AU FIL DES HOMELIES

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ENTRE CIEL ET TERRE

Ba 4, 21-29 ; Mt 21,23-27
St Daniel le stylite - (11 décembre 2010)
Samedi de la deuxième semaine de l'Avent
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Reims : l'échelle de Jacob

 

F

rères et sœurs, si les contemporains de Jean-Baptiste voient en lui un nouvel Élie, aujourd'hui on peut dire que les contemporains de Daniel le stylite, ont vu en lui un nouveau Samuel. En grande partie le début de sa vie reprend certains événements que l'on retrouve dans la vie de Samuel. Une mère stérile, qui n'arrive pas à avoir d'enfant, qui prie, elle a un enfant, c'est Daniel. Au bout de quelques années, elle le met dans un monastère, il est déjà très doué, mais les moines trouvent qu'il est un peu jeune. Cependant il y restera pour la plus grande joie de ses parents.

Lors d'un voyage, de passage à Constantinople avec son higoumène, et il y rencontre une figure extraordinaire comme on pouvait en rencontrer en Syrie et dans la région de Constantinople à l'époque : Siméon le stylite, un homme qui vit sur une colonne. Tout le monde est saisi, Daniel aussi et plus tard il reprendra le flambeau vivant lui aussi sur une colonne. Ce n'est pas une toute petite colonne sur laquelle il reste en équilibre toute la journée, il faut plutôt voir une plate-forme assez large pour qu'il puisse y vivre.

Sa renommée est telle que l'empereur Léon va faire construire une résidence princière pas très loin de la colonne de Daniel, résidence dans laquelle il invitera régulièrement des rois et des personnalités étrangères pour ensuite les amener à découvrir Daniel le stylite. Non seulement dans sa naissance mais aussi dans son rapport à la politique, Daniel est assez proche de Samuel. Lorsque Samuel était prophète et conseiller politique, Daniel lui aussi du haut de sa colonne, a su conseiller Léon, et l'empereur qui a suivi, Zénon.

Tout cela nous invite à réfléchir au moins sur deux choses. La première, je le dis sur le mode de l'humour, en fait, Daniel a prêché pendant longtemps, Daniel a eu de l'autorité, on l'a entendu dans l'évangile tout à l'heure: "De quelle autorité enseignes-tu cela ?" A l'époque, cela ne posait pas de problème, Daniel était un laïc, il n'était pas ordonné et pourtant, tout le monde l'écoutait. Ce n'est qu'au bout d'un moment que l'évêque poussé par l'empereur est venu pour ordonner Daniel. Vous savez que pour les moines, il y a deux personnes très dangereuses ce sont les femmes (on le savait déjà), et les évêques. Car les évêques ordonnent, et une fois que vous êtes ordonnés, vous êtes obligé de sortir de votre monastère et de vous retrouver avec des quantités de charges insupportables. Donc, Daniel ne voulait pas être ordonné, et c'est du bas de sa colonne que l'évêque avançant la main, a prononcé les paroles de l'ordination. Ensuite, ils se sont réconciliés, l'évêque est monté sur la colonne, ils ont célébré l'eucharistie ensemble et tout est redevenu parfait.

La première chose, c'est que cet homme a su faire résonner sa parole alors qu'il n'était pas prêtre. Il est intéressant dans le monde d'aujourd'hui ou l'on a tellement versé dans une certaine cléricalité, pour le plus grand bonheur des prêtres, mais aussi je crois pour le plus grand bonheur des laïcs qui laissent les autres parler, cela nous interroge cependant sur la parole des laïcs dans le monde. Est-ce que les laïcs sont véritablement capables de prendre la parole pour annoncer non seulement Dieu, mais aussi plus précisément Dieu dans notre monde et avoir une parole intelligente.

La deuxième chose qui peut nous paraître complètement extravagante, se mettre sur une colonne, il ne faut pas y voir le désir de se couper du monde, mais bien au contraire, le désir de réunir. Une colonne, qu'est-ce que c'est ? c'est une construction, un lien entre le ciel et la terre. Ces gens-là contrairement à ce qu'on peut imaginer, ce n'est pas se couper du monde, au fin fond d'un désert, mais au contraire, par leur position ils voulaient signifier plus que symboliquement le fait que le chrétien est un médiateur entre la terre et le ciel.

Là aussi, cela nous fait réfléchir sur notre condition de chrétien par rapport à notre baptême, et de ce que nous sommes médiateurs entre la terre et le ciel. Pour transformer l'antienne que nous écoutions tout à l'heure : "Si tu déchirais les cieux", en quelque sorte, Daniel, par sa position, essayait de maintenir les cieux ouverts pour qu'il y ait une communication entre les hommes et Dieu. En fait, c'est cela notre fonction. Est-ce qu'envers et contre tout, nous essayons de faire en sorte que le ciel reste ouvert pour avoir ce beau bleu dont nous jouissons ici aujourd'hui, afin que véritablement, il y ait une communication entre le ciel et la terre ? C'est la fonction qui est dévolue aux anges, c'est ce qu'on lit dans la Genèse dans le rêve de Jacob, avec les anges qui montent et descendent tout le long de l'échelle.

Notre travail le plus humble est de garder le ciel ouvert, pour que nos frères et sœurs, puissent communiquer et rencontrer le Seigneur. Frères et sœurs, que cette fête de Daniel le stylite soit pour nous l'occasion de revisiter notre propre ministère : est-ce que nous sommes véritablement des médiateurs entre la terre et le ciel, capables de faire découvrir ce Dieu qui va venir dans quelques jours sous la forme d'un petit bébé ?

 

AMEN

 

 

 

 

 
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