AU FIL DES HOMELIES

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UNE COLONNE DANS LA CITÉ

Ba 4, 21-29 ; Mt 21,23-27
St Daniel le stylite - (11 décembre 2004)
Samedi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

a vie de saint Daniel de stylite semble être une vie sortie tout droit de la bible, puisque dans le récit de sa vie nous apprenons que son père s’appelle Élie, que sa mère s’appelle Marthe, que sa mère était stérile, qu’elle n’arrivait pas à avoir d’enfant, elle le vivait d’ailleurs très mal parce que son époux le lui reprochait. Elle a prié dans le secret de son cœur pour demander un fils, ce fils lui a été donné et elle l’a nommé Daniel. Comme si toute l’histoire de Daniel était calquée sur celle de Samuel.

C’est vrai que la vie de Daniel a tous les excès possibles et imaginables de la vie de Samuel. Si Samuel a une vie très remplie dans tout le territoire d’Israël, étant le conseiller de Saül et de David, Daniel le stylite a une vie beaucoup plus agitée sur sa colonne. Ce que nous célébrons aujourd’hui est une vie de saint assez particulière, puisque le stylite, et il y en a eu toute une série en Orient à l’époque au V è siècle notamment, le stylite est un personnage qui passe sa vie en haut d’une colonne. Cela peut nous sembler étrange, bizarre, incongru, peut-être même scandaleux, cela peut évoquer pour nous tous les excès de la vie religieuse, et nous pourrions nous dire qu’aucun passage de l’évangile ne nous encourage à ce style de vie. Nous pourrions mettre la vie des stylites du côté effectivement de notre recherche de l’impossible, puisque le stylite est celui qui, monté sur sa colonne, semble vouloir toucher Dieu. Nous pourrions là encore nous dire, oui le stylite est comme les hommes qui ont construit la tour de Babel, ils veulent par leurs propres moyens toucher et atteindre Dieu, et en même temps, ils se coupent des hommes.

Mais je crois que cela serait une lecture beaucoup trop rapide de la vie des stylites, car en fait leur vie a pour but à la fois de vivre une vie coupée des hommes, et en même temps une vie complètement en communion avec les hommes. Quand on lit la plupart des récits de vie des stylites, on constate qu’ils vivent en plein milieu des grands villes, saint Daniel vivait en plein milieu de Constantinople, et d’ailleurs l’empereur de l’époque, Léon, avait fait construire un palais avec un étage à partir duquel il était pratiquement au même niveau que Daniel sur sa colonne, pour pouvoir mieux l’entendre. Effectivement, le plus grand ministère que le stylite donne à l’Église, c’est la prédication. Et l’autre ministère que le stylite donne à l’Église c’est l’intercession, la prière, l’exhortation, l’appel à la conversion. On est donc très loin de la figure de quelqu’un qui serait coupé de toutes les préoccupations de la communauté, de la souffrance de ses frères, et qui s’amuserait à vivre un an sur le pied gauche, et un an sur le pied droit, évitant de se coucher pour dormir, refusant d’avoir un toit sur la tête.

Je crois profondément que l’activité du stylite est en relation avec l’activité du Christ sur la croix. C’est exactement la même chose. A la fois, il y a une marque d’une profonde solitude vis-à-vis des hommes, vis-à-vis de Dieu et en même temps, ce lieu de profonde solitude que le Christ a vécu sur sa croix, étant en butte aux moqueries des gens qui passaient devant la croix, une sorte de solitude publique, forcée qui est celle de la croix où l’homme est cloué, le stylite vit aussi d’une certaine manière, cette solitude publique. Il est offert aux regards de tous les passants qui viennent se repaître de cet homme comme les gens venaient voir le Christ mourir sur la croix. Et en même temps, le Christ solitaire sur la croix en train de mourir, c’est là qu’il va déployer une activité de communion intense, c’est là qu’il est en communion avec tous ceux qui souffrent, tous ceux qui s’interrogent sur le sens de leur vie, c’est là qu’il est en communion avec les pécheurs, c’est là qu’il rachète le bon larron. Les stylites aussi ont cette activité de communion.

Frères et sœurs, nous ne sommes peut-être pas appelés à vivre sur une colonne, mais nous vivons très souvent notre vie dans une solitude, ne sachant pas toujours où nous avons à nous positionner, à la fois dans ce désir d’aller vers Dieu par nos propres moyens, découvrant en même temps que nous en sommes incapables. Que la vie de Daniel le stylite nous rappelle que cette recherche, ce désir profond de Dieu, qui parfois nous coupe de nos contemporains, ce désir de Dieu a sa place au plus profond de cette communion que nous avons à vivre les uns envers les autres, cette communion de miséricorde, d’intercession, de prière, d’attention et de charité.

 

AMEN

 

 

 
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