AU FIL DES HOMELIES

Photos

DANIEL LE STYLITE, UN ERMITE À LA RECHERCHE DE DIEU

Is 61,4-9 ; Mt 11, 2-19
St Daniel le stylite - (11 décembre 2000)
Lundi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Yves HABERT


S

aint Daniel le stylite appartient à cette tradition d'hommes qui ont voulu se percher sur une colonne, dans des arbres, parfois, ils avaient à peine la place de s'étendre, pour rechercher le Sau­veur. Ils se sont perchés ainsi, par goût du vertige, par goût de cet immense, par goût de cet immense qui nous pousse à nous tourner vers le Seigneur, mais en se perchant. C'est le paradoxe d'une fête de saint Da­niel le stylite, qui a toujours lieu en Avent, précisé­ment au moment où Dieu descend du ciel pour venir sur notre terre, et l'on y fait mémoire de cet homme qui s'est perché.

Le genre stylite a disparu, par contre, il ap­partient à un genre plus large qu'on appelle les ermi­tes, ces hommes, ces femmes qui se cachent loin du monde, pour rechercher Dieu dans la solitude. Si les stylistes ont disparu, il y a toujours des ermites. Ils nous apprennent quelque chose, ils sont comme le rappel, la permanence de quelque chose qui est es­sentiel dans la vie chrétienne, c'est que Dieu nous rejoint dans notre solitude. Il nous rejoint d'abord dans cette façon propre que nous avons de nous tour­ner vers Lui. Il nous rejoint dans notre histoire et no­tre vie, mais avec ce caractère, ce côté abrupt, ce ver­tige d'un lien qui est toujours personnel. Hier nous fêtions les ancêtres du Christ, tous ont été appelés d'une façon personnelle, tous ont ressenti cet effroi de la solitude. Abraham est seul face à Sara et à Isaac, Abraham est seul face à Dieu, Moïse au buisson ar­dent est seul, Moïse est seul, quand au chapitre trente-quatre, à la révélation des dix commandements sur la montagne du Sinaï, quand Elie fuit Jézabel, il dit : "Ils sont tous contre moi, je suis seul, personne pour me sauver la vie", Elie quand il est dans sa grotte est seul, Isaïe lors de la révélation de Dieu dans le Temple, est seul, Marie, quand elle reçoit la révélation de cette mission très particulière est seule d'une solitude qui n'a pas de comparaison avec aucune autre solitude, c'est l'abrupt d'un destin absolument extraordinaire. J'ai toujours pensé quand l'ange à la fin du récit de l'Annonciation dit : "Voici que ta cousine Elisabeth est enceinte", j'ai toujours pensé qu'à la suite de l'an­nonce de l'ange, Marie a dû pâlir et se sentir très très seule. Paul est rendu aveugle, il est seul, Pierre quand il renie, il est seul, quand il confesse, il est seul. Il y a comme une espèce d'emprise dans tous ces personna­ges, tout d'un coup, d'un dialogue qui se fait face à face, en vis-à-vis, de visage à visage, tout d'un coup, on est renvoyé à cette solitude, à un consentement, et ce n'est pas encore l'heure de la mort, là ce sera le consentement final et définitif, là c'est un consente­ment qui nous saisit, un oui à prononcer : "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi, je vous soulagerai". Ce oui, c'est en quelque sorte le fardeau qui nous est demandé de porter, c'est le oui du consentement, le oui de la rémission, de l'acceptation, et tous nous devons y passer tôt ou tard. Après, quand ce oui a été prononcé, quand nous avons vraiment remis notre vie, quel que soit notre état de vie, à ce moment-là, on pourra laisser Dieu conjoindre des différentes missions. Mais quand ce oui a fait de nous un chrétien, par l'acceptation de notre baptême au plus profond de notre cœur, quand cette mort parti­culière du baptême a été acceptée pour ressusciter, alors Dieu pourra faire converger différentes mis­sions, et la mission va se renforcer, se potentialiser de toutes les missions conjointes.

Je reviens aussi à cet évangile de saint Jean, au chapitre douze : "Si le grain de blé ne meurt, il ne porte pas de fruits, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits". Ce n'est pas simplement une loi biologique, ou à des fins de propagande, mais c'est notre être même de chrétien, de baptisé, de cette mort particu­lière que nous avons à accepter et à vivre, ce face à face dans notre solitude avec Dieu qui fera que nous porterons des fruits.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public