AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE LA FAIBLESSE

1 S 13, 5-15 ; Mc 4, 35-41
Martyrs du Japon - (6 février 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

E

ntre ces premiers siècles de l'Histoire de l'Église, entre l'action de ces grands malfai­teurs, tel Dioclétien, malfaiteurs qui n'ont réussi qu'une chose, à remplir de foules immenses de témoins l'autel du Seigneur qui chantent Alleluia, entre notre vingtième siècle traversé comme jamais peut-être depuis l'histoire de l'humanité par des foules et des foules de martyrs, traversé par d'autres malfai­teurs qui ont aussi rempli le ciel de foules immenses qui chantent Alleluia, il y a cet épisode charnière du seizième, dix-septième qui a aussi rempli de martyrs le monde entier.

C'est un peu curieux qu'à chaque époque charnière, les martyrs sont toujours présents : ils sont là quand l'empire romain se termine, ils sont là quand on a poussé jusqu'au bout une logique d'un monde sans Dieu, ils sont là aussi quand perce l'avènement de la pensée moderne, quand perce aussi une sorte de compréhension plus large de notre univers, de notre humanité, de notre terre. Seizième, dix-septième, ce sont les martyrs en Angleterre, au Canada, et aujourd'hui, au Japon. Ils sont comme des défla­grations un peu partout sur notre terre, comme si des feux s'allumaient un peu partout, et qui correspondent à cette expansion et cette découverte de l'univers. Les martyrs rappelaient que l'univers, si on le découvre dans son expansion, il doit aussi aller au plus profond du don. Les martyrs du Japon sont là quarante après l'évangélisation de saint François-Xavier au milieu du seizième siècle, les martyrs, c'est la fin de ce siècle. Au début tout a très bien fonctionné, les missionnaires se sont préoccupés de caritatif, ils se sont penchés sur les plus faibles, l'éducation des enfants, les vieillards dans les hospices, les lépreux. Tout s'est bien passé, et sans doute que quarante ans après saint François-Xa­vier, il y a déjà une Eglise, parce que ces martyrs ils sont franciscains, jésuites, laïcs, des enfants aussi. Il y a déjà quelque chose qui est en germe, semé et déve­loppé par cette charité au départ. Mais l'empire a peur. On va lancer une cabale contre ces missionnaires. On va les accuser de vouloir mettre en oeuvre un complot espagnol et portugais pour s'emparer du Japon. En 1697 ces martyrs sont crucifiés à Nagasaki, et qua­rante après ce sera l'expulsion définitive de tous les étrangers, avec ces persécution encore plus graves au dix-septième siècle.

Ces martyrs nous plongent dans le paradoxe du plus fort qui craint le plus faible. Partout dans le monde celui qui est fort n'a peur de personne, et le faible n'aura pas peur d'un plus faible encore que lui. Le fort voudra imposer sa loi. Le paradoxe du mar­tyre, c'est de mettre au premier plan des personnes faibles qui n'ont pas peur des personnes plus fortes. Ce sont des Paul Miki qui prêchent sur la croix, ce sont les enfants qui prient le psaume 8 alors qu'ils sont aussi crucifiés et qu'ils sont en route vers le ciel, ce sont ces personnes qui ont reçu une force supplé­mentaire, et à ce moment-là, le colosse qui ne devrait jamais avoir peur des plus faibles se met à trembler en étant saisi d'une immense frayeur devant cette force qui émane des plus faibles. La force qui le fait trem­bler semble appartenir à celui qui n'a que la faiblesse à partager.

Le mystère de notre foi chrétienne, c'est pré­cisément cela, la force des faibles. Cette faiblesse n'est pas abandon, capitulation, mais elle est plus forte que les forts. J'aime bien les dates. Le 6 février 1981 est décédée Marthe Robin. Sa vie pose plus de ques­tions qu'elle n'en résout, parce que c'est quelque chose qui est extrêmement étrange une vie pareille. C'est peut-être aussi le rappel qu'à travers la faiblesse de cette femme il y a une autre force qui agit, c'est le mystère de ces Foyers de Charité qui sont nés curieu­sement de cette chambre, c'est le mystère de toutes ces personnes, et c'est ce qui m'a toujours touché quand j'ai vu des gens qui avaient approché Marthe Robin. Quand je leur demandais ce qui les avaient le plus touché chez elle, ils ne m'ont pas dit qu'elle ne mangeait pas depuis 70 ans, et qu'elle vivait la Pas­sion tous les vendredis, mais ils m'ont dit à chaque fois que ce qui les avaient étonnés c'est qu'elle se rap­pelait les avoir vus quatre ou cinq ans auparavant et se souvenait de la conversation. Voilà le mystère de cette faiblesse, de cette attention, de cette charité, c'est peut-être là que Marthe est la plus grande, en gardant ces choses dans son cœur et qui avait cette attention particulière au-delà de tout l'aspect miraculeux et merveilleux de sa vie.

 

 

AMEN

 

 
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