AU FIL DES HOMELIES

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CONTEMPLER L’ICÔNE

Is 11, 10-16 ; Jn 1, 6-8+15
St Jean Damascène - (4 décembre 2004)
Samedi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

ean le Baptiste aurait une importance considérable pour les auteurs du Nouveau Testament, pour l’Église primitive, importance qui apparaît dans tous les évangiles, y compris dans celui de Jean dont nous venons de lire un extrait du Prologue. Ce personnage joue un rôle considérable, et pourtant, il aurait été facile de l’occulter parce qu’il était peut-être gênant de parler de ce Jean-Baptiste, à cause de sa parenté avec Jésus, sans doute pas, mais parce qu’il y avait risque de confusion de la part de certains des disciples. En effet, le Nouveau Testament nous dit que des disciples venaient de Jean-Baptiste, l’avaient suivi. Mais si l’évangile parle de Jean-Baptiste, c’est pour marquer la frontière et nous parler de Jésus, pour nous dire que Jésus est la véritable lumière, que Jean-Baptiste s’efface. D’ailleurs, la figure de Jean-Baptiste s’est considérablement effacée dans notre Église catholique. C’est vrai que nous en parlons au temps de l’Avent, précisément quand les jours diminuent et que petit à petit se lève la vraie lumière, petit à petit se lève la lumière de Noël. Mais autrement, c’est un peu le black-out. Peu de chrétiens se retrouvent autour de cette figure de Jean-Baptiste, peu de chrétiens se retrouvent pour dire des odes, des chants d’une manière particulière adressés à lui.

Dans la tradition orientale, il est beaucoup plus présent. Vous savez comment l’icône qui est au-dessus de la grande porte de l’iconostase a d’un côté la Vierge Marie, de l’autre côté Jean-Baptiste, et au centre, le Christ, c’est cette icône de la déisis, le Christ entouré de ces deux archétypes, la Vierge Marie et Jean-Baptiste. Il s’est effacé pour laisser passer la lumière et tous les Pères de l’Église ont prolongé cet effacement de l’évangile. Il est la voix avant le Verbe, la lampe avant l’aurore, la lumière avant le jour.

Cette figure de Jean-Baptiste dont l’évangile se défend de faire un équivalent du Christ me fait penser à cette fameuse querelle de l’iconoclasme où des courants voulaient détruire toutes les icônes, toutes ces images, et que des figures comme saint Jean de Damas ont défendu. Ils ont défendu les icônes. Ces icônes sont un peu comme Jean le précurseur. Elles ne doivent pas être adorées, mais elles sont là comme un témoignage rendu à la lumière. Ces icônes ne doivent pas être adorées, mais elles sont un reflet du visage. Ces icônes elle nous sont données pour qu’à travers elles quand leur œuvre de grâce s’est accomplie, elles puissent s’effacer pour que dans le cœur du croyant qui se tourne vers l’icône, puisse se nouer le dialogue avec la figure du Christ qui est représenté, ou la figure de la Vierge, ou la figure d’un saint. Les icônes sont l’hommage rendu par l’art, par le génie de l’homme, l’hommage au véritable visage. Mais nous ne devons pas adorer ces icônes puisque quand le jour se lève, quand la relation s’est établie entre le cœur du croyant et la personne qui est représentée, à ce moment-là les icônes s’effacent, il ne reste plus que la lumière.

C’est ce prologue qui me fait penser à cela quand on dit de Jean : c’est un homme, il n’était pas la lumière, mais il est venu rendre témoignage à la lumière afin que tous crussent par lui. Et les icônes, les représentations du Christ, de la Vierge, des saints, sont là aussi comme Jean-Baptiste pour désigner le Christ, notre Dieu. Et saint Jean Damascène a appuyé sa réflexion, son opposition à ceux qui voulaient détruite toutes les icônes, les iconoclastes, il l’a appuyé précisément sur l’Incarnation. Il a cette phrase que je garde toujours de lui : "Nous n’adorons pas la matière, mais le Créateur de la matière, lui qui pour sauver la matière s’est fait matière". Le Christ qui a pris notre visage, qui est la véritable image de Dieu, précisément pour sauver les images que nous sommes.

Demandons par l’intercession de saint Jean Damascène qui a su en s’appuyant sur la doctrine de l’Incarnation du Christ qui a vraiment pris notre visage, demandons que l’art, ces représentations que nous vénérons soient pour nous des chemins, ne bloquent pas notre visage, mais nous ouvrent au contraire à la contemplation du visage du Christ, contemplation qui nous ouvre aussi à la profondeur de notre propre visage, à cette destinée éternelle qui nous est promise.

 

 

AMEN

 

 
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