AU FIL DES HOMELIES

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LOURDES : L'ACCUEIL DE LA DIFFÉRENCE

Ap 11, 19 - Ap 12,10; Lc 1, 26-31
ND de Lourdes - (11 février 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous fêtons aujourd'hui les apparitions de la Vierge Marie à Lourdes. Lourdes m'est tou­jours apparu comme le lieu, le sanctuaire où s'opérait un brassage de populations extraordinaire, un brassage de différences. C'est curieux comment les gens, en montant dans le train abandonnent un certain nombre d'idées et sont tout prêts à faire alliance avec ceux qui sont par là, parce que dans la vie courante, ils ne le feraient pas. D'ailleurs, à l'inverse, c'est un peu triste qu'en descendant du train, la semaine sui­vante, on recommence à vivre comme on était avant !

Il n'empêche que Lourdes, c'est vraiment le brassage qui s'opère, c'est un sanctuaire de l'accueil de la différence. Le premier aspect c'est l'accueil de nos frère malades, mais il n'est pas le seul, et beaucoup font des découvertes dans ce style. Je voudrais pour illustrer cela parler de deux petites histoires qui sont rapportées par Jean Vannier, celui qui, il y a une trentain d'années, a créé l'Arche pour accueillir des personnes handicapées mentales, qui n'avaient plus de place dans les immeubles, ou IMP, ou IMPRO et à qui était promis en fait, l'asile psychiatrique. Donc, il a créé des structures dans lesquelles ces personnes peuvent trouver des lieux où elles vont pouvoir être aimées, une sorte de vie de famille. Ce sont des peti­tes structures extraordinaires où se joue aussi de façon très prophétique, l'accueil de la différence, l'accueil de l'autre, surtout quand il est un grand handicapé men­tal. Il rapporte dans un de ses livres, deux petites his­toires qui sont conjointes.

Dans la première histoire, il est question d'un père de famille, quelqu'un de très bien, qui vient avec son fils qui est très profondément handicapé mental, et Jean Vannier fait remarquer au père qu'il lui res­semble. Le père réagit tout de suite : ah non, il a les yeux de sa mère ! Le père n'a pas pu supporter d'avoir les mêmes yeux que son fils. Même si ce père avait accepté peut-être de façon un peu superficielle, le handicap de son fils, il ne l'avait pas accepté au plus profond. Le fils s'en va et le père n'a pas saisi pour­quoi le fils s'en allait. Peut-être aussi qu'à travers tout le chemin qui va se faire à travers l'Arche de Jean Vannier, peut-être que le père (parce que les parents sont autant accompagnés que les enfants), pourra faire ce chemin qui n'est pas facile, et l'on n'a ni à jeter la pierre à ce père, ni à l'excuser, parce qu'il fallait pas­ser à une autre étape, l'accueil de la différence de son fils. Exemple très douloureux.

Deuxième exemple, dans une autre Arche, un jeune arrive et cherche éventuellement à s'engager parce qu'il avait ce désir d'aider les plus pauvres et les plus handicapés. Il parle en fait, de ses soucis profes­sionnels, et Jean Vannier remarque combien il était triste, combien il était profondément accablé par tous ses soucis. Survient quelqu'un dont Jean Vannier parle souvent, il s'appelle Jean-Claude, c'est un handi­capé adulte, qui a une sorte de joie de vivre un peu naturelle (je l'ai rencontré une fois), une sorte d'élan naturel, une joie naturelle, et il se précipite dans le bureau, il embrasse ce jeune homme tout triste et puis il s'en va. La réaction du jeune est de dire : oh, com­bien c'est triste de voir des personnes dans cet état-là. Ce monsieur normal, en quelque sorte, celui qui avait tout pour lui, souffre d'une manière très forte, de cette barrière psychique qu'il y a entre lui et Jean-Claude qui vivait dans une autre dimension. Il ne saisissait pas combien la vie de Jean-Claude avait aussi un point infini, combien sa vie était aussi passionnante que sa vie, il ne saisissait pas combien Jean-Claude était plus heureux que lui.

Ces deux exemples pour souligner combien Lourdes est important, parce que c'est un lieu qui permet ce type de rencontre. Indépendamment des apparitions, de tout l'environnement, il y a un réel effort qui et fait pour favoriser ce type de rencontres qui brise les barrières qui sont parfois très douloureu­ses, comme celles de ce père avec son fils, ou ces barrières que l'on a établies. C'est peut-être cela la magie de Lourdes, c'est peut-être pour cela que la Vierge Marie a demandé qu'on y établisse une église, que l'on puise s'y laver, se laver de toutes ces barrières qu'on a mis les uns entre les autres. C'est bien que ce soit Marie qui l'ait fait, qui ait eu cette initiative, parce que Marie est vraiment la femme différente, celle qui n'a pas mis de barrières même au monde de la grâce, celle qui n'a pas mis de barrières dans toute sa vie, celle qui a suivi son Fils jusqu'au bout.

 

 

AMEN

 

 
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