AU FIL DES HOMELIES

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MARTYRS DU JAPON

2 S 13, 23-34 ; Mc 4, 1-20
Martyrs du Japon - (6 février 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

es martyrs que nous célébrons sont ceux de la persécution survenue au Japon au milieu du seizième siècle. Ce n'est pas une nouveauté qu'il y ait des martyrs dans l'Église ; il y en a déjà eu beaucoup, il y en aura encore beaucoup plus. Ceci fait partie de l'identité et de l'histoire de l'Église puis­qu'elle se conforme à son Seigneur mort et ressuscité. Il ne faut donc jamais bêtement s'étonner du martyre des chrétiens. Ce sont eux qui portent haut le flam­beau du sens de l'Église et donc du sens de l'histoire, à savoir être sauvé par le mystère de la croix.

Ces martyrs étaient au nombre de 26 et je voudrais simplement souligner ce fait qu'il y avait à la fois des Japonais et des Européens, des Jésuites, des Franciscains, des religieux et des laïcs. Parmi ces laïcs il y avait des catéchistes, comme ceux et celles de cette paroisse, des interprètes, des professeurs si vous voulez, des médecins et même des enfants, comme ceux qui sont ici probablement. "Tous souriaient et plusieurs chantaient". Un peu comme maintenant, tout le monde sourit et plusieurs chantent.

Ces remarques un peu historiques sont un peu intéressantes parce qu'elles correspondent bien, je crois, à la leçon de l'évangile. Il s'agit d'une moisson. Il s'agit d'une moisson par la grâce de Dieu, dans ce qui est le monde et dans ce qui est l'Église, au-delà des races (Japonais ou Européens), au-delà des états (religieux, mariés, laïcs ou prêtres, Jésuites ou Fran­ciscains), au-delà des âges, au-delà des professions, au-delà des occupations. C'est le mystère manifesté dans la chair de ces chrétiens, mystère manifesté de l'universalité de l'Église au-delà de toute frontière humaine, au-delà de toute race, au-delà de toute diffé­rence. C'est donc un grand signe de l'Église et c'est un grand signe de l'Unité de l'Église. Cette unité de l'Église se manifeste ici dans la croix, dans la souf­france, dans ce creuset pascal dans lequel tout homme doit un jour passer pour être non seulement uni à son Seigneur mais uni à ses frères, uni à l'Église dans une seule moisson même si cette union ne se fait pas au même moment où, tous ensemble, au plan chronolo­gique ou circonstanciel.

Et parmi les témoignages de ces martyrs ja­ponais, dans un texte qui nous a été rapporté, nous trouvons ceci : "Antoine était le dernier de la rangée à côté de Louis, les yeux fixés au ciel. Après avoir invoqué les noms de Jésus et de Marie, il entonna le psaume "Enfants du Seigneur, louez le Seigneur ! " qu'il avait appris à Nagasaki, car, à l'école de caté­chèse, dans cette institution chrétienne, en effet on donne aux enfants des psaumes à apprendre par cœur en vue de la catéchèse." Je ne sais pas si cela se fait encore, mais je ne m'arrête pas au par-cœur scolaire un peu bête qui souvent est une connaissance par cœur mais que le cœur ne comprend plus, justement parce que c'est trop dans la mémoire immédiate. Ceci me suggère un rapprochement avec l'évangile, car le psaume que ces enfants ont chanté, c'est celui qui est inscrit en filigrane dans l'évangile de ce jour, l'évan­gile de la moisson où chaque grain va produire.

Souvent, nous autres chrétiens, à la suite de quelques prédicateurs zélés, nous avons interprété cet évangile de façon un peu moralisante. Chacun était invité à se regarder soi-même, ce n'est pas la meil­leure des choses quand il s'agit de l'évangile, pour savoir si dans son cœur, dans sa vie, il y a un peu d'épines, un peu de ronces, un peu de rochers, un peu de terre stérile et chacun était amené à mesurer ce qu'il donnait comme fruits. Ce n'est pas du tout chré­tien cela. Ce n'est pas à nous de mesurer ce que nous donnons car c'est le Christ Lui-même qui donne la mesure, et Lui seul. Mais je crois qu'il faut, comme pour tout texte d'évangile, non pas en faire d'abord une interprétation individualiste, même quand elle nous arrange, ou moralisante pour nous sécuriser, ou nous donner mauvaise conscience ou bonne cons­cience, l'une et l'autre ne valent pas cher d'ailleurs. Il faut en faire une interprétation ecclésiale, il faut abor­der l'évangile dans le mystère de l'Église, dans le mystère de la communauté chrétienne, dans un mys­tère de communion et non d'une façon trop psycholo­gisante ou individualiste.

Ici, ce que Jésus nous donne, c'est un psaume de la fécondité de l'Église. Quoi qu'il arrive, quel que soit le mal qui peut exister, quelle que soit l'œuvre de Satan, quels que soient nos défauts, ils ne sont pas très grands, l'évangile est semé et l'évangile porte du fruit. Dieu seul en est témoin, heureusement d'ail­leurs. Dieu seul en connaît la mesure, heureusement d'ailleurs. Au fond ce à quoi Jésus nous invite et in­vite ses disciples, c'est à avoir des oreilles pour enten­dre. Mais pour entendre ce psaume que l'Église chante parce qu'elle reconnaît qu'en elle-même, elle est la fécondité du Royaume, parce qu'elle reconnaît qu'elle ne vit que de la grâce de Dieu, parce qu'elle reconnaît qu'elle est cette terre, pas parfaite bien sûr mais ce n'est pas son problème immédiat, car son problème est de recevoir cette Parole pour en donner un fruit et un fruit qui demeure. Mais cela c'est le secret de Dieu.

Alors ces enfants qui chantaient "Louez le Seigneur" psaume qu'ils avaient appris par cœur à la catéchèse, il faudrait aussi que nous qui sommes comme ces enfants nous puissions chanter "par cœur" le psaume de la fécondité de l'Église, non pas à tra­vers des formules mais à travers notre vie, il faudrait que, quelles que soient les circonstances de notre vie, dans le bonheur ou dans le malheur, dans les mo­ments de Pâque ou de Vendredi-Saint, comme ces martyrs, nous puissions chanter ensemble le psaume de la fécondité de l'Église. C'est un psaume de remer­ciement, d'action de grâces, d'accueil de la grâce de Dieu. Et c'est la meilleure façon de la rendre féconde. La meilleure façon de rendre féconde la grâce de Dieu, ce n'est pas de gratter sa tête comme les poules grattent le sol pour savoir s'il y a des graines, cela est vraiment individualiste et n'a aucun intérêt. On s'est perdu dans ce genre de choses. Chanter ce psaume de la fécondité de Dieu, c'est que l'Église, ensemble, tout grain qu'il soit, rassemblé, soit heureuse d'être la terre où Dieu fait féconder sa Pâque, d'être la terre où Dieu va moissonner le fruit, d'être la terre où Dieu va en­granger ces grains pour en faire l'eucharistie du monde, pour les rassembler une fois encore, ceux qui donnent 100, ceux qui donnent 30, ceux qui donnent 5%, peu importe, mais que ceux-ci soient encore ras­semblés dans le corps du Christ, qu'ils épousent la Pâque du Christ et sa passion pour en vivre dans sa Résurrection et être ainsi, au milieu de ce monde, à la suite et comme ces martyrs, témoins de la Pâque. Témoins de la fécondité de la grâce, les témoins heu­reux, les témoins chantants, les témoins souriants du don infini de Dieu pour nous-même, non jamais pour nous-mêmes, mais pour le monde à travers nous-mê­mes.

C'est d'ailleurs le sens du très beau psaume que nous chantons si souvent ici aux Laudes, le psaume 64. Je vous en lis simplement les derniers versets : "Tu visites la terre et Tu la fais danser de joie ! Tu multiplies ses richesses. Le fleuve du Sei­gneur voit déborder ses flots. Tu fais germer le fro­ment pour tous les hommes. Voici que Tu prépares la terre. Tu en abreuves les sillons, Tu les aplanis. Sous les flots de tes pluies, Tu fécondes la terre Tu bénis ses semences. Tu couronnes l'année de tes bontés. Sur ton passage, la sève ruisselle. Les pâturages du désert ruissellent, Les collines rayonnent d'allégresse. Les prairies se revêtent de troupeaux Les vallées se dra­pent de froment. Tout chante et crie de joie. "

 

 

AMEN

 

 
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