AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉFENSEUR DE ICÔNES

Is 6, 1-13; Lc 3, 7-18
St Jean Damascène - (4 décembre 1992)
Vendredi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Jean Damascène, syrien et prêtre de Da­mas, vécut au tournant du septième et huitième siècle. Il s'est ensuite retiré comme moine, tout à côté de Jérusalem, dans le désert de Juda au mo­nastère de saint Sabbas. Il a une grande importance dans la pensée chrétienne et ceci pour trois raisons.

La première, c'est qu'il a joué dans l'Église d'Orient un rôle un peu analogue à celui de saint Thomas d'Aquin dans l'Église d'Occident. C'est-à-dire qu'il a rassemblé dans un ouvrage synthétique toutes les vérités de la foi. Cet ouvrage qui s'appelle "La foi orthodoxe" et dont le plan en quatre livres est proche de celui de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, traite tout d'abord de Dieu (le Père, le Fils et l'Esprit), puis de la création (et plus particulièrement de l'homme et de toute la structure intérieure de l'homme, sa pensée, sa mémoire, sa volonté, ses sen­sations, sa liberté), puis du Christ Dieu et homme, de la vierge Marie et de tous les événements de la vie du Christ jusqu'à sa passion et sa mort sur la croix, enfin de la Résurrection du Christ, du don de l'Esprit, de l'Église, des sacrements, de la liturgie, de l'Écriture et enfin de la résurrection au dernier jour. En agissant ainsi, saint Jean de Damas a fixé toute la réflexion séculaire des Pères de l'Église qui l'avaient précédé et il a transmis cet héritage à cette Église d'Orient qui n'a cessé de s'en nourrir dans tous les siècles ultérieurs.

La deuxième raison de vénérer saint Jean de Damas c'est qu'il a été particulièrement attentif à la dévotion à la vierge Marie et qu'il a su la traduire dans des textes d'une très grande beauté et d'une très grande profondeur.

La troisième raison est plus liée à son époque. Il a défendu le culte des images qui était attaqué parce que, au nom de l'Ancien Testament qui interdisait de faire des images de Dieu puisque Dieu est incompré­hensible, insaisissable et invisible et le représenter eut été un blasphème, un certain nombre de penseurs chrétiens ont refusé que l'on utilise des statues, des icônes ou des images. Ce fut alors l'iconoclasme c'est-à-dire la destruction des icônes soutenue par certains empereurs de Constantinople, qui a ainsi anéanti un patrimoine culturel d'une immense valeur. Cette ma­nifestation de rejet des images est proche de la reli­gion musulmane qui naissait à cette époque. Elle a été contrée par l'Église orthodoxe et saint Jean de Damas au premier rang, pour défendre la possibilité de repré­senter le Christ, la vierge et les saints et de vénérer ces représentations, ces icônes qui ont une telle im­portance dans la piété orientale.

Pourquoi représenter le Christ et les saints alors que l'Ancien Testament avait interdit toute re­présentation de la divinité ? saint Jean de Damas donne une raison très convaincante de se désolidariser de ce précepte. Dans l'Ancien Testament, seul le Père était connu, le Père dans sa nature divine invisible, et la tentation était grande de représenter Dieu sous des traits humains. C'était la tentation d'idolâtrie qui confondait Dieu avec des hommes, avec des créatu­res. C'est pourquoi le précepte avait porté. Souvenez-vous du veau d'or, de la lutte d'Elie contre les faux dieux de Baal, du combat des prophètes contre cette tentation renaissante de matérialiser Dieu pour se le rendre plus proche et de pouvoir mettre la main sur Lui, pour pouvoir influer sur cette divinité à portée humaine. Mais dit saint Jean de Damas, aujourd'hui les choses sont complètement transformées par l'in­carnation du Christ, car ce n'est plus l'homme qui se représente Dieu à la manière d'une créature, mais c'est Dieu Lui-même qui s'est fait homme en Jésus-Christ quand Il s'est incarné dans le sein de la vierge Marie. Et puisque Dieu Lui-même a revêtu une nature hu­maine, puisque Dieu a accepté que nous puissions le toucher de nos mains et le voir de nos yeux, puisque Dieu Lui-même nous a montré son visage dans un visage d'homme, désormais il n'y a plus de crainte à représenter Dieu sous des traits humains puisque c'est Lui-même qui l'a voulu. Et c'est pourquoi les icônes du Christ, et par la même occasion celles de la vierge et des saints qui sont les membres du corps du Christ, les membres de l'Église qui est le prolongement du Christ à travers l'histoire, ces représentations sont légitimes et nous pouvons, à travers elles, atteindre quelque chose du mystère de Jésus, du mystère de l'Église et du mystère de Dieu qui se laisse ainsi devi­ner à travers cette figure humaine. Voilà pourquoi nous pouvons en toute confiance représenter le Christ. Voilà pourquoi l'art chrétien a pu rivaliser de splen­deur et de beauté dans tous ces objets qui nous per­mettent, à tâtons certes mais tout de même en vérité, d'aller vers Dieu et de le prier. N'ayons pas peur de nous adresser à Dieu à travers ces humble objets. C'est Dieu Lui-même qui a voulu être humble de l'humilité de son incarnation pour se mettre à notre portée et se livrer entre nos mains.

 

 

AMEN

 

 
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