AU FIL DES HOMELIES

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DOUCEUR ET MISÉRICORDE

2 R 2, 5-15 ; Jn 15, 9-12
Bhx Jourdain de Saxe - (13 février 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

C

'est un très beau C.V. que celui de Jourdain de Saxe. Il est né en Westphalie à Mayence, après ses études, il est maître à l'université de Paris où il enseigne les sciences et ensuite la théologie. Il a été le premier provincial des dominicains de la province de Lombardie et en 1222, il a été élu maître général.

Après ce genre de C.V., on a envie de dire qu'on n'a pas tellement le temps pour s'amuser, pour prendre des loisirs, quand on a autant de charges aussi sérieuses, à un moment où l'ordre dominicain si jeune, commence à exploser et à essaimer partout en Europe.

Et cependant, le bienheureux Jourdain de Saxe est celui qui est capable d'avoir une douceur et une miséricorde, une fraternité, à la fois avec ses frè­res et ses sœurs. Pour prendre un petit exemple, je ne sais pas ce qu'aurait fait le Père Gonthier à cette épo­que au séminaire, comme directeur du séminaire, il est arrivé qu'un fois, parti avec ses novices, le bien­heureux Jourdain de Saxe récite l'office des complies, et voici qu'un novice se met à rire. Je ne sais pas si c'est déjà arrivé sous le pontificat du Père Gonthier, mais voilà qu'un autre dominicain se met à crier, et tout simplement à reprendre le novice. Jourdain de Saxe laisse un peu aller les choses, et à la fin des Complies, il dit : "Frère, qui vous a constitué maître des novices ? En quoi vous appartient-il de les corriger ? Puis, se tournant vers les novices : riez bien haut, très chers, ne vous contraignez pas à cause de ce frère. Je vous en donne toute licence. Vous avez bien raison de vous réjouir et de rire, ne vous êtes-vous pas évadés de la prison du diable, et n'avez-vous pas brisé les fortes chaînes qui vous chargeaient de­puis tant d'années ? Riez donc, mes très chers". Voilà donc de la part du maître de l'ordre toute licence pour pouvoir rire. Première image de Jourdain de Saxe, une image d'un homme qui sait tempérer, et laisser les novices s'ébattre quand ils en ont besoin. Vis-à-vis de cette réflexion, il y a aussi quelque chose de fonda­mental sur la vie chrétienne : le rire le bonheur de se savoir sauvé. Nous sommes déjà sauvés.

Comme en écho à ce qu'il dit à ses novices, découvrir que nous sommes déjà sauvés par la mort et la Résurrection du Christ, comme en écho, une multi­plicité de lettres à Diane d'Andalau, qui à l'inverse des novices ne rit pas facilement, elle a une vie soucieuse puisqu'elle dirige un couvent de dominicaines à Bolo­gne. Elle est exactement à l'inverse de ces novices, elles sont toutes jeunes, dans leur âge, jeunes dans la vie monastique, et généralement, le risque c'est d'aller trop loin dans les macérations, les veilles, les jeûnes, on se prive de plus en plus de telle ou telle chose, et à la fin on finit émacié ! Jourdain de Saxe est celui qui va la reprendre régulièrement, en lui disant que ce que veut Dieu, ce n'est pas ce genre de choses. Ce que veut Dieu, c'est un peu une course, mais pas un cent mètres, mais sur une longue durée. Jourdain de Saxe est celui qui avait douceur et amour vis-à-vis de cette jeune fille, lui qui était plus âgé, à la fois vieux dans son corps, mais si jeune dans son esprit va doucement apprendre à cette jeune femme, qui elle est, un peu vieille dans son esprit, à remettre les choses en place.

Là aussi se tisse une magnifique histoire d'amour et d'amitié entre cet homme et cette jeune femme. Jourdain de Saxe fait justement partie, à la suite de saint Dominique, de ces hommes qui savent chercher le juste milieu entre les extrêmes. Un juste milieu dont le but n'est pas de rester assis à attendre que les choses se passent, mais au contraire pour un élan dans la durée.

Je vous lis en terminant un petit texte, pour ceux qui aiment la course à pied, que ce soit la course à pied sportive, mais aussi la course de notre vie spi­rituelle. C'est à un moment très important, on vient d'annoncer la canonisation de saint Dominique. C'est un événement remarquable et fondamental pour ce tout jeune ordre et tout ce que Jourdain de Saxe réus­sit à écrire d'important à Diane d'Andalau c'est ceci : "Maintenant, je suis prêt de partir pour la Lombardie, et j'espère que dans peu de temps grâce à Dieu, je te verrai. J'ai su que tu t'étais blessée au pied et j'ai mal à ton pied. Te voilà avertie de te montrer désormais plus prudente et en ce qui est de ton pied, et en ce qui est de tout ton corps." Je trouve cela absolument re­marquable, délicieux et fraternel, qu'au lieu de s'éten­dre sur l'importance pour l'ordre dominicain, de ce qu'enfin, saint Dominique soit canonisé, que Jourdain de Saxe prenne autant de soin pour sa sœur Diane.

Dans la même fraîcheur du Bienheureux Jourdain de Saxe, ayons à cœur de rencontrer vérita­blement nos frères et nos sœurs, dans ce qu'ils sont, à la fois de plus heureux, et parfois dans ce qui est le moine heureux.

 

AMEN

 

 

 
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