AU FIL DES HOMELIES

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LA CHAIRE DE SAINT PIERRE

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 1982)
Homélie du Frère Michel MORIN

Chenois : église Saint Pierre
Statue polychrome du XVIème siècle 

I

l n'y a pas de corps sans esprit, autrement ce n'est qu'un cadavre. Il n'y a pas d'institution sans vie, autrement ce n'est qu'une structure vide et inutile. L'église de pierres dans laquelle nous sommes est une structure, c'est une apparence visible, mais le plus important, c'est ce qu'elle abrite, c'est-à-dire nous-mêmes, l'Église de pierres vivantes. Cette église de pierres vivantes que nous sommes, pour vivre, exprimer et manifester sa foi, a besoin de l'église de pierres, de l'église construite avec des mains humaines, afin qu'elle même puisse vivre, façonnée par les mains de Dieu.

        La hiérarchie de l'Église, c'est cette structure, cette institution donnée par le Christ lui-même, pour que l'Église puisse vivre, c'est-à-dire, recevoir la grâce de Dieu, en vivre, la partager et la manifester. La hiérarchie de l'Église n'est pas quelque chose qui pourrait passer, dont l'Église pourrait juger un jour que ce n'est plus nécessaire. C'est une réalité permanente, et vouloir la détruire ou l'amoindrir c'est atteindre directement à la vie même de l'Église, c'est-à-dire à l'œuvre de l'Esprit. Il n'y a pas d'Église sans hiérarchie, parce qu'il n'y a pas de vie sans corps. Et cette Église, elle est construite, elle a été constituée par le Christ à la manière d'un corps, c'est-à-dire elle a une tête et des membres. Les membres de l'Église, les membres structurels de l'Église c'est le corps épiscopal, c'est l'ensemble des évêques, chaque évêque succédant à l'ensemble des apôtres. Et ce corps visible a une tête qui est l'apôtre Pierre et son successeur l'évêque de Rome aujourd'hui.

        Le rôle, la tâche, la signification de l'évêque dans l'Église est manifesté, rendu visible par la chaire, par la cathèdre par le siège qu'il occupe dans sa cathédrale. Trop souvent, dans nos églises cathédrales, le siège de l'évêque n'est pas mis en valeur, et trop souvent aussi, n'importe qui s'asseoit dessus, ce qui est une erreur contre la visibilité de l'Église. Le siège de l'évêque est pour l'évêque et pour nul autre, même pas un prêtre si brillant soit-il. Ce siège de l'évêque qui est un signe visible dont nous avons besoin manifeste trois choses : c'est que l'évêque doit d'abord enseigner, c'est-à-dire proclamer l'évangile, c'est sa première tâche. La seconde, c'est qu'il doit sanctifier l'Église, c'est-à-dire célébrer l'eucharistie et présider la vie sacramentelle de son Église, sacrements qui donnent aux membres de l'Église la grâce et la vie du Christ. Enfin, de sa cathèdre, l'évêque doit gouverner l'Église, c'est-à-dire, avec l'autorité que lui a donnée le Christ, il doit faire en sorte que l'Église qui lui est confiée grandisse, se développe, vive de la vie du Christ, dans le monde d'aujourd'hui.

       Cela est vrai de tous les évêques, mais cela a une réalité plus forte plus prégnante pour la tête du corps épiscopal qui est l'évêque de Rome, le successeur de l'apôtre Pierre. Dès les débuts de la tradition de l'Église, même encore au temps de la révélation, cette Église de Rome et son chef a une place très particulière dans la foi et dans l'amour des chrétiens. Par exemple, dans l'Apocalypse, tout le drame de l'Église, au milieu du monde et du temps, est situé à Rome, Rome la ville aux sept collines, Rome signe et symbole de Babylone, c'est-à-dire du mal qui se déchaîne contre l'Église, mais qui est aussi le signe de l'Église dans sa victoire, le signe de l'Église qui marche vers le Royaume des cieux.

       L'évêque de Rome, saint Clément, deuxième successeur de Pierre a aussi manifesté cette place particulière de l'Evêque de Rome dans l'Église. Alors qu'il y avait de graves incidents à Corinthe, l'Église de Corinthe s'est adressée à l'évêque de Rome pour régler cet incident. Elle aurait pu s'adresser à l'apôtre Jean, qui vivait encore à Ephèse. Ce n'est pas à Jean, le disciple bien aimé témoin de la résurrection que l'église de Corinthe s'est adressée, mais à l'évêque de Rome, le pape saint Clément.

       De même, saint Ignace d'Antioche, alors qu'il marchait vers Rome pour y subir le martyre, confie à l'évêque de Rome, dans sa lettre aux Romains, l'avenir de son église d'Antioche, une fois que lui-même sera mort. C'est donc que, pour lui, l'évêque de Rome avait la sollicitude de son église après la disparition de son évêque, comme pour les chrétiens de Corinthe l'évêque de Rome avait la sollicitude pour la défaillance momentanée de l'évêque de Corinthe qui n'arrivait pas à gouverner dans la paix et dans la foi, dans l'unité son Église.

       Saint Irénée, évêque de Lyon rappelle à ses chrétiens que l'unité profonde avec l'évêque de Rome est capitale pour l'Église. Et c'est sous son épiscopat que la date de la fête de Pâques a été définitivement fixée, par le pape Victor, alors que, un petit peu partout, on se disputait pour savoir à quelle date elle serait fixée.

        Saint Cyprien, évêque de Carthage, alors qu'il y avait dissension dans l'Église pour savoir s'il fallait redonner le baptême à ceux qui avaient été renégats, à ceux qui avaient abandonné la foi dans les persécutions, prend avis de l'évêque de Rome, Etienne qui jugera non nécessaire de rebaptiser les renégats. Et l'Église adoptera cette attitude.

        Et nous pourrions continuer jusqu'à maintenant. C'est dire donc que l'évêque de Rome a une signification extrêmement importante dans la foi. Il manifeste la solidité de la foi et l'universalité de l'Église. Le cardinal Journet dit que "l'Église de Rome c'est le nom d'humilité de l'Église universelle, parce que cette Église universelle, répandue dans le monde entier a quand même son signe d'unité, de foi et de solidité dans l'Evêque de Rome et cela malgré l'état de pécheur de l'évêque de Rome comme tout homme".

       Au cours de cette eucharistie, nous prierons pour que, dans notre cœur, nous puissions accepter dans la foi, dans la lucidité, cette hiérarchie de l'Église comme un don de Dieu pour son Église, afin qu'elle vive. Et nous prierons aussi le Seigneur pour tous ceux qui composent cette hiérarchie et spécialement le premier d'entre eux, l'évêque de Rome, afin qu'il soit fidèle à la foi qu'il a reçue, cette foi de Pierre, afin qu'il soit solide, afin qu'il soit vraiment le roc sur lequel, aujourd'hui, se bâtit l'Église, et pour qu'il soit témoin pour son Église de Rome et pour l'Église universelle, de l'humilité de Dieu présent en nous, cette humilité qui nous fait grandir. Cette humilité qui nous conduit vers le Royaume où la réalité de l'Église sera tout entière manifestée dans l'unité du corps, dans l'unité de tous ceux qui cherchent Dieu, dans l'unité de tous ceux qui vivent de la foi de l'Église aujourd'hui, manifestée de façon visible dans sa hiérarchie et dans le premier évêque de cette hiérarchie qui est celui de Rome successeur de Pierre, puisque aujourd'hui encore, il occupe la chaire de Pierre.

      

       AMEN


 

 

 
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