AU FIL DES HOMELIES

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LES DEUX PIEDS ... SUR UNE COLONNE !

Ba 4, 2-29 ; Mt 21,23-27
St Daniel le stylite - (11 décembre 1999)
Samedi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Yves HABERT

 

T

ous les saints, à part les quelques farfelus dont nous allons parler, tous les saints ont en quel­que sorte intégré le paradoxe d'un Dieu qui s'est fait chair, tous les saints n'ont pas tiré de plan sur la comète, mais ils ont inventé une forme de réponse à cet amour qui s'est manifesté dans la chair d'un bébé à Noël, tous les saint ont tiré les conséquences de Noël, de ce Dieu qui vient visiter notre terre. Les saints se sont ingéniés à garder les pieds sur terre, aussi bien dans le service de leurs frères, quand ils ont lavé à travers les siècles les pieds de leurs frères malades, en prison, maltraités, aussi bien dans le service de la prière, comme cette fameuse Marie, à genoux aux pieds du Maître, ce dont elle a été remerciée, alors que Marthe est debout, qu'aussi bien dans le service de l'annonce de la Parole, quand ces saints ont couru par toute la terre, avec leurs pieds sur cette terre, pour porter le message, aussi bien que dans l'humble et divin service de la maternité de la Vierge Marie quand elle porte ainsi son bébé.

Tous les saints se sont ingéniés à garder les pieds sur terre. Cependant, les hommes qui ne sont pas en peine d'inventions ont in venté une certaine manière de glorifier Dieu en se perchant sur des co­lonnes, quelquefois la colonne était exposée à tous les vents, quelquefois, il y avait une hutte de branchages, elle pouvait atteindre jusqu'à quarante mètres de haut. Et il arrivait des histoires à ces fameux stylites, à ces hommes-prière, à ces hommes-colonne, quelquefois on oubliait de leur donner à manger, et si vous allez à saint Georges de Koshiba, près de Jéricho, on voit ces grottes qui sont perchées sur la falaise et les petits paniers qui descendent. Il y a de ces hommes qui ont voulu se percher ainsi pour concurrencer les oiseaux.

Ce Daniel le stylite vit au cinquième siècle, sa réputation de sainteté va se répandre jusqu'à ce que même l'empereur et l'impératrice vienne le visiter. On venait au pied de la colonne et l'on demandait des conseils, ces hommes étaient d'autant plus proches de Dieu, puisque matériellement ils semblaient deviner les pensées de Dieu, donc on venait demander des conseils pour la vie spirituelle ou simplement pour la vie tout court. Il est arrivé un malheur à ce pauvre Daniel le stylite, un jour on l'a ordonné prêtre contre sa volonté, sans doute pour lui donner une dignité supplémentaire.

Alors que tous les saints veulent vivre ce terre à terre avec tous leurs frères et sœurs, pourquoi cer­tains vont-ils se percher au sommet d'une colonne alors que tout désir de s'élever est condamné par la Genèse avec le fameux épisode de Babel ? Pourquoi s'amusent-ils à grimper ainsi si haut alors que tous les saints cherchent à s'enfouir, à disparaître dans l'humble service, eux, ils veulent être vus de tout le monde. Sans doute faut-il une bonne dose d'humilité pour être ainsi à la vue de tout le monde. Il faut aussi une grande dose d'abnégation, pour être à la vue de tout le monde, car plus rien n'échappe !

Mais je crois qu'ils nous enseignent sur deux choses. La première chose, en se perchant ainsi, en renversant le paradoxe une nouvelle fois, ils disent la grandeur de l'homme. Perché sur sa colonne, la gran­deur de cet homme, pour dire que Dieu s'est fait homme, qu'il s'est abaissé pour que l'homme soit élevé. Je vous invite à relire sur tous ces passages Léon le Grand.

Et l'autre chose, parce que cela habite beaucoup les saints, comme cela habite les enfants, comme ce petit enfant qui était perché sur sa chaise, tout de suite, et qui a bien failli tomber, c'est peut-être un apprenti stylite!

Comme tous ces saints qui ont cherché à se percher, pensez par exemple à saint François à l'Al­verne, et il n'y a qu'à penser à ces monastères dans les falaises près de Jéricho, pensez à ces stylites, je crois que dès qu'on est perché, dès qu'on est en hauteur, on éprouve sans que ce soit handicapant, un certain ver­tige, on éprouve comme une certaine attirance vers le vide. Mais le saint chrétien n'est pas le saint "zen" ce n'est pas le vertige du néant, ce n'est pas le vertige de la chute, c'est le vertige, je crois, puisque saint Daniel le stylite est un saint chrétien, enfin vénéré comme tel, c'est le vertige d'imaginer un Dieu qui prend notre chair, le vertige d'imaginer cette descente de Dieu pour épouser nos yeux, nos mains, nos pieds, notre cœur, pour épouser pleinement toute notre chair.

Voilà quelles sont sans doute les raisons pour lesquelles on fête ce Daniel le Stylite : pour dire la grandeur de l'homme, pour lequel Dieu s'est abaissé, sans doute aussi pour dire ce vertige impressionnant auquel nous sommes quelquefois beaucoup trop ha­bitués d'un Dieu qui prend notre chair.

Il faut du discernement avant de se lancer dans la carrière de stylite, les évêques de Gaule avaient, je crois, interdit cette pratique sur leur terri­toire, parce que cela demande d'abord un grande hu­milité, et d'avoir aussi les pieds sur terre.

 

 

AMEN

 

 
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