AU FIL DES HOMELIES

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LA CHAIRE DE SAINT PIERRE

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 1986)
Samedi de la première semaine de carême
Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

'est à Césarée de Philippes que cette scène se déroule. Or, à l'horizon du regard du Christ, il y avait un sommet rocailleux, une sorte de montagne rocheuse sur laquelle était construit un temple à Jupiter. Cette montagne dominait une vallée au creux de laquelle se trouvait une caverne où l'on avait installé un sanctuaire au dieu Pan. Et, dans cette même région, au pied de cette montagne, de ce sanc­tuaire, jaillissent les eaux du Jourdain. C'est le paysage qu'avait le Christ lorsqu'Il dit à Pierre : "Tu es Pierre, sur cette pierre je bâtirai l'Église, un temple, et les forces du Mal ne pourront rien contre elle !" Et nous savons que Jupiter et Pan ne sont pas simplement des divinités anciennes mais les deux grandes tentations mortelles de l'homme de toujours : la tentation de l'Etat, du culte à l'Etat, la tentation de la nature, du culte à la nature.

Dans l'antiquité romaine, cette Rome antique, solennelle et néanmoins païenne quoique religieuse, peut-être plus que nous, il y avait un culte funéraire que l'on célébrait une fois par an, un petit peu comme aujourd'hui on va porter des fleurs sur des tombes. Ce culte se célébrait dans les cimetières. Quand vous irez à Rome, vous irez visiter le cimetière majeur de la Via Nomentana et vous verrez des sièges taillés dans le tuf au-dessus des loges où les défunts avaient été enterrés. Et le huitième jour des calendes de mars, les romains venaient déposer sur ces sièges de la nourri­ture que les défunts devaient consommer la nuit. Or ce huitième jour des Calendes de mars c'est le 22 fé­vrier, le même jour où les chrétiens célébraient un siège, la chaire de saint Pierre.

Si je rappelle ces quelques éléments c'est pour que nous puissions un peu mieux comprendre quel est le sens de la fête de ce jour. A Pierre a été confiée la foi de l'Église. A Pierre a été confié de prolonger, dans le temps et l'espace, l'œuvre du salut. Pierre nous a été donné comme un Roc sur lequel le Christ cons­truit l'Église, l'Église du Dieu vivant. Et saint Augus­tin disait, au moment où cette fête commençait à être célébrée le 22 février que "c'est à bon droit que les Églises célèbrent la naissance du siège de l'apôtre, siège qu'il a occupé pour le salut de l'Église." Qu'est-ce que cela veut dire ?

Pierre est témoin d'un visage. Pierre est té­moin de l'incarnation du Fils dans la chair. Pierre est témoin de la réconciliation, de la victoire de Dieu, de la victoire de la vie sur tout mal. Et Pierre n'est pas seulement témoin de cela, il est chargé de l'annoncer. Pierre est chargé de guider l'humanité vers ce salut, de l'enseigner aux hommes et de le célébrer dans les mystères de la foi.

Quel est le péché fondamental de l'homme ? C'est l'idolâtrie. C'est pour cela que je rappelais tout à l'heure ces deux lieux de culte, l'un à Jupiter et l'autre à Pan, parce que dans ces cultes-là, (encore présents aujourd'hui même si nous ne construisons pas de tem­ples), est inscrit notre péché. C'est à cause de ces cultes idolâtriques que le Christ est venu nous mon­trer le visage du vrai Dieu et de l'homme véritable. C'est pour que nous puissions, non pas nous idolâtrer nous-mêmes, c'est cela le péché d'Adam, le péché d'orgueil, c'est le péché de Satan, mais pour que nous puissions regarder et contempler Dieu avec un visage. C'est pour que nous puissions comprendre que le vé­ritable culte qui, non seulement rend hommage à Dieu mais aussi à l'homme, c'est de nous tourner vers l'au­teur de tout, vers le Créateur et non pas vers une créature, vers la nature ou l'Etat ou l'humanité.

Et Pierre est là pour nous signifier ce qu'est cette foi que nous avons reçue par son ministère et dont il est aujourd'hui encore le garant. Si notre foi est trop individualiste, elle succombera aux tentations du naturalisme. Si notre foi n'est que collective, elle suc­combera aux tentations de l'étatisme. C'est pour cela que notre foi est apostolique non pas parce que nous faisons de l'apostolat, pour cela nous sommes des serviteurs inutiles, mais parce que notre foi est fondée sur l'apôtre et sur le collège des apôtres. Et c'est uni­quement dans leur foi à eux que nous pouvons connaître le salut c'est-à-dire l'unification de notre être et de tout nous-mêmes avec Dieu. C'est l'antidote, le remède de toutes nos divisions, de toutes nos sépara­tions, c'est-à-dire de tous les cultes que nous rendons aux idoles, c'est-à-dire notre panthéisme profond, ce panthéisme qui habite chacun de nous et que nous cultivons lorsque nous érigeons un élément de notre vie de façon absolue, que ce soit la guerre ou la beauté, l'esthétique ou l'amour, l'argent ou le pouvoir.

Demandons à l'apôtre Pierre d'être vraiment le siège, c'est-à-dire ce symbole où nous n'allons pas porter une nourriture à un mort, à quelqu'un qui ne serait pas vivant, et invisible, nous traiterions à ce moment-là la religion de culte funéraire, mais où nous allons vers le siège de Pierre pour prendre de son en­seignement et de son témoignage, la nourriture de la foi : sa parole qui est écho direct de la Parole de Dieu, du Christ, son enseignement qui est le seul sûr, car il a reçu la charge de "confirmer" ses frères dans la foi, et la source des sacrements qu'il a célébrés en premier, avec son Seigneur, dans la communion des autres apôtres. "Notre victoire", dit saint Jean, "c'est la foi", c'est notre victoire sur le monde. Or le monde c'est justement l'idolâtrie.

Que notre cœur s'ouvre davantage à la prière incessante et si intense de Pierre pour cette Église que nous sommes aujourd'hui, qui est toujours son Église, celle pour laquelle il a quitté sa maison pour aller vers le martyre, celle pour laquelle il a donné sa vie, conduit par le Christ, vrai Dieu et vrai homme.

 

AMEN

 

 

 
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