AU FIL DES HOMELIES

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SAINT DANIEL LE STYLITE

Jr 33, 14-22 ; Mt 21, 23-32
St Daniel le stylite - (11 décembre 1987)
Vendredi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Daniel a vécu au cinquième siècle. Il est mort à 84 ans après une vie très dure qui ne l'a pas empêché de vieillir. Consacré par sa mère au Seigneur à 5 ans, les moines n'ont pas voulu le prendre tout de suite avec eux. Il a fallu qu'il attende douze ans pour devenir moine. Il avait entendu parler de saint Siméon le Stylite, célèbre parce que le pre­mier, il a eu l'idée de passer sa vie sur une colonne. Il y avait une sorte de petit balcon en haut de la colonne pour qu'on puisse un peu bouger et s'allonger pour dormir. On vivait ainsi à mi-chemin entre le ciel et la terre. Saint Daniel, émerveillé par ces hauts faits, brûlait d'envie de connaître Siméon et il a eu la grâce de pouvoir poser une échelle contre la colonne et de dire bonjour au saint Siméon.

Plus tard il est devenu abbé d'un monastère et à la mort de saint Siméon, un envoyé portant la tunique du défunt à l'empereur s'est arrêté au monastère de saint Daniel. Il lui a annoncé la mort de saint Siméon et, pris d'une illumination divine, a dit à saint Daniel qu'il devait prendre la succession du stylite et lui a remis la tunique. Moyennant quoi saint Daniel a décidé d'être stylite à son tour. Au lieu de le faire en Syrie, il désirait le faire à Jérusalem, puis orienté par une révélation intérieure, il s'est établi à Constantinople, la capitale de l'empire.

Il s'est d'abord installé dans un temple païen désaffecté mais rempli de démons avec lesquels il a lutté plusieurs années, non sans beaucoup de vacarme, ce qui fait qu'il était mal vu par les moines de saint Michel, l'église voisine. Ceux-ci trouvaient que les démons tout seuls étaient beaucoup plus calmes que lorsque saint Daniel venait se battre contre eux. C'est cette lutte contre les démons qu'il a ensuite prolongé sur sa colonne. On connaît assez bien sa vie, écrite par un de ses disciples immédiats et dont les faits semblent proches de la vérité. Une nuit, un grand vent a emporté le manteau de Daniel qui est resté nu dans la neige. Une légende nous aurait dit qu'il était resté en prière ou en extase, mais le texte dit qu'il est tombé dans le coma et qu'il a fallu de l'eau chaude pour le ranimer durant des heures le lendemain matin. On n'a donc pas exagéré le miracle.

Ce qui est le plus important dans la vie de saint Daniel ce n'est pas sa lutte contre les démons, encore que ceci soit caractéristique de la venue du Royaume, car saint Paul nous dit que la venue du Royaume déchaîne les puissances de l'enfer, les puis­sances de l'air, les puissances néfastes. Le plus im­portant c'est la prédication de saint Daniel, car si ces messieurs montaient sur des colonnes ce n'était pas pour faire de l'acrobatie spirituelle, mais pour avoir un lieu de prédication au-dessus de la foule. Tout le monde venait écouter cette parole de Dieu. Il y avait d'abord l'empereur Léon Ier qui finit par construire un palais près de la colonne pour mieux entendre le sty­lite. Il y avait aussi le patriarche qui finit par être convaincu qu'il fallait ordonner prêtre saint Daniel, vu sa science et son apostolat. Seulement Daniel se méfiait. S'il laissait monter le patriarche sur sa co­lonne celui-ci risquait de lui donner un autre ministère plus classique, mais moins efficace et en tout cas très différent de celui dont Daniel avait la vocation. Donc, du bas de la colonne le patriarche a récité les prières de l'ordination en étendant les mains. Ensuite il a dit : "J'ai vu Dieu imposer Lui-même les mains sur ta tête. Daniel désormais, tu es prêtre du Seigneur !" ce qui fait qu'il a été ordonné à la fois par le patriarche et par la main de Dieu. Après cela a accepté qu'on pose l'échelle et ils ont tous deux célébré les saints mystè­res ensemble sur la colonne.

Il y avait aussi des gens moins recommanda­bles puisque toute la pègre de Constantinople venait aussi au bas de sa colonne. En particulier, si je peux me permettre, saint Daniel "faisait un tabac" parmi les prostituées qui se convertissaient en masse, ce qui nous amène à l'évangile d'aujourd'hui et nous prouve que cette célébration ne sort pas de ce temps de l'Avent. Saint Daniel était comme saint Jean-Baptiste. "A la prédication de Jean-Baptiste, les publicains et les prostituées se sont convertis." Et Jésus reproche à ces bien-pensants très pieux que sont les pharisiens de n'avoir pas suivi l'exemple des prostituées et des pu­blicains. Saint Daniel comme saint Jean-Baptiste, a su toucher le cœur de ceux qui, apparemment, étaient le plus loin de l'évangile, le plus loin de la vie de Dieu. Il a su toucher le cœur de ceux qui étaient "officielle­ment" dans le péché, de ceux qui, aux yeux de tous, étaient des pécheurs. C'est à ceux-là que, de façon tout à fait privilégiée, s'est adressée sa prédication, et ce saint ceux-là qu'il a su atteindre dans le fond de leur vie et dans le fond de leur cœur. Et cela c'est un signe du Royaume encore plus éclatant que la lutte contre les démons. C'est pour cela que Jean-Baptiste est le précurseur du Christ. Il annonce si bien le Royaume qu'il atteint jusqu'aux frontières de l'huma­nité.

Et c'est là que la prédication aux prostituées, comme la lutte contre les démons, ne fait qu'un seul thème : c'est porter l'annonce de la bonne nouvelle jusqu'aux frontières de l'humanité, jusqu'à ceux qui sont sur les franges, dans les marges de l'humanité. D'abord les grands pécheurs, et puis, au-delà de cette frontière les démons qui sont là, attroupés, pour es­sayer de saisir quelques-uns de ces hommes et de ces femmes pour les emporter dans leur propre péché.

Je crois que cela est tout à fait décisif. "Le Royaume des cieux est parmi nous" et le signe que le Royaume des cieux est parmi nous est que la grâce va toucher le cœur de tous, y compris de ceux qui sont le plus loin. Oui, le Royaume de Dieu atteint jusqu'aux extrémités du monde. Ce n'est pas seulement géogra­phique, cette notion des extrémités du monde. Ce sont aussi les extrémités spirituelles du monde, ceux qui sont apparemment rejetés, ceux qui, apparemment, ne sont pas faits pour le Royaume, ou qui, aux yeux des hommes, ne sont pas faits pour le Royaume. Aux yeux de Dieu, ils sont les premiers et Jésus nous dit : "Les prostituées et les publicains vous précéderont dans le Royaume de Dieu !" Ils seront avant vous dans le Royaume de Dieu, ce sont eux qui vous y introduiront.

C'est cela le renversement qu'apporte la pré­dication du Christ et de tous les disciples du Christ. C'est que, par la venue de la grâce, ceux qui étaient apparemment le plus loin deviennent les plus proches, car la grâce a une efficacité sans limites, elle atteint jusqu'aux extrémités du cœur humain.

En cette fête de saint Daniel, souhaitons-nous les uns les autres et souhaitons en particulier à notre frère Daniel que sa prédication atteigne ainsi aux ex­trémités du monde, c'est-à-dire qu'elle atteigne le cœur de tous ceux qui l'entendent, qu'elle soit vrai­ment la prédication de la grâce de Jésus, la prédica­tion du Royaume, et que rien, même ce qui semble le plus loin de Dieu, ne résiste à cette parole qui n'est pas une parole humaine, mais qui est la parole que l'Esprit saint Lui-même met dans notre bouche si nous savons être disponibles à cette grâce.

 

AMEN

 

 

 
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