AU FIL DES HOMELIES

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LA GRÂCE DE LOURDES

Ap 11, 19 - Ap 12,10; Lc 1, 26-31
ND de Lourdes - (11 février 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons donc aujourd'hui l'anniversaire de la première apparition de la Vierge Marie à Lourdes. J'espère que vous êtes allé à Lour­des. J'espère que vous avez risqué ce pèlerinage. Je crois que la plus belle prédication sur Lourdes, c'est Lourdes elle-même. C'est sûr qu'il y a un côté un peu puant, il faut le reconnaître, du mauvais goût de cer­tains marchands. Mais il y a quand même deux lieux qui sont préservés, c'est la montagne autour, et puis le sanctuaire. C'est un lieu tout à fait particulier.

Quelle est cette grâce de Lourdes ? Pourquoi Lourdes au dix-neuvième, comme cela, tout d'un coup ? Qu'est-ce qui est dit à Lourdes ? Je crois que toute la spiritualité, le discours de l'Église au dix-neu­vième siècle était enfermé dans une sorte de langue de bois, une spiritualité un peu "guimauve". Lourdes permet de recentrer. Le succès de Lourdes vient de là. Recentrer la religion non pas sur quelque chose qui soit une spiritualité abstraite, déconnectée du réel, une sorte de langue de bois qui fonctionnerait sur elle-même, mais Lourdes permet de recentrer le christia­nisme sur la personne.

Le christianisme n'est absolument pas une re­ligion abstraite, n'est absolument pas une religion du concept. Rien de plus étranger déjà dans la religion juive, mais aussi comme dans la religion chrétienne après.

Lourdes, c'est extrêmement simple, c'est une rencontre personnelle. Il y a une phrase de Bernadette qui me touche beaucoup. On lui demande : "Parlez-nous de cette apparition ?" et elle répond : "Elle s'adressait à moi comme une personne s'adresse à une autre personne". A travers cette rencontre personnelle, se cache l'intérêt principal de Lourdes. Pourquoi tel­lement de personnes sont-elles si bouleversées en allant à Lourdes ? Pourquoi certains font-ils même des retours à la foi ? C'est parce qu'ils s'aperçoivent tout d'un coup que la rencontre avec quelqu'un, c'est le principal, et là, ils ont un espace pour cette ren­contre. Peut-être ne comprennent-ils pas tous les as­pects de l'Église, peut-être y a-t-il des tas de mots qui leur échappent complètement. Peut-être aussi a-t-on fait une religion trop figée ? Et là, ils s'adressent à la Vierge Marie comme à une personne, et à travers elle au Christ comme à une personne, comme à quelqu'un.

Je crois que l'intérêt de Lourdes, c'est aussi cette découverte d'un Dieu personnel, face à travers l'expérience du corps. Nous sommes une religion du corps. C'est peut-être le mot le plus important, le mot corps dans la religion chrétienne. Lourdes, c'est une expérience que l'on fait avec son corps, quand on va boire de l'eau à la fontaine, quand on se plonge dans la piscine, quand on trotte, quand on fait des proces­sions, quand on est sous le soleil ou sous la pluie, quand on est à genoux devant la grotte. C'est notre corps qui participe. Ce que viennent chercher les per­sonnes, c'est cela, c'est un lieu où notre corps va pou­voir jouer, va pouvoir fonctionner, ce n'est pas seule­ment une affaire de l'intellect. Un jeune me disait : "Prier à Lourdes, il me semble que je n'ai pas l'air idiot". Il pouvait librement s'agenouiller, lever les mains, alors que partout ailleurs, il n'aurait jamais osé. Il faudrait peut-être que nos célébrations soient plus ouvertes à cette expression du corps qui est quelque­fois le grand oublié. Lourdes permet cette médiation du corps, et cela a été voulu par la Sainte Vierge : "Vous viendrez faire des processions, vous boirez l'eau, vous viendrez vous laver". C'est elle qui a voulu ce lien particulier du chrétien avec son corps, ces re­trouvailles particulières du chrétien avec son corps.

On le fait aussi dans une sorte de grand bras­sage qui touche beaucoup les jeunes, un grand bras­sage de toutes les nations qui sont sous le ciel. On s'aperçoit tout d'un coup qu'on fait partie d'une huma­nité. Et comme il y a des gens de toutes nations, on s'aperçoit, on contemple, on voit, on regarde l'huma­nité comme un corps aussi qui est composé de plein de membres de toutes les couleurs. Cette expérience du corps se fait à travers un corps plus large, le corps d'une humanité.

Et il y a le signe des malades qui sont venus, je dirais presque spontanément, qui sont toujours là, ce signe du corps blessé, ce signe du corps souffrant, ce corps qui pèse quelquefois dans la maladie, qui pèse même très lourd et qui est présent là, à Lourdes, comme un rappel de notre finitude, de ce service qu'on a aussi à rendre vis-à-vis de ce grand corps im­mense, tout le corps des malades.

Et puis, il y a l'Eucharistie, la procession du saint sacrement au milieu des malades, et je crois que l'Eucharistie s'insère bien dans une assemblée qui a retrouvé la dimension de son corps, une assemblée qui n'est pas fermée sur elle-même, mais qui est ou­verte à des quantités de nations, une assemblée qui n'oublie pas ses frères et sœurs malades.

 

AMEN

 

 

 
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