AU FIL DES HOMELIES

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LA FONCTION DE SAINT PIERRE

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 1988)
Lundi de la première semaine de carême
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


L

e mystère de cette fête s'exprime au moyen de deux images l'une et l'autre contenues dans le titre même de la fête, c'est l'image de la chaire et l'image de la pierre. L'image de la chaire, il ne s'agit pas des chaires où l'on prêche, c'est une utilisation dérivée du mot, mais du sens premier qui vient du latin "cathedra", qui veut dire le siège. Il s'agit du siège épiscopal de saint Pierre qu'on appelle quelquefois, par contamination avec le pouvoir civil, le trône épiscopal. C'est la fonction épiscopale de Pierre, sa fonction d'évêque de Rome. En effet, le privilège, les prérogatives de Pierre ne tiennent pas à sa personne, mais à sa fonction. Ce n'est pas parce que Pierre était un apôtre plus fidèle que les autres, il ne l'était pas puisque Pierre a renié le Christ, puisque Pierre marchant sur les eaux a douté et s'est enfoncé, ce n'est pas sur les qualités personnelles de Pierre que s'affirme sa primauté, mais sur la fonction que Jésus lui donne et qui, à travers l'histoire qui conduira Pierre à devenir évêque de Rome et à y mourir martyr, s'attachera au siège épiscopal de Rome et se transmettra à ses successeurs par cette continuité ininterrompue d'évêques de Rome dont nous avons, dès les origines, grâce au témoignage des pères de l'Église et en particulier de saint Irénée, la liste complète.

       C'est donc le siège épiscopal de Pierre qui a reçu une fonction de primauté, non pas de primauté administrative ou autoritaire, mais de primauté pour l'unité, pour être le centre de l'unité, le centre autour duquel tous les autres sièges épiscopaux vont se rassembler pour ne faire qu'un seul corps. Telle est la fonction propre de l'évêque de Rome, telle est la fonction propre de Pierre, à l'intérieur du collège des Apôtres : être le centre du rassemblement de l'unité, et c'est pourquoi, dans les plus anciens textes que nous connaissions, le siège de Rome est salué comme celui de l'Église qui "préside à la charité de toutes les églises". Puisqu'il s'agit de communion, puisqu'il s'agit d'unité, c'est dans la charité et non dans l'autorité au sens administratif que cette primauté s'exerce.

       Jésus Lui-même, parlant aux apôtres, leur dit : "Vous siégerez sur douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël", manifestant par là que l'Église, Israël nouveau, est symboliquement semblable aux douze tribus d'Israël, les sièges des apôtres et de leurs successeurs, remplaçant en quelque sorte la personnalité des patriarches qui, eux-mêmes, s'étaient perpétués chacun dans la tribu issue de lui. C'est ainsi d'ailleurs qu'il n'y a pas seulement le siège épiscopal de Rome qui ait une cathèdre, une chaire ; il y a aussi la chaire apostolique d'Alexandrie, la chaire apostolique de Constantinople, la chaire apostolique de Jérusalem ; tous ces sièges épiscopaux qui remontent, de près ou de loin, à l'un ou l'autre des apôtres. Et de toute façon, tous les évêques, même s'ils sont plus de douze sont les successeurs des apôtres, les successeurs du collège des apôtres réunis autour de l'évêque de Rome, comme les apôtres étaient réunis autour de Pierre. C'est donc la première utilisée par la théologie et la liturgie pour nous faire comprendre qu'il s'agit non pas du privilège d'une personne, que cette personne soit celle de Pierre ou celle du Pape, et si le Pape est très bien, comme le pape Jean-Paul II, tant mieux, et si le Pape est moins bien comme il y en a eu d'autres dans l'histoire, tant mieux quand même, car de toute façon, c'est sa fonction et non sa personne qui a reçu la promesse du Christ d'être le centre de l'unité de l'Église, d'être celui qui a la charge de donner à cette Église sa structure, sa densité et de présider aussi à la vérité quand le collège des apôtres appelle le premier d'entre eux à définir la foi en dernier ressort, en cas de contestation.

       La deuxième image c'est celle du nom même de Pierre. Ce nom n'est pas celui qu'il avait reçu à sa naissance car il s'appelait Simon, mais c'est celui que Jésus lui a donné. Il ne s'agit donc pas de l'expression de la personne de Pierre telle qu'elle avait été façonnée par l'histoire de son enfance, de son adolescence et de sa vie humaine, il s'agit de la personnalité de Pierre telle qu'elle a été créée, reprise en main, refaçonnée par le Christ Lui-même. Dans l'Ancien Testament, le nom est ce qui exprime la personnalité d'un être. Quand Dieu donne à quelqu'un un nom, quand Il change le nom de quelqu'un, cela veut dire qu'il prend en main la personne de cet être pour la refaçonner selon sa volonté à Lui. C'est dire donc que pour Pierre, comme pour Abraham dont Dieu avait aussi changé le nom, il a été re-fabriqué, refait des mains mêmes de Jésus, précisément pour cette fonction que Jésus voulait lui donner et dont Pierre n'avait pas en lui les modalités et les capacités. Pierre ne peut être la pierre de fondation de l'Église que parce qu'il a été voulu tel et créé tel par Jésus.

       Aussi bien, ce nom de Pierre que Jésus donne au premier de ses apôtres, c'est en quelque sorte le nom même du Christ et le nom même de Dieu, car dans tout l'Ancien Testament, Dieu est souvent appelé "la pierre", "le rocher", "le roc" solide, ferme, sur lequel est fondée notre foi, sur lequel est fondée notre vie. C'est parce que Dieu est fidèle que nous pouvons subsister. Ce n'est pas notre fidélité à nous qui compte, ce n'est pas notre vertu, c'est la grâce de Dieu, c'est la solidité de Dieu. C'est Dieu qui nous assied fermement sur la solidité qui est la sienne. C'est pourquoi le roc, le rocher c'est Dieu. Et Jésus Lui-même est la pierre, la pierre angulaire, la pierre vivante, la pierre sur laquelle tout l'édifice se construit. Et cela, c'est précisément saint Pierre qui nous le dit dans sa première épître : "Jésus est la pierre vivante sur laquelle nous sommes édifiés comme autant de pierres vivantes, construisant un édifice saint. Il est la pierre qui avait été rejetée par les bâtisseurs, qui a été choisie par Dieu pour être la pierre d'angle."

       Vous le voyez donc : Pierre n'est Pierre que par la participation de la grâce même du Christ qui est Lui, la pierre vivante, la pierre fondamentale et la pierre lequel tout est construit. Alors, il est bien clair que Pierre n'est ce qu'il est que par pure grâce, que par pur don de Dieu, que par une communication que Dieu lui fait, en raison de la fonction qu'Il veut établir en lui et par lui.

       Ceci doit nous donner une confiance indéfectible dans le rôle de Pierre et de ses successeurs et en même temps une grande rigueur dans la manière de nous adresser à ce rôle pontifical. Ce n'est pas la vénération d'un personnage ; ce n'est pas l'admiration pour quelqu'un, même s'il se trouve heureusement que souvent celui qui remplit cette fonction mérite aussi notre admiration. Mais il faut éviter ce qu'on a appelé parfois "la papolâtrie" c'est-à-dire une sorte d'adoration du Pape comme tel dans sa personnalité. Ce qui est le fondement de notre foi, c'est la grâce du Christ, la grâce du Christ qui nous est donnée à travers un certain nombre d'intermédiaires. Et parmi ces intermédiaires Pierre et ses successeurs sur la chaire de Rome, sur le siège de Rome, jouent un rôle essentiel car ils nous transmettent la fidélité de Dieu, cette solidité de Dieu cette fermeté dans la foi qui est une grâce du Christ et que Dieu seul peut nous accorder.

       Soyons fidèles à cette fidélité de Dieu; soyons confiants dans cette certitude qui est celle de Dieu; appuyons-nous sur ce rocher qu'est Dieu Lui-même et qui se manifeste à nous à travers le ministère qu'Il a donné à Pierre, à tous les évêques, à tous les prêtres et à chacun d'entre nous pour que nous soyons, à notre place, nous aussi, ministres de la charité et de la vérité les uns pour les autres.

      AMEN

 

 
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