AU FIL DES HOMELIES

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L'ÈVE NOUVELLE

Ap 11, 19 - Ap 12,10; Lc 1, 26-31
ND de Lourdes - (11 février 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

L

 

es plus grands titres de la vierge Marie dans la théologie catholique c'est qu'elle est d'abord la mère de Dieu, comme vient de le rappeler ce texte de Saint Luc et ensuite qu'elle est figure de l'Église et les Pères du concile Vatican II ne se sont pas trompés lorsqu'ils ont inclus le texte concernant la vierge Marie à la fin du texte de la constitution sur l'Église.

Marie est figure de l'Église et je voudrais développer quatre faces de cette figure de l'Église d'aujourd'hui qu'est la vierge Marie et cela à travers ce lieu de pèlerinage que vous connaissez tous, Lourdes.

La vierge Marie est figure de l'Église parce qu'elle est l'Eve nouvelle. Elle a révélé à Bernadette ce mystère, déjà connu et cru par l'Église, de son Immaculée Conception, celle qui n'a pas connu le péché, depuis la première origine de son existence humaine, celle qui est donc cette Eve nouvelle, née avant le péché, "plus jeune que le péché" comme dira Bernanos, cette Eve nouvelle qui est le signe que, désormais le monde est entré dans l'ère du pardon, que la porte de la réconciliation, de l'amitié totale avec Dieu est désormais pleinement ouverte. La vierge Marie est cette Eve nouvelle qui figure l'Église que nous sommes car c'est dans l'Église, aujourd'hui, que nous sont données, avec le pardon, les richesses insondables de la grâce de Dieu, manifestées dans l'œuvre du salut et accomplies, de façon définitive et éminente dans le sacrifice du Christ. Et à Lourdes, la vierge Marie a demandé à Bernadette de gratter la terre, cette terre dont nous sommes façonnés, cette terre qui est aussi marquée par notre péché. Et de cette terre, signe de mort, signe de décrépitude, a jailli à Lourdes l'eau vive, cette eau qui est le signe et le symbole de la réalité baptismale qui a été donnée par le Christ à l'Église lorsque, sur la croix, Il a manifesté sa victoire sur tout mal et sur toute mort. L'Église est cette Eve nouvelle donnée au monde afin que le monde puisse, en elle, retrouver la vie parfaite, retrouver la grâce de Dieu, retrouver la sanctification.

Eve nouvelle, figure de l'Église, la vierge Marie est aussi mère des croyants. Elle est mère de Dieu, mère du Christ. Elle a engendré dans notre chair humaine Celui qui est engendré depuis toujours dans la divinité du Père. Elle a donné Dieu à l'homme, non pas comme une idée, non pas comme un rêve ou un mythe, mais elle a donné Dieu à l'homme comme un homme. La Vierge est mère du Christ, mère du nouvel Adam, et elle est mère de tous les croyants, c'est-à-dire de chacun d'entre nous parce que nous sommes, dans la grâce du baptême, frères du Christ. Dans la grâce du Christ, nous avons retrouvé cette filiation perdue avec Dieu, et cela dans la grâce de la maternité divine de la vierge Marie. Et nous savons qu'à Lourdes l'Église est cette mère qui rassemble autour d'elle la multitude des croyants. Le peuple de Dieu, dans notre Occident, trouve à Lourdes une de ses visibilités les plus profondes, les plus belles et les plus bouleversantes. L'Église nous apparaît vraiment comme celle qui rassemble en son sein maternel, pour leur donner la vie nouvelle, tous ces enfants de Dieu dispersés par le péché, et surtout parfois affamés, blessés dans leur propre chair. A Lourdes, l'Église se manifeste comme la mère qui accueille, qui console, qui guérit et qui nourrit dans le don incessant de la grâce du Christ.

Eve nouvelle, mère des croyants, la Vierge Marie est aussi figure de l'Église comme Vierge. La vierge Marie a été protégée de tout péché et, à Lourdes, l'Église retrouve sa virginité perdue à cause de son péché. Ce n'est peut-être pas votre expérience parce que c'est celle propre aux prêtres, mais à chaque fois que je vais à Lourdes, je ne fais en principe qu'une seule chose : je passe toute la journée ou les heures où j'y suis, dans la chapelle de la réconciliation Je fais très peu de processions, mais je reste là, dans le silence et dans le secret de cœur de Dieu, témoin et acteur de cette Église qui retrouve sa virginité dans le pardon de ses péchés. C'est probablement cela le principal miracle de Lourdes, et c'est sûrement cela la plus grande grâce de Lourdes : que l'Église, dans la prière de la vierge Marie, attirée par sa grâce, par sa beauté retrouve le sens, retrouve le goût, retrouve le plaisir de sa virginité. Cette femme pécheresse par adultère par idolâtrie, qui retrouve son Seigneur et qui se reprend d'un amour fou pour Lui. Et là encore, dans le mystère de sa croix où le Christ au côté ouvert, laissant couler l'eau et le sang, manifeste la donation totale qu'Il fait de Lui-même pour l'Église qui est son Épouse et qu'Il veut rendre belle, vierge, sans tache et sans ride.

Figure d'Eve nouvelle, figure de la mère des croyants comme l'Église, Vierge qui est la figure de la virginité retrouvée de l'Église, Marie est aussi la figure de l'Église comme la cité, comme la Jérusalem nouvelle, "celle qui descend du ciel" comme le chante le cantique propre à Lourdes en reprenant les paroles de l'Apocalypse : "Je vis la cité Sainte, Celle qui descendait du ciel parée comme une fiancée pour son Époux." L'Église rassemble dans ses murs illimités et invisibles, les murs de la charité, de l'espérance et de la foi, tous ceux que le Christ appelle, dès cette terre, à faire partie de son édifice, à être pierres vivantes de son Temple, ce temple ou est célébrée la liturgie de l'Agneau Immolé. Et à Lourdes, l'Église prend ce visage de la cité, de celle qui rassemble dans ses murs un peuple en marche, un peuple fait de pécheurs pardonnés, un peuple fait de malades, où déjà dans leurs propres blessures si ce n'est dans leurs regards, est transfigurée la vie éternelle, la guérison et la Pâque du Christ. L'Église est cette cité qui se construit dès aujourd'hui pour être la demeure de Dieu, dans laquelle Dieu vient encore s'incarner pour que les hommes puissent ne faire qu'un seul corps avec le Christ son Fils unique.

En cette fête de Notre Dame de Lourdes, demandons à Marie, Eve nouvelle, mère des croyants, cité nouvelle et vierge, demandons de retrouver ce sens profond de l'Église que nous sommes. Qu'en contemplant les mystères de la vierge Marie, nous puissions retrouver le sens de l'Église que nous sommes pour la contempler telle que Dieu la regarde, telle que Dieu l'aime, telle que Dieu l'appelle. En contemplant la vierge Marie, Dieu voyait l'Église que nous sommes, cette Église pardonnée, cette Église mère, cette Église vierge, cette Église déjà inscrite dans l'éternité de son amour rassemblant tous les hommes pour Lui. Que la vierge Marie nous aide à détourner notre regard de son visage pour trouver, dans ses traits, le visage de l'Église. C'est, je pense, son désir profond, et c'est toujours ainsi qu'elle exauce la prière des croyants.

 

AMEN

 
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