AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA PRIMAUTÉ EST UN DON

1 P 5, 1-4 ; Mt 16, 13-19
Chaire de St Pierre - (22 février 2002)
Vendredi de la première semaine de carême
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

es textes de l’évangile sont sans équivoque : "Tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise" et Jésus avait déjà donné à Simon Fils de Jean, le surnom de Pierre comme pour préparer cette affirmation et la tradition a reconnu que ce mot de Pierre qui est inventé comme un prénom nouveau, un surnom nouveau, par Jésus-Christ, assimile l’apôtre à Jésus Lui-même, puisque dans la tradition, Dieu dans l’Ancien Testament, est souvent appelé le Rocher, la Pierre fondamentale, et plus encore, l’oracle des prophètes annoncent que Jésus sera la Pierre choisie par Dieu, la Pierre vivante sur laquelle est fondée l’Eglise, cette Pierre que les bâtisseurs, entendez le peuple élu, a rejetée mais que Dieu a choisie. Donc, en l’appelant Pierre, Jésus manifeste à l'apôtre Simon, qu'il est en quelque sorte participant du rôle même de fondement, de fondation qui est celui du Christ. D'autres textes viennent corroborer cette affirmation : "Au cours du dernier repas, Simon-Pierre j'ai prié pour toi pour que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras revenu, affermis tes frères". Et encore, après la résurrection, "Sois le pasteur de mes agneaux, sois le pasteur de mes brebis".

Aucun doute donc, sur la volonté expresse de Jésus, dans le groupe des apôtres, de faire de Pierre le premier, celui qui est au centre du collège apostolique, celui qui est à la suite de Jésus, la pierre, le fondement sur lequel s'édifiera l'Eglise. Ces textes sans équivoque, ne doivent pas nous faire oublier d'autres textes qui vont préciser ce rôle de Pierre, saint Augustin, qu'on ne peut pas soupçonner d'avoir minimisé la primauté de l'évêque de Rome, saint Augustin souligne que Pierre, est celui qui s'élançant sur la mer à la rencontre de Jésus, défaille tout à coup, parce que sous la puissance du vent et de la tempête, il est pris de crainte et de peur, et son regard quitte le visage de Jésus pour voir les flots déchaînés, il s'enfonce dans la mer, et Jésus le prenant par la main, quand Pierre crie au secours, Jésus lui dit : "Pourquoi as-tu douté ?" Saint Augustin manifeste ainsi que ce n'est pas de son propre fond, de son propre chef que Pierre tire cette foi, dont il est le témoin, dont il est le fondement, dont il est le Roc pour l'Eglise, mais cette foi, il ne la tire que de Jésus, de son regard, de sa main tendue vers lui, c'est uniquement le Christ qui donne à Pierre, non pas en vertu de ses mérites, mais en vertu du choix de Jésus, ce rôle d'être le témoin de la foi. Et de la même manière, quand Jésus dit à Pierre : "Sois le pasteur de mon troupeau", Il lui a demandé : "Pierre m'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Il lui a demandé trois fois, en souvenir du triple reniement de Pierre. L'amour de Pierre, car il répond à Jésus :"Pierre, m'aimes-tu ? - Oui Seigneur, tu sais que je t'aime." Cet amour de Pierre, ce n'est pas la conséquence naturelle d'une force intérieure, il a renié le Christ, mais le Christ ressuscité, ressuscite le cœur de Pierre, ressuscite la foi de Pierre, ressuscite l'amour de Pierre au point que Jésus peut lui dire : "M'aimes-tu plus que ceux-ci ?" et Pierre répond : "Oui Seigneur, Tu sais que je t'aime". Le "plus que ceux-ci" ne veut pas dire que les autres aiment Jésus moins que Pierre, mais que Pierre est chargé par Jésus, en vertu de la grâce pure du pardon que Jésus lui donne, la grâce de sa Résurrection, Pierre est chargé d'être le témoin que nous devons toujours aimer le Christ plus que tout autre, non pas parce que les autres aimeraient moins, mais parce qu'aimer en vérité, c'est toujours aimer davantage, aimer plus.

Par conséquent, la primauté de Pierre et de ses successeurs, cette chaire de Pierre à Rome qu'il scellera dans son martyre, n'est pas un privilège, un vertu suréminente que Pierre posséderait en lui, parce qu'il aimait davantage, parce que sa foi était plus solide, mais c'est un don. Nous devons considérer le rôle de Pierre et le rôle de ses successeurs comme un don gratuit du Christ. Tout est don d'ailleurs, tout est grâce pour chacun de nous, non seulement pour Pierre, mais pour tous les autres évêques successeurs des apôtres, pour tous les prêtres, pour tous les fidèles, pour tous les chrétiens, pour tous les disciples, tout est don. Nous n'avons pas à nous réclamer d'un privilège, nous n'avons pas à nous enorgueillir d'une supériorité. Il n'y a aucune supériorité en qui que ce soit, ni dans le pape, ni dans le plus humble des fidèles, il n'y a aucune supériorité, il y a seulement la grâce. Par grâce, Jésus a donné à Pierre et à ses successeurs, un ministère, un rôle, le rôle d'être le premier pour que l'Eglise soit une. Le rôle de Pierre et de ses successeurs c'est d'être témoins, principes, symboles, réalisateurs de l'unité de l'Eglise. Si l'Eglise n'avait pas une tête qui est le Christ, et un vicaire, c'est-à-dire un tenant lieu de cette tête, qui est l'évêque de Rome, l'Eglise bien vite, risquerait comme l'histoire le montre, de se disperser, de se disloquer, et nous savons que la dispersion et la division, c'est l'œuvre de Satan, c'est l'œuvre du démon. Le Christ oppose à ce pouvoir de division et de dispersion, Il oppose sa volonté de rassemblement dans l'unité et Il nous donne en Pierre et ses successeurs, à la fois la garantie et le charisme de cette unité.

Aussi bien, le pape, comme Pierre n'exerce pas cette fonction d'unité tout seul. Ce serait paradoxal. On n'est pas seul l'unité d'une communion, d'une communauté. Cette unité on peut en être le signe, le symbole, le principe, mais elle suppose que tous adhèrent, se rassemblent, dans cette unité. L'unité est communion, et il n'y a communion que si plusieurs réalisent ensemble cette unité. Et c'est pourquoi l'exercice principal de cette fonction d'unité du pape il le réalise en communion avec tous les fidèles et tous les évêques, dans le Concile, qui est l'exercice majeur de l'unité de l'Eglise, sous l'impulsion et la présidence de l'évêque de Rome, tous les évêques du monde, représentant toutes les Églises du monde, toutes les Églises, c'est-à-dire toutes les communautés chrétiennes du monde, c'est-à-dire tous les disciples du monde, c'est-à-dire vous et moi, dans le Concile, se manifeste au maximum l'unité de l'Eglise. Le pape n'est pas tellement principe de cette unité tout seul, qu'en assemblant autour de lui, qu'en liant par une même charité, cette charité sur laquelle Jésus l'a interrogé après sa Résurrection, en liant dans une même charité tous les évêques, toutes les Églises, toutes les communautés, tous les disciples du Christ.

Ce que nous fêtons aujourd'hui c'est ce qu'on appelle l'Eglise universelle, non pas une sorte d'Eglise dispersée dans le monde entier, mais l'Eglise en tant qu'elle est un corps unifié par la charité qui se répand de membre en membre, et cette charité n'est pas simplement une idée, elle est une réalité. C'est dans la mesure où nous vivons dans cette charité qui vient du Cœur du Christ, et qui nous est transmise par ses ministres que sont les prêtres, les évêques, et au centre de ces évêques, celui de Rome, c'est dans la mesure où nous vivons cette charité, où elle est réelle entre nous que se réalise l'unité de l'Eglise. Nous fêtons dons aujourd'hui cette universalité de l'Eglise qui concrètement se réalise toutes les fois que la charité naît dans notre cœur, que la charité se répand entre nous, que la charité se réalise aux dimensions du monde.

Fêtons et prions le Seigneur pour cette unité, qu'elle ne soit pas un vain mot, pour que réellement, nous travaillions dans l'amour à la réalisation de l'unité de l'Eglise sous un seul chef qui est le Christ.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public