AU FIL DES HOMELIES

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TÉMOIGNAGE PERSONNALISÉ

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Mussy-sur-Seine : Saint Pierre

 

F

rères et sœurs, la fête d'aujourd'hui et l'évangile qui la couronne nous ramènent à une question essentielle de notre foi, c'est la question de la vérité. Aujourd'hui, la question de la vérité dans notre société moderne n'a pas toujours bonne presse. On se contente du sens, de la pluralité des opinions, de la convergence ou de l'accord entre les membres d'une société, mais on n'ose plus trop poser la question de la vérité, peut-être parce qu'à certains moments ceux qui étaient chargés d'être les témoins de la vérité ont tellement empoisonné la vie des gens que maintenant, on a mis délibérément cette question sur la touche.

Pourtant, la question de la vérité reste l'essentiel dans la vie de tout homme parce qu'elle touche précisément à notre rapport à la réalité : ou c'est vrai ou si ce n'est pas vrai, c'est approximatif, incertain, c'est discutable, et cela peut même être carrément faux. Or, en matière de foi, c'est évidemment là que le problème se pose de la façon la plus délicate. En matière scientifique, quand on veut savoir si quelque chose est vrai ou pas, comme ce sont des réalités de ce monde on peut encore procéder à une opération qui s'appelle la vérification, ce qui fait apparaître le vrai et dans ce cas-là, on arrive en général à se mettre d'accord, mais aller vérifier le dogme de la Trinité ou celui de la divinité de Jésus, c'est une autre paire de manches !

Cela veut dire qu'en matière religieuse, ce qui fait la marque de la vérité, c'est le témoignage. Etre témoin de la vérité, c'est affirmer que l'on est attaché et dépendant de telle ou telle affirmation de foi, si fort et si profondément, que la vérité à laquelle on est attaché peut être même plus importante que sa propre vie. De ce point de vue-là, je crois que Nietzsche a eu une fois un éclair sur la foi chrétienne, quand il a dit : "Je croirai à la vérité de ceux qui sont capables de mourir pour cette vérité". C'est effectivement une phrase qui devrait être au cœur de la foi chrétienne. Par conséquent lorsqu'il s'agit de témoigner et d'authentifier la vérité de la foi, il n'y a pas trente-six méthodes. Le témoignage de la vérité est double. Quand on regarde l'Église, elle est détentrice de la foi. De ce point de vue-là, il faut bien le dire, ce n'est pas le pape, c'est l'Église. Par conséquent, une assemblée n'est jamais aussi croyante qu'au moment où, rassemblée, elle proclame le Credo, ou quand une assemblée d'évêques proclame dans un Concile ou rappelle au peuple chrétien les éléments fondamentaux de la foi, que ce peuple chrétien est ensuite appelé à ratifier et à recevoir au plus intime de sa vie de foi.

Le premier aspect du témoignage qui saute aux yeux c'est le témoignage collectif. L'Église comme telle est celle qui a reçu la foi, qui la proclame, qui la fait naître dans le cœur des catéchumènes, qui la fait grandir dans le cœur de chacun des croyants. Mais si c'était simplement cela, il y aurait une sorte de soupçon possible que la vérité quand elle est dans son témoignage collectif, est simplement la conséquence d'une sorte de mouvement, de tendance de pensée, de sensibilité, de valeurs intellectuelles. Il suffit d'ouvrir n'importe quel journal ou n'importe quel hebdomadaire culturel pour s'apercevoir que nos sociétés actuelles vivent "d'idées collectives" qui ne sont d'ailleurs pas toujours la vérité, mais effectivement, ce qu'on appelle le consensus est souvent tenu pour la vérité à laquelle adhère une société. Donc, dans l'Église cela pourrait être la même chose, il se pourrait que le témoignage de l'Église soit purement et simplement embarqué dans une manière de sentir, de penser, de voir les choses qui serait le résultat de l'air du temps.

Or, vous l'avez remarqué, le témoignage de la foi est toujours un témoignage en "je" : je crois en un seul Dieu. On n'a jamais rédigé de Credo en "nous" croyons, ou "on" croit ! Il y va de la foi elle-même que non seulement elle soit proclamée par toute une Église, mais que chacun à sa place, selon sa responsabilité et selon la grâce qui lui a été donnée, témoigne personnellement de cette foi de l'Église. C'est d'ailleurs pour cela que le témoignage de la foi peut être lié au don de sa vie puisqu'on peut dire "je crois", comme on dit "j'existe". L'acte de foi est ultimement un acte si personnel et si intime qu'il est aussi lié à notre personnalité que le fait d'exister ou de vivre.

Par conséquent, il n'est pas étonnant que lorsque Jésus demande à ses disciples : "Pour vous, qui dites-vous que je suis ?" les disciples rapportent un certain nombre d'opinions qui courent au sujet de Jésus. Pour les uns, c'est Jean-Baptiste, pour d'autres c'est Jérémie ou quelqu'un des prophètes. Mais ce qui fait qu'il y a véritablement acte de foi, c'est qu'un d'entre eux, Pierre, dit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Il y a sur le fond d'un témoignage collectif qui n'est pas faux et approximatif, il y a la réalité d'un témoignage personnel, celui de Pierre. Alors, vous pourriez rétorquer : il n'y a que Pierre qui croit ! Non ! parce que précisément si Pierre est appelé à témoigner personnellement de sa foi, c'est pour nous aider et être au service de ce fait que chacun d'entre nous doit être personnellement témoin de sa foi. La foi de Pierre n'est pas d'abord ce régulateur qui fait qu'on doit croire comme Pierre, c'est généralement la manière dont on essaie de comprendre le rôle de l'infaillibilité pontificale, mais c'est bien plus profond que cela et bien plus essentiel. La foi de Pierre parce qu'elle est personnelle, parce qu'il est responsable devant Dieu de la réalité même de la foi de tous ses frères : "Quand tu seras revenu, affermis tes frères". Parce que la foi de Pierre est personnelle, la foi de chacun d'entre nous doit être personnelle. Ce que Pierre nous demande et ce qu'il nous apprend, c'est que nous ne pouvons pas faire l'économie de la dimension personnelle du témoignage de chacun d'entre nous.

Le rôle de la cathèdre de Pierre, de la chaire de Pierre ce n'est pas de nous reposer sur lui de façon paresseuse. Je crois ce que dit saint Pierre, c'est au contraire ce que saint Pierre dit à chacun : il faut que tu croies aussi personnellement que moi j'ai été chargé par le Christ de confesser personnellement la foi. Ce n'est pas une substitution de foi, ce n'est pas une sorte de garantie pour dire que les autres peuvent penser ce qu'ils veulent, et que cela n'a pas d'importance, mais au contraire le témoignage de Pierre, qui tout en témoignant personnellement de sa foi au Christ Fils du Dieu vivant, demande à chacun d'entre nous de témoigner personnellement de cette foi jusqu'au témoignage de la vie et du sang.

Frères et sœurs, c'est pour cela que cette fête est si profonde, elle nous remet véritablement devant les conditions de proclamation de notre foi, elle nous met de façon incontournable dans la dimension personnelle de la proclamation de la foi et elle nous demande d'être aussi personnellement témoins que l'a été Pierre ce jour-là.

 

 

AMEN

 

 
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