AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST SEULE VÉRITÉ

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN


L

a fête de la chaire, c'est-à-dire de la cathèdre, de l'apôtre Pierre, c'est-à-dire de sa primauté dans l'Église, nous donne de réfléchir sur ce mystère de l'infaillibilité. Je dis bien ce mystère car c'est de là qu'il faut essayer de comprendre ce mot et plus encore son contenu qui fait dire tant de sottises, tant de bêtises à tant de chrétiens et à de nombreux clercs.

Le Pape n'est pas infaillible. Excusez-moi de vous l'annoncer de but en blanc au risque de vous choquer, mais cela peut essayer d'éclaircir votre es­prit. Ou plus exactement, le Pape jouit d'un caractère d'infaillibilité dans le collège épiscopal et à cause de lui. Mais le collège épiscopal n'est pas infaillible tout seul. Il ne jouit de l'infaillibilité que dans l'Église et pour elle. Mais l'Église n'est pas infaillible toute seule. Elle jouit de l'infaillibilité parce qu'elle est l'Église du Christ. Voilà, j'ai tout dit.

L'infaillibilité du pontife romain n'a pas d'au­tre raison, n'a pas d'autre motif que cette parole de Jésus à Pierre : "Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre mon Église !" Pourquoi ? Parce que le Christ est la vérité. Le Christ est la vérité de Dieu et Il est la vérité de l'homme car Il est homme et Dieu. Il n'y a qu'un seul homme que nous pouvons contempler sans jamais cesser de voir la vérité totale de Dieu et de l'homme, c'est Jésus. "Voici l'Homme !" Il n'y en a pas d'autre qui puisse nous aider à connaître la vérité. Et c'est parce que la personne de Jésus est entièrement Dieu et entièrement homme qu'Elle est vérité de Dieu et de l'homme. Et c'est parce que c'est cette qualité qu'Il a laissée à son Église, qu'Il a livrée à son Église à travers sa Pâque, que celle-ci désormais jouit de la vérité.

Il s'agit donc d'un mystère, d'un mystère qui s'appuie sur l'Incarnation du Christ "vrai Dieu et vrai homme", d'un mystère qui se prolonge dans l'Église qui a reçu du Christ et la vérité de Dieu et la vérité de l'homme. Et ces deux vérités, quand elles nous sont proposées par Dieu Lui-même, sont infaillibles. Il n'y a en elles aucune faille. Il n'y a aucune faille de l'homme, de l'humain en Jésus. Il n'y a aucune faille du divin en Jésus. Il est la vérité et c'est cette vérité qu'Il a transmise à son Église. Et je dis bien à son Église, pas au pape ou pas à quelques évêques. A son Église c'est-à-dire à nous-mêmes. Frères et sœurs, nous sommes infaillibles dans la vérité. C'est ce que saint Paul appelait "garder précieusement le dépôt de la foi." Le dépôt de la foi, ce n'est pas la façon dont nous vivons la foi, ce ne sont pas des émotions reli­gieuses, ce ne sont pas nos mérites, nos efforts ou ce que nous faisons de bien. Le dépôt de la foi c'est ce que nous avons reçu dans l'Église par de don du Christ : la vérité de Dieu et de l'homme. C'est cette vérité qui, dans notre cœur, travaille pour nous rendre libres de toute entrave de péché, de toute entrave d'une vision déformée de Dieu ou d'une vision falsi­fiée de l'homme, toutes choses qui seraient en nous des liens d'emprisonnement qui nous empêcheraient de connaître Dieu pour ce qu'Il est et de vivre ou de vouloir vivre pour ce que nous sommes.

Voilà le rocher de l'infaillibilité de l'Église. Elle est l'Église de la vérité de Dieu, l'Église de la vérité de l'homme. Et le collège épiscopal avec Pierre, non pas à sa tête mais en son centre, le collège épis­copal est chargé du ministère de la garantie de cette vérité. Ce n'est pas lui qui est infaillible en tant que tel, mais il a reçu du Christ le ministère, le service de la vérité. C'est pourquoi le premier ministère des évê­ques dans la communion avec Pierre c'est de servir la vérité, la vérité de Dieu, la vérité de l'homme. C'est de servir ce pour quoi nous sommes faits. C'est de servir, dans la lumière des circonstances ou des situations, circonstances et situations parfois difficiles, ténébreu­ses, où il n'est pas facile de voir clair tout de suite, mais c'est de servir cette vérité, c'est de la chercher, c'est de la proposer aux hommes et c'est de la procla­mer envers et contre tout, tout simplement parce que c'est la vérité à laquelle tout homme a droit et qu'au fond de son cœur, même de façon tortueuse, tout homme cherche et tout homme désire.

Voilà le premier ministère de cette infaillibi­lité : c'est de garantir cette vérité qui a été déposée dans l'Église comme le trésor même du Christ, pour que l'Église en vive et pour qu'elle l'annonce. Et puis, au cœur même de ce service de la vérité, il y a le mi­nistère de Pierre, cette primauté. Mais vous voyez bien que l'infaillibilité du pontife romain ne tient pas d'abord à sa propre personne, mais tient d'abord à la personne de l'Église. Il est là comme le dernier garant, l'ultime garant de la vérité que Dieu a livré aux hom­mes. Et c'est pourquoi c'est lui qui, en dernier recours, a ce qu'on appelle un pouvoir de juridiction, pour simplement désigner, jamais de façon isolée, toujours dans la foi de l'Église et dans la proclamation de l'en­seignement épiscopal, de désigner qu'à tel endroit il y a limite ou incompatibilité entre telle théorie, telle approche, telle façon de faire avec la vérité que nous avons reçue de Dieu.

C'est donc un ministère qui tient du mystère du Christ au service de l'épanouissement du mystère de l'homme. C'est ainsi qu'il faut essayer d'y réfléchir, c'est ainsi qu'il faut essayer de le comprendre et de le vivre, et non pas comme l'aspect absolu, autoritariste d'un pouvoir monarchique et non pas comme la façon prégnante ou contraignante d'un Code de Droit civil ou religieux. Non, si tout ceci a pu exister dans l'his­toire, c'est par déviation, c'est par faiblesse. C'est peut-être par une sorte d'opportunisme avec telle ou telle situation politique ou sociale de l'époque. Mais ces déviations ne peuvent, en aucun cas, infirmer cette volonté et cette vérité, ce mystère et le service de cette vérité. Cette infaillibilité du pape, si vous vou­lez, qui est celle de l'Église, je souligne bien nous rappelle donc cette vérité de laquelle nous sommes dépositaires. Si nous-mêmes, nous ne sommes pas chercheurs de vérité, si nous-mêmes nous ne vivons pas la vérité, si nous-mêmes nous proclamons quel­que contre-vérité, si nous-mêmes nous n'aidons pas nos frères à chercher la vérité, nous sommes faillibles c'est-à-dire nous péchons contre l'infaillibilité de l'Église, non pas celle du Pape mais la nôtre, c'est-à-dire ce ministère que nous avons de vivre la vérité et de la proclame à tous les hommes.

Que ces quelques mots nous ramènent dans ce centre du mystère de l'Église qui est ce don de la vé­rité que Dieu fait aux hommes. Il la leur confie, Il leur assure qu'ils auront sa force, sa grâce et sa lumière pour n'en jamais dévier, tout au moins si nous restons fidèles à cette grâce et à cette lumière. Alors deman­dons cette grâce pour celui qui, aujourd'hui, prolonge le ministère de Pierre, pour ceux qui aujourd'hui pro­longent ce ministère de la vérité, du service de la vé­rité dans l'Église et pour nous qui devons aujourd'hui l'incarner dans notre vie, qui devons l'accomplir dans notre vie pour que les hommes ne se trompent pas de vérité et pour que nous puissions, nous aussi, être serviteurs de cette infaillibilité, de cette vérité sans faille qui est le trésor de notre vie, qui est la pierre de notre vie et qui doit être aussi le trésor recherché, aimé, estimé de ceux qui nous entourent afin qu'eux-mêmes connaissent aussi cette liberté profonde que le Christ est venu nous donner : "Je suis la vérité, Je suis le chemin, Je suis la vie. La vérité vous rendra libres." Libres de connaître Dieu et libres d'être homme total avec Dieu, à l'image et à la ressemblance du Christ, vrai Dieu et vrai homme.

 

AMEN

 

 
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