AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI DE PIERRE ET DE L'ÉGLISE

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 1994)
Mardi de la première semaine de carême
Homélie du Frère Michel MORIN

 

O

n pourrait se demander pourquoi, à deux reprises, nous fêtons l'apôtre Pierre. Peut-être qu'après tout une seule fois suffirait, sa fête du 29 juin en lien avec l'apôtre Paul. Et s'il est abso­lument nécessaire que les deux apôtres romains soient fêtés ensemble, l'Église a estimé qu'elle pouvait éga­lement fêter distinctement l'un et l'autre pour leur charisme personnel. La fête du 29 juin célèbre Pierre et Paul comme fondation de l'Église. Pierre est celui qui a la charge de garder la foi, Paul est celui qui a la charge de l'annoncer aux nations, deux charismes, deux ministères distincts peut-être mais qui ne peu­vent jamais être séparés ni opposés, puisque l'un avec l'autre fondent le mystère de l'Église et sa raison apostolique.

Aujourd'hui, en fêtant la chaire de saint Pierre, c'est-à-dire pas son corps mais son charisme d'enseignement, le fait qu'il soit le premier catéchète, le gardien de la foi, nous célébrons cette parole que Jésus a dite à l'apôtre Pierre : "Tu es Pierre, sur cette pierre je bâtirai mon Église et rien ne pourra rien contre elle." Nous célébrons donc ce mystère à la fois personnel et écclésial de celui qui a reçu, dans l'Église et pour elle, ce ministère de la primauté, ce ministère d'être le signe permanent, visible, reconnaissable d'un don que Dieu ne cesse de faire à son Église et qui est cette "assistance" spéciale de l'Esprit pour que l'Église garde, vive et annonce le foi.

Mais le charisme de Pierre, le fait qu'il ait été choisi, lui le pécheur, tout comme saint Paul d'ail­leurs, et c'est heureux que l'Église dans sa foi, soit fondée sur des pécheurs publics ce qui signifie qu'elle est vraiment le don de Dieu et qu'elle ne repose pas sur la force des hommes, ni même sur des qualités personnelles le fait que Jésus ait choisi cet homme, en l'appelant par son nom, cela ne signifie pas unique­ment la valeur historique de Pierre dans le témoignage de la foi qu'il doit rendre, mais cela souligne le mys­tère écclésial de la permanence du rôle de Pierre dans l'Église. Car si Pierre, né en Galilée, est mort, Pierre qui a entendu la parole de Jésus : "Tu es Pierre" vit encore. Et il vit encore dans la personne du successeur de Pierre, l'évêque de Rome. Lorsque nous fêtons la chaire de saint Pierre, si nous le fêtons lui, c'est évi­dent, cette fête ne peut pas s'arrêter simplement à sa personne historique ni même au rôle historique qu'il a joué dans l'Église primitive. Nous célébrons une part du mystère de l'Église auquel Pierre a cru, qu'il a reçu et qu'Il continue de vivre dans son successeur.

Pierre d'aujourd'hui, comme celui d'hier, comme Celui de demain, entend chaque matin cette parole du Christ dite à l'apôtre Pierre et celle-ci en­core : "J'ai prié pour que ta foi ne défaille pas." Ta foi. Jésus n'a pas dit la foi des croyants ou la foi de l'Église. Il a dit "ta foi" parce que la foi de Pierre c'est la foi de l'Église et inversement il ne peut y avoir aucune distance entre les deux. Dans son testament, le pape Paul VI avait écrit : "J'ai gardé ma foi." Et quelques théologiens excités, les mêmes d'ailleurs qui prêchaient pour un subjectivisme de la foi avaient reproché au pape d'écrire "ma foi" en disant qu'il aurait dû écrire la foi de l'Église. Mais ces théologiens, certes éclairés, avaient oublié une chose que tout chrétien sait, c'est que lorsque le pape parle de sa foi, ce n'est pas son sentiment religieux à lui ni sa vie spirituelle dont il s'agit, c'est la foi de l'Église, c'est la foi de Pierre.

Nous sommes de fait souvent tentés, c'est un petit peu l'époque, par une vie de foi, de pratique, de réflexion plutôt individuelle. J'ai mon sentiment reli­gieux, j'ai ma façon de croire, dans ce que dit ou en­seigne l'Église Il y a des choses gui me vont très bien puis d'autres avec lesquelles j'ai beaucoup moins d'ac­cord, donc je fais un petit peu ma propre cuisine, se­lon mes goûts, selon ma santé spirituelle. Ceci n'est pas une attitude qui convient à la fête d'aujourd'hui car la foi se reçoit, elle ne fait que se recevoir. Nous cultivons un don reçu et nous ne le cultivons pas "in­dividuellement", cela ne voudrait rien dire. Nous ne pouvons le cultiver qu'en Église Il y a une seule foi. A chacun de vivre sa vie spirituelle personnelle dans la foi unique de l'Église. Il n'y a pas ma foi ici, ta foi là-bas, leur foi autre part.

Nous prierons pour que cette foi unique de l'Église, nous la recevions toujours comme un don, nous prierons pour remercier Dieu d'avoir été fidèle à la parole de Jésus : "J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas." C'est une chose merveilleuse quand je regarde l'histoire de l'Église de voir tous ces papes qui furent humainement indignes, qui n'ont pas tou­jours gardé les mœurs, qui ont vécu des vies lamenta­bles pour ne pas dire plus. Cela pourrait peut-être se renouveler, en tout cas cela se renouvelle sûrement dans notre vie à chacun. Et cependant il y a une chose, jamais ces hommes-là n'ont failli dans l'an­nonce et la prédication de la foi, parce qu'il y a une assistance de l'Esprit Saint, quel que soit l'homme, si celui-ci, par un certain nombre de jeux d'intérêts, a été placé dans la succession unique, irréversible, indivisi­ble de l'apôtre Pierre.

Nous prierons pour que cette Église c'est-à-dire nous-mêmes ensemble soyons toujours une Église heureuse de cette permanence de la foi, de l'assistance visible de l'Esprit Saint à son Église mal­gré ses péchés, dans son péché lui-même. Et nous prierons pour que le Seigneur garde toujours dans cette Église, de façon la plus intacte possible, le signe visible de cette foi, de cette unité et de cette charité qu'est le successeur de Pierre, l'évêque de Rome.

 

 

AMEN

 

 
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