AU FIL DES HOMELIES

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UNE AUTORITÉ FONDÉE SUR LA GRÂCE ET LE PARDON

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


D

'une certaine manière, la fête que nous célébrons aujourd'hui, la chaire de saint Pierre pourrait sembler un petit peu ringarde aux yeux de nos contemporains, vu qu'assez facilement on oppose le régime en société dans lequel nous vivons actuellement, qui est un régime fondé sur ce qu'on appelle la démocratie, avec comme principal pivot, l'égalité, et d'autre part une vieille institution qui fonctionne depuis des siècles et des siècles, et qui ne veut surtout pas lâcher ses privilèges, qui s'appelle l'Église et qui fonctionne toujours sur le mode pyramidal, avec le pape au sommet, tout en haut, dont on épie les moindres gestes et les moindres faits. On l'a vu encore aux JMJ où pour les journalistes la chose la plus importante était non pas de savoir le nombre de jeunes et ce qu'ils vivaient, mais si le pape allait réussir à descendre seul les marches de l'escalier à la sortie de son avion. 

       Y aurait-il encore une sorte de guerre larvée entre le monde contemporain démocratique et l'Église? Autre problème, un texte qui date de 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui se plaît à répéter quelque chose d'important, qui est encore de parler de l'égalité entre les hommes, quels que soient la religion, la race, le sexe, la nationalité. Cette déclaration utilise un mot : famille. Mais le problème, c'est que lorsqu'on parle d'égalité, et qu'on lit cette question d'égalité entre les êtres et la question de la famille, il y a un problème simple qui se pose, c'est celui de l'engendrement. Dans la famille, le principe, c'est le principe même de la vie, d'engendrer physiquement un enfant, qui fait qu'au départ, il y a quelqu'un qui donne et quelqu'un qui reçoit. 

       Je crois que c'est peut-être ce que la chaire de saint Pierre pourrait nous aider à réfléchir, sur ce que nos contemporains ne voudraient pas entendre maintenant, c'est cette idée qu'avec la démocratie, on fait fi de toute différence, que surtout, nous n'avons pas à nous recevoir de quelqu'un d'autre, et encore moins de quelqu'un qui serait au ciel et qui s'appellerait Dieu. D'ailleurs, chose étrange dans cette déclaration qui dit que nous formons une grande famille, ce qui signifie donc que nous sommes frères et sœurs, et qu'en même temps, si nous sommes frères et sœurs, c'est que nous nous recevons bien de quelqu'un de plus grand que nous, qui nous est extérieur, d'une transcendance. Et le monde contemporain, le fonctionnement politique actuel oublie justement cette transcendance et le fait que nous nous recevons de quelqu'un d'autre. 

       Or, l'épisode de Saint Pierre nous rappelle que nous ne nous fondons pas sur nous-mêmes. C'est vrai que cela blesse notre orgueil, et puis, cela soulève une autre question qui est celle de la confiance. Et nous revenons là encore, à l'éternel problème de la Genèse, et quand nous recevons de quelqu'un qui nous est extérieur, rien n'est plus facile que de tomber dans ce manque de confiance, devant le problème du soupçon. Si je me reçois de moi-même, si mes propres bases c'est moi-même, fi du soupçon, puisque je sais qui je suis. Cela dit, d'autres problèmes vont surgir, en conséquence de cette vision des choses. Quand on pense qu'on se reçoit de soi-même on arrive rapidement à un certain désespoir, parce qu'on découvre qu'il faut un minimum de lois dans le monde et que si ces lois ne reposent que sur mes propres forces, nous nous rendons très vite compte que nous n'y arrivons pas. Nous nous posons des "challenges", nous essayons de nous projeter dans des lois, dans des interdits, dans des obligations, et nous découvrons que très régulièrement, nous péchons, que nous chutons. A ce moment-là, est-ce que la figure de la transcendance peut nous aider ? Pour Adam et Eve, non. Et peut-être que pour nous aussi, non. D'avoir ce sentiment que quelqu'un au-dessus de nous épie chacun de nos gestes, et de nous dire que Dieu voit tout, c'est désespérant. 

       Nous oublions quelque chose de fondamental, dans cette transcendance, c'est deux pôles très particuliers : celui de la grâce, et celui du pardon. Dans tout interdit, comme le dit Paul Beauchamp sur la Genèse : "entre nous soit dit", nous allons établir les règles du jeu pour que nous puissions vivre ensemble. C'est cela un interdit, ce n'est pas fait pour embêter le monde, c'est pour nos aider à acquérir notre liberté. Un interdit se fait entre deux êtres libres : "entre nous soit dit". Et pour que cela fonctionne, il y a deux dimensions, c'est la grâce que donne celui qui donne, et celui qui reçoit qui doit vivre sur le mode de la confiance. Et tout cela dans le pardon. 

       Saint Pierre que nous célébrons aujourd'hui, non pas comme martyr, mais comme ayant autorité sur l'Église, saint Pierre est celui qui a vécu exactement ce chemin. Et s'il a une autorité, et ce mot autorité éveille en nous l'image de la badine qui va nous mettre au pain sec et à l'eau, mais fondamentalement, l'autorité c'est d'être capable d'aider l'autre à grandir. Saint Pierre justement, pour avoir expérimenté cette relation avec le tout-autre, avec le Christ, lui qui a expérimenté à la fois la grâce, dans le texte que nous avons lu, de ce quelque chose qui ne venait pas de lui : "Oui tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant", cela ne vient pas de lui, mais d'au-delà de lui, donc il a à la fois expérimenté la grâce, mais il a aussi expérimenté le pardon, d'avoir lâché Jésus au moment de son arrestation et d'avoir découvert que malgré cela le Christ l'aimait. 

       Frères et sœurs, c'est cet aspect de saint Pierre qui nous est donné, non pas une figure d'autorité qui irait nécessairement contre notre liberté, comme on dit contre la démocratie. Mais au contraire, si l'Église ne veut pas que nous soyons "égaux", c'est justement pour que nous fondions une véritable famille de frères et de sœurs, et que par conséquent, nous nous recevons de quelqu'un d'autre, et de beaucoup plus grand, et que saint Pierre et ceux qui le suivent, et on le voit très bien avec ce que dit le pape Jean-Paul II et ce qu'il dit aux jeunes dans les JMJ, c'est fondamentalement axé sur la grâce et sur le pardon. 

       Frères et sœurs, il n'y a pas que saint Pierre qui soit appelé à annoncer cette ère de grâce et de pardon, mais c'est nous tous qui sommes appelés non seulement à le vivre, à le recevoir, mais encore à le rendre gratuitement à tous ceux qui sont autour de nous. 

 

       AMEN 


 

 

 
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