AU FIL DES HOMELIES

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PROCLAMER LA PAROLE

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 2005)
Mardi de la deuxième semaine de carême
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


F

rères et sœurs, je vous ai dit au début de cette messe qui commençait dans la panne d'électricité que cette panne était providentielle pour nous aider à comprendre ce que c'était que la chaire de saint Pierre à Rome. Car vous l'avez remarqué aujourd'hui, nous célébrons la chaire de saint Pierre à Rome. En réalité, l'électricité est revenue, mais cela me permettra de me faire mieux entendre. 

Pourtant, je crois que l'électricité et tous les dérivés, c'est-à-dire la télévision, la radio, les sonos, les organisations de transmission de médias par Internet etc … je dirais fondamentalement, émoussent notre sens de l'Église. Je vais vous expliquer pourquoi. Pourquoi fête-t-on la "chaire" ? Imaginez précisément, comme nous étions au début de la messe, des églises sans électricité et sans sono. C'est ce qui s'est quand même passé dans l'histoire de l'Église jusqu'au début du XXe siècle, avant la découverte d'Édison. Que veut dire à ce moment-là l'Église ? C'est très clair, c'est le peuple rassemblé à portée de voix, autour de celui qui parle. Nous ne comprenons plus cela aujourd'hui puisqu'il suffit d'appuyer sur un bouton pour laisser se déverser le flot insipide de la radio. Mais le problème de la parole dans l'Antiquité, c'est d'avoir une assemblée suffisamment rapprochée pour que la voix porte. Pourquoi saint Augustin a-t-il eu tant de peine ? Il avait fait une pneumonie à l'âge de quatorze ans, et il en avait gardé une lésion des poumons, et il a dû abandonner sa position de rhéteur, parce qu'il n'avait pas toujours la voix assez forte. Il se plaignait aux gens de son époque de ne pas pouvoir se faire entendre, parce qu'ils chahutaient trop pendant les sermons (cela a beaucoup changé depuis). Pourquoi n'y avait-il pas de chaises ? En fait, les chaises, c'est ce qui tue la liturgie. Les chaises, c'est ce qui empêche d'être debout pour le culte, et la position normale, même avec des sermons de trois-quarts d'heure de saint Augustin, c'était la position debout. Pourquoi debout, parce que cela permet de se rassembler autour du podium (pensez à la tribune des rostres à Rome), ou de la chaire la chaire est le centre de l'assemblée que l'évêque est sur cette chaire et il parle à distance humaine, c'est-à-dire à l'assemblée qui est autour de lui. L'Église locale, c'est ça, c'est ce qui est à portée de voix d'un évêque, c'est pour cela que les bons évêques sont normalement des grandes gueules, c'est fondamental pour leur ministère. Il faut se faire entendre. 

       C'est donc cela qui a germé dans la conscience de l'Église primitive, il n'y avait pas de radio, ni d'Internet, mais il fallait se faire entendre quand même. On a été conscient très tôt de ce que les Églises en chaque lieu, finalement, avaient une très grande autonomie. Lorsque Athanase avait quelque chose à dire à l'Église d'Égypte rassemblée à Alexandrie, il n'avait pas le téléphone rouge pour téléphoner au pape pour savoir si c'était orthodoxe ou non. Même chose pour l'Église d'Éphèse, et celle de Constantinople. Par conséquent cela veut dire que l'Église comme telle, du point de vue de la parole et de la confession de foi avait un sens de ce que la plénitude de la foi était proclamée là où était l'évêque avec son peuple. Donc, quand il y avait vraiment un problème c'était là qu'il fallait qu'on fasse une Église d'évêques, c'est un Concile, pour que les gens s'entendent à portée de voix, dans un lieu. C'est pour cette raison que cela s'appelle le Concile de tel lieu, et non pas le Concile du pape un tel. Les Conciles ne sont jamais nommés d'après les papes mais toujours d'après le lieu, et ce n'est pas un hasard, ce n'est pas parce que c'est plus commode pour l'annuaire téléphonique. Par exemple, dans l'Église d'Éphèse, ce lieu-là où se sont rassemblés deux ou trois cents évêques, là ils ont proclamé ensemble depuis une chaire, autour d'une chaire, les évêques ont proclamé la vérité de la foi. 

       Evidemment, au moment où toutes les Églises commencent à comprendre que chacune des Églises a cette merveilleuse mais redoutable initiative dans la proclamation de la foi, il va falloir trouver les critères de communion dans la foi. Là aussi, on n'a ni l'électricité, ni Internet, ni le téléphone, ni la télévision, donc, il faut trouver un point de référence pour que les Églises, en tous les lieux où elles sont rassemblées localement, aient la garantie que ce qu'elles annoncent du point de vue de la foi est en communion avec l'Église universelle. Je pense que c'est là la prise de conscience du rôle de la chaire de saint Pierre à Rome. Mais vous remarquerez qu'on n'a pas dit qu'il s'agissait de fêter l'universel pouvoir du pape. Il n'y a pas encore de fête pour cela, ça va peut-être venir, mais pour l'instant, on fête la chaire de saint Pierre à Rome, c'est-à-dire là, où à Rome, le pape peut se faire entendre dans l'assemblée locale. C'est cela qu'on fête, et en même temps, ce qu'on croit, c'est que dans cette Église de Rome, quand le pape exerce son ministère à Rome, ce ministère est automatiquement en communion et au service de la communion de toutes les Églises. Mais c'est tout autre chose que le rapport du président de la république avec les sous-préfets, ce que pense quatre-vingt dix-neuf pour cent des catholiques. La chaire de saint Pierre, comme le disait d'ailleurs saint Léon qui écrivait au patriarche d'Alexandrie : "si mon rôle est d'empêcher le tien, ce n'est plus mon rôle". Si on conçoit le pape comme celui qui prend tout le pouvoir pour que les évêques ne soient que des exécutants, c'est une erreur ecclésiologique fondamentale, en tout cas dans l'Antiquité, on n'a jamais pensé de cette manière. Cela veut donc dire que chaque Église quand elle annonce la parole dans sa communauté rassemblée autour de l'évêque, est responsable de ce qu'elle annonce, et cette fête de la chaire de saint Pierre ne fait que manifester la profonde communion qui existe entre toutes les Église locales, rattachées à celle de Rome. La chaire de saint Pierre à Rome est l'élément qui manifeste la communion entre toutes les Églises, lorsqu'elles annoncent la foi à leur communauté particulière. 

       C'est très important de repérer cette double dimension. On ne fête pas Rome contre les autres Églises, on fête Rome comme communion et comme norme de référence de la communion des Églises. C'est cela l'unité dans le service de l'annonce de la foi, et la communion entre toutes les Églises : le collège. C'est un des aspects fondamentaux que le Concile Vatican II a voulu remettre en valeur, dans la notion de collégialité. Le "collège", c'est précisément celui qui a la garantie de celui qui est à sa tête, Pierre, de proclamer dans une dimension universelle, alors que par nous-même nous n'avons pas les dimensions de l'universalité. La vérité, c'est que l'eucharistie est célébrée là où le peuple se rassemble autour de son évêque. C'est vrai pour Rome, c'est vrai pour Cologne, ou Alexandrie. 

       Que cette fête de la chaire de saint Pierre à Rome réveille en nous ce sens de la véritable communion de la foi de toutes les Églises en union avec Pierre et l'Église de Rome à leur tête. 

 

       AMEN 

 
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