AU FIL DES HOMELIES

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L’INTERCESSION

Ap 11, 19 - Ap 12,10; Lc 1, 26-31
ND de Lourdes - (11 février 2006)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

O

n ne peut pas nier qu’à Lourdes, à travers le miracle même qui signifie la proximité de Dieu et de sa miséricorde à tous les blessés de la vie, qu’il n’y ait pas une sorte de couleur plus affective. Nombre de gens, comme disait Marie-Noël, s’ennuient avec Dieu, ce n’est pas moi qui le dit, c’est une poétesse qui parle d’autorité et qui dans un très beau poème que j’aime bien reprendre, dit à Dieu, qu’elle s’ennuie, qu’elle grelotte parfois loin de lui.

Dieu n’a pas de cesse que d’inventer de nouvelles manières pour signifier cette proximité qui ne sera jamais pour nous, l’occasion d’une démission. Il faut être Dieu pour à la fois nous aider et ne pas nous défaire de ce que nous avons à mener note barque et notre vie. Ce n’est pas une sécurité sociale de la vie théologale, mais c’est une aspiration profonde qui nous permet de nous mettre en accord avec celui qui est notre source et qui ne prend jamais notre place.

La Vierge Marie n’a pas pris une initiative contre le gré de la volonté du Père en essayant d’aménager un peu sa distance divine qui ferait que les hommes qui ne pourraient pas trouver en Dieu leur consolation, se tourneraient vers la Vierge Marie. Une vraie réflexion sur Marie s’intégrerait, et doit s’intégrer à ce que le Père dit de son amour. Elle continue à décliner les qualités de l’amour de Dieu, et elle le décline comme une femme le décline, c’est-à-dire qu’elle y ajoute cette coloration maternelle, très passionnelle. Mais je pense que la plus chose la plus intéressante à Lourdes, à travers la Vierge Marie, c’est l’intercession, c’est la communion des saints. Celui qui irait à Lourdes uniquement pour sa propre consolation passerait à côté de ce que Lourdes dit du mystère de Dieu, de Marie, et donc de l’Église qui est que nous sommes solidaires les uns des autres. A Lourdes, nous sommes défaits, comme tous les blessés de la vie, chacun de nous y va avec ses béquilles symboliques ou réelles, et là-bas, un mouvement de conversion, une sorte de désaccaparement de notre propre souffrance, une sorte de mise à distance, pour que le souci de soi ne l’emporte pas sur le souci de tous les autres. Ce n’est pas seulement le souci des autres, mais c’est le souci de tous les autres. Il y a à Lourdes une expérience proposée, qui n’est pas d’emblée inscrite dans les apparitions, mais qui en est la conséquence profonde, concrète, féconde, qui est que nous sommes solidaires les uns des autres, que nous pouvons intercéder pour les autres, et nous avons à vivre une communion qui anticipe ce que sera la communion avec le Christ, qui s’appelle la communion des saints.

L’Église est comme le dessin, le rendu visible de cette communion qui nous unit les uns aux autres, et notre premier devoir n’est pas de tenter de soulager ce que nous sommes, même si effectivement, nous essayons de le demander à Dieu, mais d’intégrer notre vie à celle des autres dans cet échange secret, profond, une communion profonde que Dieu a voulu inscrire, anticiper et inaugurer entre chaque homme sur cette terre, non seulement entre chaque homme vivant, mais chaque homme existant, ou qui a existé ou qui existera sur cette terre.

Il y a donc à travers la couleur plus affective que l’Église s’autorise à travers les miracles de Lourdes, la proposition d’une expérience plus large qui est celle que, malgré les apparences, et malgré l’expérience que nous en avons dans la souffrance, nous ne sommes pas seuls. Mais, cela ne peut se vivre que dans l’espérance. Ce n’est pas vérifiable immédiatement, à part quelques expériences de communion dans les familles, entre membres et entre amis, entre frères, mais au fond, elle a du mal à tenir dans la durée, et nous avons à construire notre vie dans l’espérance d’une communion qui nous unira plus solidement les uns les autres, et que nous avons, par la foi, à établir dès ici-bas entre nous. Les actes que nous posons doivent aller dans ce sens-là et nous ne posons jamais des actes isolés. Un acte isolé dans l’Église perdrait sa justification.

Il y a une sorte d’accueil communautaire, et comme nous sommes rentrés avec nos propres histoires et nos propres soucis, nous ressortons de l’église avec celles des hommes, par l’intercession que l’eucharistie nous a proposé de prier pour le salut du monde et la gloire de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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