AU FIL DES HOMELIES

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LE BONHEUR DE SAINT PIERRE

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Mussy-sur-Seine : Saint Pierre

J

 

ésus-Christ est le seul chef de l'Église, c'est Lui "le Premier-Né de toute créature", principe de la création première, principe de la Rédemption définitive et ultime. C'est Lui qui est le chef, qui est la tête du corps, c'est-à-dire de son Église. Et il n'y a pas d'autre fondement à l'Église du Christ que Lui-même. Il n'y a pas d'autre raison à l'existence de l'Église que la mort et la Rédemption de son Seigneur.

C'est parce que Pierre a cru en cela qu'il a été heureux : "Simon, tu es heureux parce que ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé ce que tu viens de professer mais mon Père qui est dans les Cieux." Pierre venait de confesser le Christ comme "Fils du Dieu Vivant", comme "Celui qui est venu dans le monde, envoyé par le Père" pour restaurer ce monde dans la communion avec le Père. C'est cela la source unique de la joie de l'apôtre Pierre. C'est cela la source unique de tous les membres de l'Église. Pierre professant sa foi, professe notre foi. Il s'exprime pour nous. Notre foi est semblable à la sienne.

Ce véritable bonheur intérieur, spirituel, qui vient du Père, qui ne vient pas de la chair et du sang, qui ne vient pas de la personnalité même de Pierre, ni même de son tempérament, ni même de son intelligence. Cette joie, ce bonheur, c'est celui des béatitudes, c'est que Pierre a entendu la parole du Christ, qu'il l'a reçue dans son cœur, qu'il y a cru, que cette parole l'a rendu heureux, parce que Pierre a été ainsi restauré par le Christ dans la communion avec le Père. Et l'Église est fondée, visiblement, sur le bonheur de Pierre, c'est-à-dire sur la confession de sa foi, cette confession joyeuse, cette confession qui vient des profondeurs mêmes de l'Esprit quand Il passe à travers le cœur, à travers la vie d'un homme. Pierre est le chef de l'Église. Il est sa pierre visible, celle là-même sur laquelle elle est humainement fondée.

Cette Église s'est répandue à travers le monde car la primauté de Pierre n'est pas un titre honorifique. Ce n'est pas un honneur, ce n'est pas une décoration qu'il porterait tous les jours de sa vie et que ses successeurs porteraient comme on aime à porter nos décorations humaines. La primauté de Pierre est une mission. Jésus lui dit aussitôt : "Tu es Pierre, sur cette pierre je bâtirai mon Église. Tout ce que tu auras lié sur terre sera lié au ciel. Ce que tu auras délié sur la terre sera délié au ciel." La primauté du premier apôtre est essentiellement liée à la foi catholique de l'Église. S'il y a primauté de Pierre, c'est parce qu'il y a foi catholique. S'il y a foi catholique, il faut qu'il y ait la primauté de Pierre. Car Pierre et ses successeurs sont ce fondement, sont ce signe visible et en même temps rayonnant que l'Église, dans sa foi, est vraiment l'Église du Christ, l'Église telle que le Christ l'a laissée à ses apôtres et non pas telle que les hommes pourront l'interpréter, pourront la changer, pourront se l'approprier d'une façon ou d'une autre. La primauté de Pierre est le signe que l'Église est catholique, et elle est, en même temps, la garantie de la catholicité de l'Église, c'est-à-dire que tous ceux qui partagent cette foi au Christ, "Fils du Dieu vivant" sont en communion avec Dieu, sont donc en communion les uns avec les autres. Et le signe de cette communion de tous les chrétiens répandus à travers le temps, répandus à travers l'histoire, répandus à travers l'espace, c'est la personne même de Pierre, dans le fait qu'il siège à Rome, qu'il siège dans cette ville qui, à son époque, était la capitale, non pas du monde chrétien comme aujourd'hui, mais du monde païen. Et si Pierre a siégé, s'il a exercé sa fonction épiscopale, et s'il a scellé cette mission et cette foi dans le martyre, à l'image même du Christ, c'est parce que désormais, cette mission est destinée aux païens. Cette mission de Pierre, prince, pontife, docteur de l'Église parmi ses frères évêques, c'est de rassembler, c'est de lier les hommes entre eux par la foi, pour qu'ils soient liés dans le ciel dans la confession et dans la communion avec Dieu.

C'est cela profondément le sens de la fête de ce jour, de cette primauté de l'apôtre qui n'est pas une position supérieure ou autoritariste par rapport à ses frères dans l'épiscopat, mais qui est le fait que, au centre même de la confession de foi, au centre même du monde païen, Pierre assure la cohésion de la foi de tous ceux qui ont reçu le ministère épiscopal et de tous ceux qui, par ce ministère, sont entrés par la vie sacramentelle dans la confession au Christ Fils du Dieu vivant.

Le Cardinal Journet aimait à dire que l'Église était une nébuleuse. Une nébuleuse, ce n'est pas forcément quelque chose de nuageux. Une nébuleuse, c'est un ensemble d'étoiles répandues dans le ciel, qui forment une grande traînée lumineuse et qui ont entre elles une force d'attraction. On pourrait dire que l'apôtre Pierre, et le collège, épiscopal autour de lui, forment le noyau de cette nébuleuse et que toutes les étoiles représentent chaque chrétien qui vivent dans la mouvance, dans le mouvement de cette confession de la foi, et qui sont donc illuminés de cette même lumière, qui sont entrés, au milieu de la nuit du monde, dans ce mouvement de la Résurrection du Christ. C'est une nébuleuse aussi parce que, si nous voyons (parce que c'est l'endroit le plus lumineux, le plus visible, le plus attirant) le cœur même de cette constellation, il y a aussi beaucoup d'autres hommes, femmes, beaucoup d'autres personnes qui sont encore plus ou moins éloignées du cœur même de cette nébuleuse, de son centre le plus vivant, le plus fort, le plus dense. Et tout homme est appelé à être, petit à petit, concentré vers cette foi du Christ qui repose, de façon infaillible, dans celle de Pierre et dans celle de ceux qui, avec lui, sont en unité. Chaque homme est ainsi appelé à être lié, au cœur même de cette nébuleuse, au cœur même de la foi de Pierre, pour qu'il puisse ainsi entrer dans ce mystère du Royaume nouveau pour qu'il puisse, comme Pierre, entrer dans cette connaissance du Fils, cette connaissance du Christ, du Sauveur, non pas d'abord à partir de ce qu'ils en pensent ou de ce qu'ils en réfléchissent, mais à partir de ce que Dieu leur en donne, c'est-à-dire du bonheur de croire et d'adhérer à cette personne de Jésus Fils du Dieu vivant.

Nous prierons pour que la primauté de Pierre soit aujourd'hui vraiment le garant de l'unité de l'Église et la source lumineuse de sa charité. Garant de l'unité de l'Église parce que nous, nous savons que nous sommes en communion véritable et étroite avec les chrétiens d'Honolulu ou de Samoa, non pas parce que nous les connaissons, non pas parce que nous connaissons leur évêque, ce n'est pas absolument nécessaire, mais parce que ces chrétiens, par leur évêque, connaissent Pierre, sont en communion avec Pierre, avec l'évêque de Rome. C'est ainsi que par lui, après s'être concentrée en lui que passe, de façon rayonnante, cette unité de l'Église, cette charité de l'Église. C'est cela l'unité de l'Église. Elle n'a pas besoin d'être visible. On n'a pas besoin de se rencontrer, de discuter, de réfléchir à ce que veut dire cette Église. Nous la vivons dans la mesure où nous sommes en communion, par notre évêque, successeur des apôtres, avec le primat des apôtres qui est aujourd'hui l'évêque de Rome. Et c'est de là que doit venir ce bonheur, parce que c'est par cette foi apostolique que nous est aujourd'hui transmise cette révélation qui vient du Père, cette révélation que Dieu nous aime, que Dieu nous sauve. Et cela nous ne l'avons pas inventé, "cela n'est pas monté de notre cœur ni de notre esprit", "cela ne vient pas de la chair et du sang", mais cela vient du Père, cela a été donné au Fils et le Fils s'est fait reconnaître comme tel aux apôtres qui l'ont confessé comme Fils du Dieu vivant.

Que l'apôtre Pierre intercède aujourd'hui pour son Église, pour tous ceux qui croient à cause de sa parole, pour tous ceux qui sont fondés dans sa foi, comme bâtis sur la pierre, elle-même fondée, scellée sur le Christ qui est terre des vivants. Que l'apôtre Pierre intercède pour nous, pour que cette Église d'aujourd'hui qui est la sienne, soit vraiment fondée dans la charité qui vient de Dieu, soit vraiment missionnaire dans cette unité qui vient de Dieu et, par-dessus tout, qu'elle soit heureuse de sa foi.

 

AMEN

 
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