir du quatrième et cinquième siècles non seule­ment au plan de l'architecture mais surtout les grandes mosaïques des sixième et septième siècles dont nous avons de magnifiques vestiges par exemple à Ra­venne. Sans se poser de problèmes, les chrétiens avaient considéré que tout ce qui était donné du mys­tère de Dieu était "figurable" était représentable. Mais il se trouve qu'à la cour impériale eut lieu une crise assez profonde sans doute sous l'influence des théolo­gies musulmanes qui interdisaient de représenter Dieu d'une quelconque manière. Il y eut donc une sorte de regain, de renouveau d'un esprit anti-figuratif que l'on a appelé le courant iconoclaste ou briseur d'images. Les personnages au pouvoir, empereur, évêques, clergé de Byzance étaient contre les saintes images figuratives.

C'est principalement le courant monastique qui comme saint Jean Damascène était non pas ico­noclaste mais iconodule, a défendu la possibilité de représenter le visage du Christ et les serviteurs des images, les iconodules ne sont jamais tombés dans certains excès. On ne représente pas le Père car Il est invisible, alors que les Occidentaux beaucoup moins scrupuleux l'ont représenté abondamment en vieillard barbu avec une tiare sur la tête comme le pape. Pour les Orientaux, le Père est indicible donc infigurable. Mais peut-on représenter le Christ et les mystères du Christ ? La ligne théologique finalement adoptée après deux siècles de lutte assez sanglante est celle des moines et non celle de l'empereur. Si Dieu a voulu s'incarner, c'est-à-dire se rendre visible, sensible au regard, à la perception humaine, c'est donc que, au­jourd'hui encore, pour manifester cette présence de Dieu au milieu de ce monde, l'image est comme le prolongement de l'incarnation du Christ.

Vous voyez pourquoi, dans la tradition orientale, sans doute parce qu'elle a vécu cette crise iconoclaste, le culte de l'icône est plus important, tou­che des points plus sensibles de l'expression de la piété, de la sensibilité religieuse que chez nous. Chez nous, très vite à partir du gothique, les madones ont ressemblé de plus en plus à des stars, à de jolies femmes ou de jolies filles. En Orient, les consonances de la représentation de l'icône ont gardé leur enraci­nement immédiatement sacral et théologique. On n'a pas fait de l'esthétisme, on n'a pas fait de la beauté simplement pour le goût du beau, mais l'iconographie a toujours obéi à des "canons", à des lois extrêmement strictes parce qu'on considérait que l'image, telle qu'elle était proposée à la vénération et à la foi du peuple chrétien, s'enracinait ultimement dans le mys­tère même de la chair du Christ et que donc, en ré­alité, vénérer les saintes images c'était reconnaître toutes les implications de l'Incarnation pour nous au­jourd'hui. Et c'est le sens profond du culte des images. Ce n'est pas d'abord une certaine vision d'emprise sur Dieu, de domination sur Dieu comme si on avait prise sur Lui par le fait de le voir, de le représenter, de le saisir. Ce n'est pas une idole et c'est pour cela que c'est une icône et que cela n'a jamais été des statues, à la différence de l'histoire occidentale. Mais c'est le mystère même de la prolongation de la présence du Christ incarné à travers l'histoire et le temps de l'Église.

Nous prierons saint Jean Damascène pour que, par son intercession, nous trouvions ce véritable sens des images, non pour nous donner une prise sur le mystère de Dieu mais au contraire l'image comme ce prolongement du mystère de l'Incarnation dans la mesure où c'est par ce mystère que Dieu a donné prise sur Lui mais de Lui-même : "Ma vie, nul ne la prend mais c'est Moi qui la donne" à travers le fait de me rendre visible comme le dit si bien saint Jean dans son épître : "Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons touché de nos mains, ce que nous avons entendu, nous vous l'annonçons pour que votre joie soit complète". C'est le fondement de la théologie de l'icône.

 

 

AMEN

 

 
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