AU FIL DES HOMELIES

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HUMILITÉ ET GÉNÉROSITÉ

2 R 2, 5-15 ; Jn 15, 9-17
Bhx Jourdain de Saxe - (13 février 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Douceur et tendresse …  

N

ous imaginons très souvent les saints du Moyen-Age, les religieux les moines, dans une sorte de hiératisme, de fixisme. Une vie très rangée, très ordonnée, selon un certain nombre de critères. En réalité, il n'en est rien. Ce qui caractérise la sainteté du Moyen Age, c'est cette espèce de spontanéité, de côté naïf, bon enfant, une sorte de joie faite de simplicité, de tendresse et de bonheur.

Je voudrais simplement l'illustrer, à propos du Bienheureux Jourdain de Saxe, par deux anecdotes de sa vie. L'une est un récit, l'autre une petite réflexion qu'il a faite dans une lettre. 

Il n'était pas encore dans l'ordre des Dominicains, mais très amoureux de liturgie, alors qu'il était étudiant à Paris, il allait toutes les nuits à matines, à la cathédrale Notre Dame de Paris. Il avait pris comme principe que chaque jour, il y ferait l'aumône au premier mendiant qu'il rencontrait. Voici qu'un jour il est en retard pour aller à l'office. Il tombe sur un mendiant qui lui demande l'aumône, et Jourdain n'a pas le temps de retourner chez lui. Dans un geste extrêmement beau, il défait sa ceinture et la donne au mendiant. Il ne pouvait rien lui donner d'autre, il lui a donné sa ceinture. Arrivé à Notre Dame, lorsqu'il a commencé à chanter les psaumes, il a levé les yeux vers le crucifix et il a été étonné de voir que le Christ de ce crucifix portait la ceinture qu'il venait de donner au pauvre. 

Le deuxième trait, c'est un petit mot qu'il a écrit dans l'une de ses lettres. Le bienheureux Jourdain est le successeur de Saint Dominique, c'est le premier maître général de l'Ordre car saint Dominique en est le fondateur. Il eut une correspondance très abondante puisqu'il a fondé de son vivant à peu près deux cent quarante couvents ! Il aimait les couvents de moniales et les voyages. Il aimait particulièrement la prieure du couvent de Rome qui s'appelait Diane d'Andalou qui a d'ailleurs fait des portraits tant de saint Dominique que du Bienheureux Jourdain de Saxe qui sont extrêmement beaux. C'est elle qui dit que saint Dominique portait sur le front comme une lumière, comme une étoile qui faisait rayonner la beauté et la douceur de son visage. Un jour Diane d'Andalou, étant blessée au doigt, un panaris, a fait écrire à sa place, en expliquant pourquoi elle ne pouvait pas écrire elle-même. Le Bienheureux Jourdain de Saxe, lui dit dans sa réponse, qu'il était désolé qu'elle ait mal au doigt et il ajoutait cette très belle formule : "J'ai mal à ton doigt ". 

Je crois que ce que veulent dire ces traits qui, en soi sont anecdotiques, c'est que la charité, chez ces hommes-là, avait à la fois, une tendresse, une immense délicatesse et beaucoup d'ingéniosité, de vivacité. Je trouve que c'est cela qui est très beau dans le Moyen Age. Les chrétiens avaient une sorte de bonheur dans leur charité, une sorte de bonheur de vivre en frères parce qu'ils goûtaient vraiment, au plus profond d'eux-mêmes, le bonheur d'être aimés de Dieu. 

C'est cela que nous avons à apprendre d'eux. Ce qui m'étonne le plus, chez les chrétiens d'aujourd'hui c'est qu'ils sont tristes, ils sont un peu ennuyeux. On dirait que la charité doit être difficile, il faut que ce soit pesant, il faut faire des efforts. Ce n'est pas vrai. La charité, la vie avec Dieu, ce n'est pas d'abord une question d'effort, mais c'est une sorte de surabondance du cœur qui coûte, qui est difficile à certains moments, mais qui ne se vit pas sur le mode de la conscience malheureuse, de l'accablement, de l'effort, de la lutte. C'est cette espèce de bonheur très simple, dans lequel il y a la joie de son cœur, la joie de son esprit, la joie des affections humaines, qui trouve naturellement son épanouissement et sa manière de témoigner de cet amour infini que Dieu a pour nous. 

Nous prierons, par l'intercession du Bienheureux Jourdain de Saxe qui savait si bien trouver cette espèce d'inventivité et cette spontanéité de la charité, pour que nous l'ayons nous aussi dans notre cœur, non pas pour faire mieux que les autres, mais simplement parce que le fin du fin de la charité, c'est le bonheur, c'est le bonheur d'être aimé, c'est le bonheur d'aimer. 

AMEN


 

 

 

 
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