AU FIL DES HOMELIES

Photos

LES GESTES BIBLIQUES DE LOURDES

Ap 11, 19 - Ap 12,10; Lc 1, 26-31
ND de Lourdes - (11 février 1982)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Marie, Buisson ardent … image de l'Église 

 

C

e qui est frappant lorsqu'on relit les récits des apparitions de Lourdes, c'est la rupture et la nouveauté qu'ils représentent par rapport au contexte religieux ambiant de ce dix-neuvième siècle.

  En effet, toute la piété du dix-neuvième siècle est une piété romantique, dans laquelle on se réjouit davantage dans la religion du fait qu'on n'y comprend rien que du fait d'y comprendre quelque chose. Tout le début du dix-neuvième siècle est marqué par cet ouvrage de Chateaubriand, le Génie du christianisme, qui vante dans le christianisme, son caractère impénétrable et incompréhensible. Le latin est d'autant mieux qu'on n'y comprend rien. Les signes et les mystères sont d'autant plus extraordinaires qu'ils sont confus, difficiles à connaître et à déchiffrer. 

Or, ce qui est saisissant, dans les apparitions de Lourdes, et dans le langage qui a été adressé non seulement à Bernadette, mais à travers elle, à toute l'Église, c'est cette redécouverte de la transparence du langage de l'Église, enraciné dans sa plus grande profondeur qui est celle du langage biblique. Il n'y a pas une apparition de la vierge Marie à Bernadette qui ne fasse, de près ou de loin, une référence à un des éléments de la révélation biblique. 

Souvenez-vous. Lorsque Bernadette est en train de se déchausser, comme Moïse se déchaussait pour entrer dans la présence du buisson ardent, elle qui va franchir le gué du torrent, les eaux du Gave qui sont le symbole de cette eau qui, à la fois peut noyer, peut détruire et qui est infranchissable, qui est le symbole de la mort, à ce moment-là, elle entend un souffle mystérieux, un souffle qui ne fait presque pas bouger les arbres d'alentour, sinon dans une cavité, dans une grotte, dans la fente du Rocher. 

Ce souffle, c'est le souffle de l'Esprit qui va s'emparer de l'Église et la renouveler de l'intérieur. Et la fente du rocher, c'est évidemment celle dont il était question dans le livre de l'Exode, lorsque Dieu disait à Moïse : "Tu ne pourras pas voir ma Face sans mourir, mais je te cacherai dans la fente du rocher. " C'est dans la contemplation de la fente du rocher, rocher où vont encore des foules que, maintenant, comme Moise, nous pouvons, à travers la présence de la vierge Marie, signe de l'Epouse, signe de l'Église, rechercher ce visage de Dieu comme Moïse recherchait à contempler la face de Dieu. 

Souvenez-vous, ce jour où Bernadette, tenant dans sa main un cierge, a vu sa main s'approcher de la flamme et n'a rien senti. Cela aussi c'était le signe du buisson ardent. La flamme, la présence de Dieu au milieu de son peuple, comme la flamme était présente dans le buisson sans le consumer. C'était le mystère de l'Église qui était ainsi révélé. Bernadette n'avait pas la main brûlée par la flamme, car elle était, à ce moment-là l'image de l'Église, habitée par la présence brûlante de Dieu, mais humanité préservée par cette flamme même qui, normalement devrait nous consumer à cause de nos péchés, mais qui, en réalité, nous fait revivre, nous fait nous tenir debout dans la présence de Dieu. 

Souvenez-vous encore, ce moment où Bernadette a creusé au pied du rocher, a pris la boue et s'en est enduit le visage, comme l'aveugle-né a eu son visage enduit de la boue que le Christ avait faite avec sa salive, signe que, désormais, le peuple était appelé à voir Dieu face à face. Et en même temps qu'elle s'enduisait le visage avec cette boue, commençait à sourdre une source qui est la fontaine de Siloë, la fontaine de l'Envoyé, l'endroit où tous les hommes viendront, aveuglés par leurs péchés, détruits par leur souffrance, pour se laver le visage, pour se laver le corps et pour être ainsi guéris et sauvés, sinon dans leur corps, du moins toujours dans leur cœur et dans leur espérance. 

Souvenez-vous encore, le signe que Marie donne, c'est-à-dire de venir ici en procession et de bâtir une église. C'est le signe du Temple, le signe de la présence de Dieu, présent au milieu de son peuple, de Dieu qui veut être Lui-même la demeure des hommes pour que les hommes soient sa demeure. Et toute l'Église n'est rien d'autre que cette immense procession qui s'avance sans cesse vers le Temple de Dieu, dans le secret de son cœur pour y découvrir le secret de sa tendresse et de sa miséricorde. 

Et ce signe qui continue sans cesse, le signe des guérisons dans la chair. Certes, elles ne sont pas aussi nombreuses qu'on veut bien le dire, mais elles sont là pour attester le sens même de notre foi. Nous croyons que Dieu est venu nous ressusciter dans notre chair, que Dieu a pris chair au milieu de son peuple. Et c'est pourquoi Lourdes est aussi le lieu de l'espérance de toute chair blessée et détruite au plus intime d'elle-même par le péché, par la souffrance. Et Lourdes est ainsi le rappel de ce sens profond de la Résurrection qui n'est pas une sorte de pure immortalité spirituelle, mais qui est en même temps, le fait que Dieu vient régénérer tout l'homme, l'homme en son entier, dans son cœur, dans son esprit et dans sa chair. 

Et enfin, ce message central de Lourdes précisant que c'est Marie elle-même qui apparaît, non pas pour se mettre en vedette, non pas pour s'imposer, mais simplement parce qu'elle est l'Église, parce qu'elle est la mère de l'Église, parce qu'elle est la première des croyants. Et dès les premières apparitions s'est formé un concours, un rassemblement, une convocation de peuples qui venaient pour être témoins. Sans s'en rendre compte, en réalité, c'était l'Église qui, petit à petit, se reconstituait, se rassemblait, retrouvait sa nature profonde d'Église, c'est-à-dire de convocation autour de Dieu, la vierge Marie étant celle qui, simplement, était la première présente. Et les autres, tous ceux qui se rassemblaient avec Bernadette, en sa présence mystérieuse, étaient là pour manifester que l'Église était le peuple rassemblé par Dieu. 

Oui, si les évènements de Lourdes ont eu un tel retentissement à travers l'histoire du dix-neuvième siècle et aujourd'hui encore à travers toute notre histoire de l'Église, si l'on peut dire que Lourdes est le point de re-départ d'une prise de conscience du mystère de l'Église, c'est précisément parce que, à travers un langage très simple, à travers des signes en apparence sans importance, en réalité, c'était tout le renouveau, toute la richesse du langage de la révélation qui était, pour ainsi dire, remis dans le cœur des chrétiens. Puissions-nous, nous-mêmes, avec Marie, découvrir cette profondeur et cette beauté du signe de l'Église, l'Église rassemblée dans la présence de son Seigneur, l'Église convoquée pour contempler le Seigneur brûlant au milieu de son peuple, dans le souffle de l'Esprit, et rénovée par l'eau de son baptême. 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public