AU FIL DES HOMELIES

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LA CHAIRE DE SAINT PIERRE AUJOURD'HUI

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 2001)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


J

e voudrais vous expliquer la fête de Saint Pierre à Rome à travers le problème du mobilier. Dans les églises anciennes, il n'y avait que trois meubles. D'abord, il n'y avait pas de chaises, on célébrait debout, parce que quand on est devant le Christ ressuscité, on est debout, et même si les sermons duraient trois quart d'heure, il a fallu attendre les protestants pour inventer les chaises et les bancs, c'est pour cela qu'aujourd'hui nos églises n'ont plus exactement les mêmes proportions parce qu'il y a soixante-dix centimètres de chaises d'abord qui changent toute la proportion et l'équilibre du vaisseau, on s'en aperçoit chaque fois qu'on nettoie l'église. Donc, il n'y avait pas de chaises. Dans le chœur, il n'y avait que trois meubles : un meuble amovible, l'autel et deux meubles fixes : l'ambon, et la cathèdre. L'ambon, c'était là où il y avait la Parole de Dieu, la cathèdre, là où l'évêque était assis. C'était le seul à être assis durant les célébrations, parfois, il y avait un petit banc pour le presbyterium, mais c'est bien plus tard. Si aujourd'hui, on vous demandait de faire une sorte de QCM, quel est le plus important, vous répondriez l'autel parce que vous êtes catholiques, le saint sacrifice de la messe, donc, c'est l'autel. Or, je suis désolé, l'autel était amovible, et il n'y a jamais eu la fête de l'autel de saint Pierre à Rome, il n'y a jamais eu la fête de l'autel de saint Paul à Saint Paul Hors les Murs, Il n'y a jamais eu la fête de l'autel de la cathédrale. Si vous étiez protestants, vous diriez que le plus important c'est l'ambon, parce que c'est là qu'il y a la Parole de Dieu, nous n'obéissons qu'à la Parole de Dieu "Scriptura sola", donc on va faire la fête de l'ambon de Saint Pierre à Rome. Le jour où les protestant feront cela, ce ne sera pas si mal ! cela voudrait dire qu'ils reconnaissent une certaine primauté romaine et ce serait déjà beaucoup.

       En réalité, je suis sûr qu'aucun d'entre vous n'aurait parié pour la chaire, comme le mobilier le plus important. Et pourtant, c'est un fait. Je sais bien qu'aujourd'hui la chaire a mauvaise presse, d'une part parce qu'on l'a caricaturée dans cet engin qui est là et qui est en-dehors du chœur, mais cela c'était uniquement pour faire entendre le prédicateur, mais la chaire était vraiment au centre du bâtiment. D'autre part, si j'en juge par certaines coutumes aixoises au moment du festival, il y avait toujours une dame en décolleté, et je vous assure que ce décolleté ne montrait devant et derrière que le cou, qui était assise sur la chaire de l'évêque, non pas que cela diminuait, car cela avait plutôt le sens d'une parure, mais enfin cela faussait un peu le sens de la chaire, de la cathèdre de l'évêque. Or, pour les anciens, dans l'Église ancienne, c'est la cathèdre, la chaire qui est le plus important. C'est pour cette raison que les églises des évêques s'appellent des cathédrales, c'est l'église de la cathèdre de l'évêque. Ce n'est pas une église ordinaire, elle est ainsi nommée parce qu'elle est la cathèdre. 

       Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire une chose très simple et très importante qui est en train de s'obscurcir dans la conscience de beaucoup de chrétiens. Il y a deux lieux de la Parole, c'est cela qui structure l'espace du chœur : l'ambon et la cathèdre, c'est pour cela qu'ici à Saint Jean de Malte on a voulu les mettre en vis-à-vis pour qu'ils soient bien en évidence ? Ce n'était pas la disposition primitive, mais au moins, pédagogiquement, cela respecte l'esprit de l'affaire. L'ambon, c'est la Parole de Dieu telle qu'elle a été donnée dans l'histoire de la Révélation. Mais s'il n'y avait que cela, ce ne serait pas encore vraiment la parole de Dieu ; ce qui spécifie la confession de foi catholique, c'est que nous croyons qu'il y a un lieu dans lequel la Parole de Dieu résonne comme une parole vive et ce lieu, c'est la cathèdre. C'est pour cela que l'évêque est le lieu même de la Parole vive de Dieu. Il y a une complémentarité entre le texte écrit, la "Scriptura", le texte tel qu'il est livré à la méditation et à la mémoire, au mémorial des fidèles, et la cathèdre, c'est-à-dire, celui qui siège sur la cathèdre et qui est pour son peuple la Parole vive de Dieu. La cathèdre c'est le symbole même de l'apostolicité. Quand l'évêque parle "ex-cathédra", car contrairement à ce qu'on pense, ce n'est pas uniquement le Pape qui parle "ex-cathédra", tous les évêques parlent de cette façon, mais on ne le dit pas et l'on a tort, ils disent beaucoup de bêtises "ex-cathédra", mais ce n'est pas important, donc, quand l'évêque parle "ex-cathédra", c'est la Parole de Dieu qui, pour le peuple de Dieu rassemblé autour de son évêque, prend chair aujourd'hui. C'est exactement la répétition de la parole de Pierre, par exemple disant : "Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant", quand le Pape parle à Rome de sa cathèdre, il redit la même chose actuellement. C'est la présence vivante de la Parole de Dieu dans l'histoire à travers la Parole autorisée des douze premiers témoins. Voilà pourquoi on célèbre la chaire de Saint Pierre à Rome. Ce n'est pas d'abord la fête de l'infaillibilité pontificale, comme c'est devenu après, c'est d'abord la parole de Dieu qui est célébrée, rendue vivante par pure grâce, à travers les dons et le ministère qui est donné à Pierre pour son Eglise tout au long de l'histoire.

       Cela nous oblige à réfléchir d'une part sur la Parole, et d'autre part sur l'épiscopat. Nous vivons dans un siècle où le danger, c'est que la Parole devienne la "tchatche" ou pire encore, la langue de bois. Or précisément, si on fête la chaire ce n'est pas pour fêter la langue de bois de l'Église, mais pour fêter la Parole vive de l'Église à travers Pierre et le collège apostolique. La fête de la chaire de Saint Pierre à Rome est une fête éminemment critique au vrai sens du terme, c'est-à-dire que c'est la fête qui rappelle à tous ceux qui ont été choisis dans la succession apostolique à commencer par Pierre et les autres membres du Collège épiscopal, que ce qui les juge, c'est la Parole de Dieu. Donc, pour eux les premiers, la Parole de Dieu est un glaive à deux tranchants, c'est pour cela qu'on ne peut pas faire de la Parole de Dieu telle qu'elle est proclamée à partir de la chaire du pape ou des évêques, n'importe quoi. Il faut que ce soit cette Parole qui juge, qui désarticule les os et les moelles comme dit l'épître aux Hébreux au chapitre quatrième, à la fois dans le cœur de ceux qui la proclament au service du peuple, et dans le cœur des membres fidèles de l'assemblée qui l'écoute.

       Donc, aujourd'hui, nous fêtons tout, sauf une fête de "béni-oui-oui". Nous célébrons une fête extrêmement exigeante : c'est la manière dont pour nous, catholiques, la Parole n'est pas simplement sur l'ambon consignée comme un texte muet dans l'Écriture, mais nous célébrons le mystère de la parole en tant qu'elle nous est livrée vive et vivifiante par le ministère du pape et des évêques pour qu'elle devienne vive et vivifiante dans le cœur de l'Église et de tout le peuple de Dieu.

       AMEN

 

 

 
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