AU FIL DES HOMELIES

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HADDOCK ET JEAN DE DAMAS

Is 6, 1-13 ; Lc 3, 1-6
St Jean Damascène - (4 décembre 2001)
Mardi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

D

ans un livre sorti récemment, on récapitule toutes les injures du capitaine Haddock? C'est fort intéressant, et je trouve que c'est un petit clin d'œil au saint que nous célébrons aujour­d'hui : saint Jean de Damas. J'aurais envie de dire qu'ils livrent tous les deux le même combat. C'est assez amusant effectivement de voir un héros de ban­des dessinées utiliser dans ses injures, le terme d'ico­noclastes, parmi d'autres telles bachi-bouzouks, et j'en passe, et des meilleures. Iconoclastes ! Comment un personnage de bande dessinée, quelqu'un d'imagi­naire, mis sur une image, utilise ce terme comme in­jure pour nous renvoyer à ceux qui imaginent que nous pouvons nous passer de représentation.

Saint Jean de Damas ne lisait pas Tintin, il est né vers les années 670, 675, il a été fonctionnaire auprès du gouvernement musulman de l'époque, puis, il est entré au monastère de saint Saba, à côté de Jéru­salem, y est devenu prêtre et il a livré le combat pour la représentation du Christ, pour la représentation de ce qu'on appelle les images. Il faut savoir en effet, que quand on parcourt assez rapidement la Bible, on se souvient que l'image a plutôt mauvaise presse. On a tous en mémoire les dix commandements : "Tu ne sculpteras pas d'image pour toi". Et puis, juste après, on assiste à cette fameuse scène du veau d'or. Comme si dans une succession d'évènements, Dieu expliquait bien à son peuple qu'Il est irreprésentable et que par conséquent, on ne peut pas le sculpter. Je passe en­suite les prophètes qui ironisent justement sur la ma­nière dont les hommes récupérant un bout de bois, après avoir fait brûler le reste pour la cuisine, utilisent ce morceau devenu inutile pour le sculpter, en faire un dieu et l'adorer. Il y a l'Incarnation : Dieu va vouloir prendre le visage de l'homme pour parler à l'homme. Dans le combat contre l'iconoclasme, saint Jean de Damas a écrit un traité qui s'appelle : "Sur les images". Je vous en livre un petit extrait : "Si tu as compris que l'incorporel s'est fait homme pour toi, alors c'est évident tu peux exécuter son image humaine puisque l'invisible est devenu visible en prenant chair, tu peux exécuter l'image de celui qu'on a vu, puisque Celui qui n'a ni corps, ni forme, ni quantité, ni qualité, qui dépasse toute grandeur par l'excellence de sa nature, Lui qui de nature divine a pris la condition d'esclave, s'est réduit à la quantité et à la qualité et s'est revêtu des traits humains. Grave donc sur le bois et présente à la contemplation Celui qui a voulu devenir visible."

C'est vrai que ceux qui combattaient l'image avaient sans doute de bonnes raisons de vouloir dé­truire le culte des images. Effectivement dans lequel nous pouvons tomber dans les représentations de Dieu, de choses, d'objets, en pensant que ces images nous disent tout de la personne. Or, l'image est bien davantage un lieu d'ouverture dans lequel une brèche nous est proposée pour découvrir l'au-delà. C'est vrai que si nous regardons une icône du visage du Christ, ou de la Vierge, ou d'un saint, et que nous pensons que cette image nous dit, tout, enfermant le mystère du Christ, de la Vierge ou d'un saint, le mystère d'une personne quand on regarde sa photo, c'est là que nous tombons dans le péché qui était décrié par les icono­clastes. Le péché de penser que nous pouvons prendre possession de ce que nous contemplons, que nous avons prise sur Celui que nous regardons, sur l'image. Cela peut nous faire sourire, et nous laisser à penser que nous sommes bien loin de ces personnes qui "adorent" des tableaux, des icônes, des représenta­tions de peintures, mais si nous réfléchissons à la question, nous portons tous dans nos cœurs, pas mal d'icônes, beaucoup d'idoles que patiemment nous gravons, nous peignons, et que nous désignons comme le centre de notre vie. Ces icônes portent des noms divers, l'amour, la connaissance, le sentiment de toujours vouloir faire le bien ... De fait le problème lorsque nous contemplons le visage de quelqu'un, est d'accepter l'autre tel qu'il est, le contempler, faire in­lassablement le tour de son visage, de son regard, tout en gardant intact son mystère.

Frères et sœurs, en ce jour où nous fêtons saint Jean de Damas, je formule un souhait, une prière : que nous sachions avoir un visage pour l'autre, un regard ouvert dans lequel l'autre pourra toujours puiser la présence de Christ incarné et ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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